THÉOLOGIE DE LA CONVERSION
Ex 9, 13-18+23-25
(19 juillet 2006)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Epreuve …
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rères et sœurs, à travers la lecture continue du livre de l’Exode et plus spécialement de cet immense roman de la patience de Dieu que sont les plaies d’Égypte, nous avons déjà envisagé les premières plaies, nous sommes arrivés aujourd’hui à la grêle. Comme d’habitude, ces fléaux sont solidaires à la fois d’une vision du monde, du cosmos et évidemment vous l’imaginez est très solidaire des représentations de l’époque, et traduisent en même temps chacun des fléaux les caractéristiques particulières, soit du point de vue de l’action de Dieu, soit du point de vue de l’effet que cela a sur le pays.
Ici, la grêle fait monter d’un cran la tension. Jusqu’à maintenant, les fléaux venaient essentiellement de la terre ou de l’eau : c’était les eaux changées en sang du Nil, c’était les moustiques, c’était tous les phénomènes de mortalité du bétail, toutes choses qui sont considérées comme choses venant spécifiquement de la terre. Avec la grêle, on passe à la vitesse supérieure. D’ailleurs, Moïse le signale au pharaon dès le début parce qu’il fait dire au Seigneur : "Je vais envoyer tous mes fléaux contre toi-même, contre les serviteurs et contre ton peuple, afin que tu apprennes qu’il n’y a pas d’autre Dieu que moi sur toute la terre". Ici, la vision du monde, des phénomènes cosmologiques et météorologiques, deviennent franchement théologiques. Ce n’est plus simplement la terre ou l’eau du Nil qui est bouleversée et qui bouleverse l’ordre de la civilisation égyptienne, mais c’est Dieu lui-même qui s’y met. C’est précisément ce que veulent dire généralement l’orage et la grêle dans la météorologie ancienne qui évidemment, n’avait pas la cartographie de météo France ni les satellites pour observer les phénomènes, la grêle et l’orage étaient vraiment des phénomènes spécifiquement divins. La main de Dieu y est évidente, on ne peut plus en douter.
C’est d’ailleurs assez intéressant, car si vous relisez attentivement ce passage et si vous le mettez en comparaison avec la théophanie du Sinaï, vous aurez exactement deux phénomènes inversés. Dans le phénomène de la plaie d’Égypte avec la grêle, c’est tout le pays d’Egypte qui est frappé par un orage de feu du ciel qui tombe sur la surface de la terre, et d’autre part, les grêlons qui sont, pardonnez-moi le mauvais humour avec les bombardements de Haïfa, mais qui sont une les rockets de l’époque, ce sont les rockets divines qui tombent sur la population. Donc, l’orage s’étend sur toute l’Égypte sauf sur la terre de Goshen où se trouvent les Hébreux. Cet orage cosmique est l’orage de la colère de Dieu, c’est le feu de Dieu qui tombe sur la terre avec la violence soulignée par les grêlons, et qui normalement a charge de tout détruire sur son passage, sauf les Hébreux qui sont dans la terre de Goshen.
Quand vous regardez Exode 19, la théophanie du Sinaï, l’orage ne concerne que le peuple mais c’est un orage sec, sans grêlons. C’est-à-dire que là, Dieu ne manifeste que sa puissance divine de feu mais sans détruire, alors qu’ici il commence à détruire pour le peuple des Égyptiens. Simplement, cette destruction est faite avec mesure et miséricorde, puisqu’on le verra après, Dieu s’arrange pour que ne soit détruite qu’une partie des récoltes, et pas la totalité.
A travers ce récit, c’est une certaine manière de représenter l’action de Dieu dans le monde. Cette action est toujours marquée par la puissance divine que symbolise le feu de l’orage, la puissance des grêlons, qui sont véritablement des masses de glace qui s’abattent sur la terre, pour eux, c’est le phénomène presque incompréhensible par excellence, il vous tombe des choses du ciel sur la tête, dans toutes les cosmologies anciennes d’ailleurs c’est comme ça. C’est la mesure de la puissance de Dieu qui est mesurée par les effets qu’il veut en attendre. Dieu proportionne la violence de sa colère parce que son peuple est humilié et rendu esclave, en essayant petit à petit de changer le cœur de pharaon. C’est une théologie de la conversion. Une théologie un peu bizarre, un peu primitive un peu paradoxale à nos yeux aujourd’hui, mais c’est bien une théologie de la conversion. C’est Dieu qui mesure petit à petit les coups durs pour essayer au maximum par une progression savante et calculée puisqu’il est le maître du monde, de changer le cœur de pharaon. Pour l’auteur du récit des dix plaies les choses sont déjà fixées d’avance, puisque Dieu lui-même dit par Moïse : je sais que pharaon ne va pas pour autant changer d’avis, mais je vais quand même essayer ce procédé-là.
Je crois donc que lorsqu’on lit ce récit des plaies d’Égypte, ça peut avoir un certain enseignement spirituel, celui notamment de nous faire comprendre que Dieu procède à peu près de la même façon à notre égard. Nous ne sommes pas tout à fait endurcis que le cœur de pharaon, quoique … il faut voir, parfois … Mais ce qui est certain, c’est que Dieu essaie chaque fois de proportionner les moments où il veut intervenir pour essayer de faire cette espèce de "rentre dedans" dans le cœur de l’homme, pour lui faire comprendre petit à petit la problématique de sa propre situation. C’est donc un appel à la conversion qui nous est ainsi adressé. C’est ce que répète d’ailleurs la liturgie chaque fois qu’on chante le psaume 94 : "Aujourd’hui si vous entendez sa voix, n’endurcissez pas votre cœur, écoutez la voix du Seigneur".
AMEN