LE BUISSON ARDENT

Ex 3, 1-14

(15 juin 2006)

Homélie du Frère Benoît TISSOT

Saumur : Le Buisson Ardent

M

oïse regarda, le buisson était embrasé mais le buisson ne se consumait pas". Ce fameux épisode de Moïse qui voit dans le désert un buisson qui brûle sans se consumer nous montre et nous dit quelque chose de très important sur la relation que le Créateur veut avoir avec sa création. Dieu créateur est capable de visiter sa création, il est capable de s’y rendre présent, et d’une manière toute particulière, sans la détruire. C’est cela que signifie l’épisode du buisson ardent.

Ce buisson ardent qui est à l’origine de la vocation de Moïse comme nous l’avons entendu tout à l’heure, je voudrais parcourir avec vous ce qu’il annonce dans tout le reste de l’histoire du salut. Le Christ lui-même est le buisson ardent par excellence. Et certains pères de l’Église ont même vu dans ce buisson qui ne se consumait pas, qui brûlait sans se consumer et que Moïse a vu, déjà la première manifestation du Fils de Dieu au peuple d’Israël à travers Moïse. Le Christ buisson ardent par excellence puisqu’en sa personne l’humanité et la divinité sont liées d’une manière indissoluble, le créateur s’est uni à notre humanité d’une façon définitive sans la détruire. Ce Christ, ce Fils qui s’incarne, qui devient ainsi buisson ardent pour tous les hommes, est ainsi le principe du monde nouveau, c’est ce que nous révèle le buisson ardent, le dessein de Dieu est de vouloir sauver sa création, de ne pas la détruire, et ce que nous montre le buisson ardent, c’est que Dieu peut visiter sa création, il se fait même créature dans le Christ, pour transformer la création. Le Christ est principe d’un monde nouveau, c’est-à-dire d’un monde qui n’est pas détruit, mais qui est transformé. Dieu transforme sa création en la remplissant de sa présence sans la détruire. C’est d’ailleurs ce que l’on retrouve quand on lit le Livre de la Sagesse : "Dieu a tout créé pour la vie, ce n’est pas lui qui a fait la mort, et dès qu’un être existe il ne veut pas qu’il soit détruit".

Enfin, ce buisson ardent, c’est aussi l’Église. Vous avez tous en tête ce tableau, ce retable de la cathédrale Saint Sauveur qui représente l’Église comme buisson ardent sur lequel est assise la vierge Marie avec l’Enfant Jésus. Je ne sais pas si vous vous souvenez de la façon dont c’est représenté : il y a tout un ensemble, tout un buisson, y a un ensemble de feuillage bien vert, bien vivace, parcouru par des tas de flammes qui repose sur douze troncs, les douze apôtres. Cela symbolise donc l’Église, buisson ardent qui repose sur le témoignage et la foi des douze apôtres. Ce feu que le Christ est venu allumer sur la terre, il le dit lui-même : je suis venu sur la terre pour allumer un feu, et quel est mon désir qu’il ne soit pas déjà allumé ? Je crois qu’on peut faire le rapprochement avec le buisson ardent, c’est ce feu de Dieu, ce feu qu’annonçait déjà le prophète Jérémie quand il disait : le Seigneur est en moi comme un feu dévorant. C’est ce feu que les apôtres ont reçu dans le Cénacle à la Pentecôte, ce feu de l’Esprit Saint qui transforme le monde, qui le rétablit dans la pleine communion et le plein amour avec Dieu sans le détruire.

Alors, il est intéressant de voir tout le changement qu’il y a eu entre le moment où Moïse a vu le buisson ardent, et nous aujourd’hui. Moïse voit le buisson ardent comme quelque chose d’extérieur à lui. Il le voit, il fait un détour pour venir voir de plus près. Avec le Christ, ce buisson ardent a allumé un feu sur la terre et ce feu consume désormais dans l’Église le cœur des hommes. Ce feu est devenu intérieur aux hommes, c’est ce que nous avons célébré le jour de la Pentecôte. C’est ce feu qu’ont reçu les apôtres le jour de la Pentecôte et jusqu’à nous aujourd’hui.

Pour terminer, je voudrais méditer avec vous cette phrase de saint Augustin qui est très célèbre et qui nous permet de comprendre tout ce cheminement, toute cette révélation progressive dans l’histoire du salut d’un Dieu qui veut se faire proche de sa créature, de sa création, de sa créature sans la détruire pour lui montrer toute sa puissance, mais sans écraser sa créature. C’est saint Augustin qui disait en parlant de Dieu : "O beauté si ancienne, si nouvelle, je te cherchais au-dehors". Il avait toujours ce souci de chercher Dieu dans le monde qui l’entourait. Et il dit : "je te cherchais au-dehors, et tu étais au-dedans de moi". Toute l’histoire du salut, toute la révélation de Dieu, toute la pédagogie divine c’est de comprendre ce dessein ineffable de Dieu qui veut habiter en nous comme un feu qui brûle notre cœur sans le consumer, pour le faire brûler de son amour et que nous enflammions nous-mêmes le monde de l’amour de Dieu.

 

AMEN