SIGNIFICATION DES PLAIES D'ÉGYPTE
Ex 9, 27-35
(17 septembre 1991)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Opulence …
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e grand passage qui ouvre l'Exode sur les dix plaies d'Égypte est une sorte de petit traité d'économie sociale et politique appliqué à la vie spirituelle.
En effet, pour les hébreux, l'Égypte c'est l'abondance, c'est le pays capitaliste ultra développé, où il y a le blé en abondance, où la crue du Nil parfaitement réglée donne en chaque saison toute la quantité désirable de fruits. L'Égypte c'est le pays dans lequel le Pharaon règne sur une société bien organisée, bien hiérarchisée. Pour ces nomades c'est donc un pays de cocagne. Et la manière dont les hébreux ont toujours compris leurs rapports avec l'Égypte est celle de pauvres va-nu-pieds qui, à un moment ou l'autre, sont obligés de dépendre de la surabondance de l'Égypte. Quand les fils de Jacob sont frappés par la disette et la famine qui sévit en Palestine, ils descendent en Égypte où ils retrouvent leur frère Joseph qu'ils avaient vendu à des marchands qui eux-mêmes l'avaient vendu à un officier de Pharaon. Et l'Égypte dans sa richesse leur avait fait partager ses biens. Parce que l'Égypte s'était montrée généreuse vis-à-vis des fils de Jacob, Dieu, par l'intermédiaire de Joseph qui avait organisé la répartition des ressources, s'est lui aussi montré généreux. Donc pour Israël, quand l'Égypte joue le jeu du salut de Dieu pour son peuple, alors elle est comblée.
Et précisément le passage des plaies d'Égypte c'est l'inverse. C'est le moment où l'Égypte, endurcissant son cœur, ne veut plus être témoin de la générosité et de la bonté de Dieu auprès du peuple d'Israël. Alors qu'elle a les richesses, alors qu'elle est le grenier à blé, elle cherche à exterminer Israël. Au lieu d'être moyen de bénédiction pour le peuple de Dieu elle devient source de malheur, source de persécutions et persécutions qui commence par les premiers-nés d'Israël. Donc les plaies d'Égypte, si vous les relisez dans leur ensemble, sont la manière dont Dieu crée une situation de manque dans le bien-être de l'Égypte, à travers le fait que les récoltes sont diminuées, et c'est la plaie de la grêle ou le plaie des sauterelles, à travers la manière dont le Nil voit ses eaux changées en sang c'est-à-dire qu'elles n'apportent plus la fécondité, dans la mesure où les moustiques s'attaquent au bien-être des gens, dans la mesure où les grenouilles envahissent le pays et le dévastent. Chaque fois c'est Dieu qui essaie de convertir, de ramener l'Égypte dans l'économie du salut, d'aider le peuple d'Israël à vivre heureux lui aussi, chaque fois les plaies d'Égypte sont comme cette manière d'atteindre l'Égypte dans sa surabondance pour lui dire : ton bonheur vient de Dieu.
C'est pourquoi, au fur et à mesure que le Pharaon s'endurcit contre le plan divin, les plaies deviennent de plus en plus fortes et réduisent le produit national brut du pays pour, à la fin, toucher les premiers-nés c'est-à-dire son avenir même.
Donc on a là une sorte de traité de la vie spirituelle. L'homme est fait pour vivre en communion avec Dieu, pour recevoir les bienfaits de Dieu et les partager dans la charité et l'amour fraternel. Mais à partir du moment où il tue dans son cœur ce sens de la charité, alors Dieu lui montre qu'il se tue lui-même petit à petit, à petit feu. L'homme qui s'endurcit s'empêche ainsi de vivre selon l'économie de la générosité de Dieu. Et parce que Dieu a une infinie patience Il va doser progressivement les fléaux pour montrer petit à petit à l'Égypte qu'elle est en train de se couper les vivres à cause de son endurcissement et de son péché. De même dans notre vie nous voyons bien que le péché nous coupe petit à petit nos possibilités d'aimer et de vivre de cette plénitude de vie que Dieu ne cesse de vouloir nous donner.
Ainsi à travers le récit des plaies d'Égypte c'est tout un petit traité de l'économie de la vie spirituelle avec Dieu et avec le prochain qui nous est donné. La plupart du temps, lorsque nous endurcissons notre cœur, nous diminuons en lui les capacités vitales que Dieu ne demande qu'à y déposer et à y faire grandir. Précisément jusqu'au jour où, à cause de notre endurcissement, nous risquons de perdre notre premier-né qui est notre salut et notre vie éternelle.
Demandons au Seigneur cette grâce de ne pas endurcir notre cœur, de comprendre que cette économie de la vie de Dieu, de la fécondité de Dieu dans notre être, ne "marche" et n'est vraie que dans la mesure où nous-mêmes nous savons accueillir les autres et être pour eux les moyens de cette communication des biens et des richesses spirituelles que Dieu nous a données à chacun d'entre nous.
AMEN