LE PUITS
Ex 2, 16-22
(27 juillet 1991)
Homélie du Frère Jean-François NOEL

Puits dans le Sinaï
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uand on est nomade dans le désert le puits est une étape nécessaire dans le voyage. Moïse appartenait déjà à la terre d'Égypte. Il avait commencé par voguer sur l'eau, par perdre les racines de son appartenance égyptienne pour se retrouver un étranger. Cela n'a pas suffi puisque après avoir tenté de s'établir juge entre ses frères et après avoir tué un égyptien il s'enfuit au désert. Il est vraiment totalement émigré comme nous sur cette terre. Et dans son voyage qui n'a pas de fin, qui n'a pas de sens pour l'instant, il a besoin que quelque chose, que quelqu'un l'arrête. Et ce qui l'arrête, c'est un puits. Dans le texte on dit "le" puits. On ne précise pas lequel comme si tous les hébreux qui entendaient ce texte savaient de quel puits il s'agissait.
Pour nous, aujourd'hui, un puits sur notre route, la source d'eau vive, après Moïse et la samaritaine au plus chaud du jour, alors que le Christ s'est assis, le puits pour nous c'est l'eucharistie, c'est le sacrement, c'est l'Église. Un puits pour nous arrêter. Pour nous arrêter un moment, simplement. Et de fait, à la fin du texte de l'Exode, il est dit : "Je suis vraiment un émigré en terre étrangère et mon fils s'appelle Gershom ce qui veut dire émigré en terre étrangère, celui qui est tiré de moi, je l'ai devant moi pour qu'il me rappelle à tout jamais que je suis un émigré ".
Dans toute l'histoire d'Israël, le statut d'émigré, d'émigrant, d'étranger va évoluer Dans le Lévitique des prescriptions précises vont tenter d'accorder à ceux qui sont en Israël des émigrés de longue date le droit de participer à la Pâque, encore faut-il qu'ils soient circoncis. Plus on avance dans le message du salut, plus ce statut d'émigré est flou. Et même des prophètes comme Ezéchiel vont annoncer que "toutes les nations viendront et afflueront vers Jérusalem pour célébrer l'unique Dieu". Plus question de circoncision mais l'universalité du message commence à s'ouvrir. Notre Église est née dans cette frontière floue entre les Juifs et les craignant Dieu, c'est-à-dire ceux qui parlant grec et vivant en Asie ou en Grèce, sympathisaient avec la religion juive sans être pour autant circoncis. Ce sont ceux-là qui sont être les fondements et les pierres de l'Église dont nous sommes issus. Et pourtant nous restons des étrangers et nous avons un voyage à faire. Et dans ce voyage il nous faut des puits, des rencontres.
D'ailleurs pour un nomade il y a deux choses essentielles. Le puits d'abord, c'est ce que Moïse rencontre, et ensuite l'hospitalité. Il est reçu chez Jéthro ou Penuel, peu importe son nom, le prêtre de Madian qui a sept filles. Il lui offre l'hospitalité, le couvert, une femme comme c'est l'usage dans ces traditions, non pour le fixer mais pour lui donner ce présent né de sa chair et lui permettre de s'enrichir ce qui veut dire dans la Bible de s'alourdir de relations humaines. Mais néanmoins on reste libre car la femme doit quitter son père pour devenir unique avec son époux. La fille qu'il épouse ne l'attache pas au prêtre de Madian mais elle lui rappelle qu'il appartient à une famille et qu'il peut continuer à voyager.
Pour nous, nous n'avons pas de femme à prendre sur la route, et pourtant si. Nous avons cette divinité, nous avons un mariage à faire. Un mariage intérieur à vivre. Nous avons à nous arrêter au bord du puits en sachant que nous ne faisons que nous arrêter, que pour l'instant, l'eucharistie n'est qu'un pointillé dans ce monde, qu'elle n'est pas permanente. En nous arrêtant nous sommes invités à entrer sous la tente qu'est la demeure de Dieu. Et l'on nous offre le couvert, le corps et le sang du Fils. Et ce corps et ce sang du Fils sont aussi un mariage, un mariage intime, profond dans lequel Dieu nous offre sa vie, sa divinité.
En ce moment qui est le plus chaud du jour, nous nous sommes arrêtés au bord du puits pour renouveler nos forces. Laissons-nous inviter à entrer dans la tente de la demeure de Dieu et demandons à Marie qui est cette demeure de Dieu de parfaire en nous cette union entre Dieu et nous.
AMEN