LE PAIN AZYME

Ex 12, 15-20

(3 août 2006)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Saulcet : Agneau pascal

F

rères et sœurs, il se trouve que la lecture continue que nous faisons du livre de l’Exode nous amène aujourd'hui à parler du sacrifice de la Pâque, et que de ce fait, ce texte correspond au passage de saint Matthieu dans lequel Jésus annonce sa Passion, le sacrifice de la croix.

En effet, de même que Dieu a délivré son peuple Israël de la servitude d’Égypte, de la même manière, Jésus, par un sacrifice qui fait de lui le véritable Agneau Pascal, délivre son peuple, c’est-à-dire l’humanité rachetée du péché et de l’emprise du Mal.

En fait, le texte de l’Exode que nous venons de lire attire notre attention sur un point particulier. Il ne s’agit pas exactement du sacrifice de l’agneau pascal, bien que ce soit dans ce contexte que nous nous situons et le contexte de la délivrance d’Égypte, mais ce texte de l’Exode nous parle de la coutume de manger du pain azyme pendant tout le temps des fêtes de la Pâque : "Pendant sept jours, vous mangerez des azymes", ce qui signifie du pain sans levain. Le texte insiste : "C’est une loi si profonde en Israël que s’y soustraire c’est se retrancher du peuple de Dieu".

Pourquoi cette prescription de manger du pain azyme puisque les hosties que nous consommons à l’eucharistie sont faites avec du pain sans levain en souvenir de cette coutume de l’Exode. Pourquoi donc ce pain sans levain ? La signification est symbolique et il faut se pencher sur le texte pour bien comprendre. Le levain, à l’origine du moins, c’est un peu de pain fermenté pris sur la ration de la veille, que l’on mêle à la pâte nouvelle pour la faire lever. C’est la manière fondamentale d’utiliser le levain. C’est dire que le levain, c’est du pain ancien qui est mêlé à la pâte nouvelle pour lui donner cette propriété de pouvoir lever en faisant des bulles d’air dégagées par la réaction chimique du ferment sur la pâte nouvelle.

C’est sur le fait d’utiliser du pain ancien pour le mêler au pain nouveau que porte le précepte. En effet, à la différence du pain fait avec du levain, qui donc tire ses propriétés du pain ancien, le pain azyme, le pain sans levain, le pain qui ne lèvera pas est un pain entièrement neuf. C’est une pâte nouvelle faite avec une farine qui n’a pas encore été utilisée, et c’est ce symbole de nouveauté qui est important dans la prescription de manger du pain azyme. Si Dieu, par l’intermédiaire de Moïse a demandé à Israël à l’occasion de la fête de la Pâque de manger du pain sans levain, c’est en signe de renouvellement absolu, de nouveauté sans aucune compromission avec la situation antérieure, la situation passée. C’est vouloir dire que ce sacrifice pascal et la délivrance d’Égypte qui s’en suit vont créer à neuf le peuple de Dieu, Le peuple d’Israël qui s’originait à travers les patriarches dans la race d’Abraham,et qui s’était trouvé en exil en Égypte et puis de là en servitude, Dieu va le ressusciter, le restaurer, le refaire à neuf. Et ce sera l’épreuve du désert. Si le peuple va pendant quarante ans traverser le désert, c’est pour être dépouillé de tout ce qui l’attachait à son passé et en particulier à son péché, à son éloignement de Dieu. Dieu veut refaire à neuf son peuple, et c’est en signe de ce renouvellement radical qu’il lui demande de manger symboliquement du pain sans levain.

Cela veut dire que pour nous aussi, le sacrifice du Christ, le sacrifice de la croix, le sacrifice de la Pâque véritable, la Pâque nouvelle, ce sacrifice auquel nous communions chaque jour dans l’eucharistie, ce sacrifice est aussi un renouvellement total et radical. Nous sommes radicalement recréés par la résurrection du Christ, car dans ce sacrifice, ce n’est pas seulement sa mort, mais c’est sa résurrection. Sa mort au péché, sa résurrection pour la vie nouvelle qu’il nous communique dans ce corps et ce sang livré et versé pour nous.

Frères et sœurs, il faut que nous comprenions qu’il ne s’agit pas pour nous de renier notre passé, il ne s’agit pas de faire table rase de notre vie antécédente, mais il s’agit de comprendre qu’en nous la présence de Dieu, et très particulièrement la présence du Christ dans sa Pâque, la présence du corps et du sang du Christ sont comme un jaillissement sans cesse renouvelé de la nouveauté de Dieu. Dieu nous recrée à neuf chaque jour, à chaque instant, à chaque moment de notre vie. Nous ne sommes pas séparés de notre passé, mais notre passé devient le lieu où commence un avenir toujours nouveau. Dieu est la jeunesse parfaite, Dieu est la nouveauté absolue. Dieu est sans cesse jaillissement de vie nouvelle et si nous voulons être fidèle à ce à quoi Dieu nous appelle, nous devons sans cesse nous laisser renouveler par cette présence de Dieu en nous, qui nous rend neuf chaque jour, à chaque instant.

 

AMEN