MOÏSE FIGURE DU CHRIST
Ex 2, 1-10
(20 juillet 1991)
Homélie du Frère Michel MORIN

Langres : Moïse
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e livre de l'Exode est un livre capital non seulement pour connaître l'histoire de l'Ancien Testament mais pour comprendre le Nouveau Testament. D'ailleurs, Jésus Lui-même fera de nombreuses références, de nombreux rappels à la personne de Moïse essentiellement par le biais de la Loi qu'il a reçue et donnée à son peuple. Également Etienne, lorsqu'il plaidera pour rendre compte de toute sa foi devant le Sanhédrin, développera de façon très longue la vie et l'œuvre de Moïse rappelant les principaux événements de l'Exode, événements dont il dira qu'ils sont fondateurs de la foi reçue du Christ. Et l'auteur de l'épître aux Hébreux, quand il s'agira de faire l'éloge des anciens, tracera un portrait intérieur de Moïse qui est un des plus beaux portraits de croyants et d'homme spirituel et de chef que nous rencontrons dans la Bible. Également Pierre, dans l'une de ses deux épîtres, et Paul dans plusieurs de ses textes, feront référence soit à l'Exode, soit à Moïse.
Aujourd'hui ce texte nous rappelle ce que nous savons très bien par notre catéchisme la naissance de Moïse. Je voudrais simplement, par quelques touches successives, vous signifier que ce personnage de Moïse, c'est la figure de Jésus, que celui qui a été choisi par Dieu pour être Moïse, porte en filigrane, dans les événements de sa vie personnelle, comme dans les événements du peuple qu'il conduira, porte en filigrane et comme présence annoncée, comme en semence qui devra germer, ce que sera le Christ Jésus pour tous les hommes et l'œuvre de Rédemption qu'Il accomplira.
Il est dit : "Moïse était un enfant très beau " et Jésus sera appelé "le plus beau des enfants des hommes". Moïse a été abandonné dans le courant des eaux. Il a été un peu exilé de sa propre famille. Jésus Lui-même sera exilé, là même en Égypte, au-delà de son pays. Moïse dont le nom signifie "celui qui a été tiré des eaux", c'est la racine populaire," être tiré de" et la racine correspondante en langue égyptienne c'est "la vie", Moïse a été tiré des eaux pour donner la vie à son peuple. Son mystère, sa vocation et sa mission sont inscrits dans son nom. Tiré des eaux, protégé de la destruction, parce que tout enfant premier-né devait être détruit par ordre de pharaon, protégé de la mort, caché dans l'eau, il en est ressorti pour devenir le chef de la vie, celui qui allait être principe de la liberté de son peuple lorsqu'Il devra, dans la nuit de la première pâque, rassembler ce peuple et l'entraîner, à travers la mer Rouge, vers la terre promise. Or Jésus est aussi Celui qui sera immergé dans l'eau, dans l'eau de la souffrance, dans l'eau de la mort et qui, en ressuscitant, en étant tiré de cette eau, au matin de Pâque, deviendra le chef, le principe de la vie nouvelle.
Ce que Moïse a été dans sa personne par le choix de Dieu et dans sa mission pour le peuple, ceci dans une réalité essentiellement historique, l'Égypte, la délivrance des hébreux pour qu'ils retrouvent leur terre promise à Abraham, cet évènement spirituel mais très historique, très circonstancié pour un peuple, à une date précise, selon des circonstances connues, c'est cela même que le Christ va prendre sur Lui. Il va épouser un certain nombre d'aspects et d'évènements de la vie de Moïse, mais pour donner à l'événement pascal, vécu par Moïse et son peuple, une extension désormais au-delà de toute géographie, de toute circonstance sociopolitique et de toute limite dans le temps.
C'est pourquoi Moïse et l'ensemble du livre de l'Exode sont fondateurs. Au fond, le Christ est fondé sur Moïse et sur la Pâque qu'il a vécue. La Pâque du Christ c'est celle-là même que Moïse a vécue d'abord en étant lui-même tiré des eaux, puis en tirant son peuple des eaux de la mer Rouge pour l'emmener vers la terre promise. Et le Christ c'est celui qui, dans le mystère de sa personne, a été tiré des eaux de la mort, de la souffrance et du rejet pour entraîner son peuple, à travers sa propre Pâque, comme Moïse à travers la mer Rouge qui signifie toujours à la fois le lieu de la perdition et le lieu de la résurrection, perdition des forces du mal et ressourcement des enfants de Dieu.
Alors je vous propose, tout au long de ces jours, en écoutant ce livre de l'Exode de fixer votre attention spirituelle sur la personne de Moïse, sur les évènements dont il va être le commanditaire de la part de Dieu, et de contempler en Moïse, déjà, le visage du Ressuscité qui commence à apparaître, qui commence à faire son apparition dans le monde à travers ces visages d'hommes. Car avant que le Christ prenne chair d'homme, il a fallu que son mystère, de façon extrêmement étonnante, déjà s'incarne partiellement mais réellement dans tous ceux qui l'ont précédé, hommes ou événements. L'incarnation n'est pas une génération spontanée. Ce n'est pas un champignon qui a poussé un jour dans l'humidité d'une forêt parce que tout était prêt. Non, c'est la manifestation d'une fécondité que Dieu avait déjà totalement donnée à la terre et que, petit à petit, chaque homme, à son époque et dans les circonstances de sa vie va faire germer pour produire l'épi de blé qui est le corps du Christ, qui est la chair de Jésus, le nouveau Moïse, qui nous fait traverser toute peine vers la Résurrection.
Et pour finir, je vous lis ce passage de l'épître aux Hébreux dont je parlais tout à l'heure dans lequel l'auteur résume, et c'est très beau au plan spirituel, que Moïse a connu, a pressenti dans sa foi, le mystère de Jésus. De même que Jésus à dit à propos d'Abraham qu'il "avait vu son Jour et qu'il en avait tressailli de joie", de même l'auteur de l'épître aux Hébreux nous signifie que Moïse avait déjà compris dans son cœur ce que serait le mystère de la Pâque de Jésus pour tous les hommes. Voici ce verset de l'épître aux Hébreux au chapitre onzième : "Par la foi, Moïse devenu grand, refusa d'être appelé fils d'une fille de Pharaon, aimant mieux être maltraité avec le peuple de Dieu que de connaître la jouissance éphémère du péché, estimant comme une richesse supérieure aux trésors de l'Égypte l'opprobre du Christ." Moïse a estimé comme un bien supérieur à toute richesse humaine l'opprobre du Christ. Et c'est en cela que, déjà en lui, est inscrit ce mystère pascal dont il est le héraut, dont il est le lointain précurseur, dont il est l'annonciateur.
Que sa prière, que sa vocation que son combat avec la volonté de Dieu, que la façon dont il a guidé le peuple nous éclairent aujourd'hui et nous aident à reconnaître dans le Christ ce nouveau Moïse qui, chaque jour, nous fait passer de la mort à la vie par cet opprobre que Moïse a pressenti et qu'il a estimé être le trésor le plus grand de sa vie.
AMEN