L'INTENTION DE DIEU
Ex 1, 5-14
(18 juillet 1991)
Homélie du Frère Jean-François NOEL

Mort apparente …
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'auteur ou les auteurs du livre de l'Exode ménagent le suspens d'une certaine tragédie puisqu'ils précisent à quel point le nouveau roi qui arrive en Egypte et qui n'avait pas connu Joseph va accumuler contre lui les erreurs. L'auteur précise avec humour qu'il prend "de sages mesures pour empêcher le peuple hébreu de s'accroître de peur qu'en cas de guerre il vienne à grossir le nombre de ses adversaires". Si vous voulez mon avis, c'est un peu cousu de fil blanc en ce sens que nous savons à l'avance l'intention de l'auteur.
Il est vrai que quand on lit le livre de l'Exode, on est un peu surpris d'être mené un peu par le bout du nez et de ne pas se trouver devant un récit plus objectif précisant les réalités auxquelles se sont opposés les hébreux. Cette opinion vous a peut-être gênés devant la Parole de Dieu qui semble manquer un peu d'objectivité. Le souci de l'auteur n'est pas tellement de préciser ce qui s'est réellement passé mais de tenter, à la lumière de Dieu, de relire la volonté du Seigneur. C'est pourquoi il essaie de discerner l'intention du roi d'Egypte afin de mettre en valeur la volonté de choisir ce peuple et de le sortir de l'Égypte. Le mot principal ici est l'intention. Les auteurs des livres de l'Ancien Testament scrutent leur histoire et leur passé pour discerner l'intention de Dieu. Ils essaient de relire l'histoire, non pas en la comparant avec des mesures objectives mais en essayant de discerner comment Dieu s'y était pris pour nous amener au temps présent. Car il y a une "intention de Dieu", le mot "intention" signifie ici tendre vers. Les hommes de l'Ancien Testament ayant découvert cette intention de Dieu, l'épousent, l'épousent comme une Sagesse qu'ils ne comprennent pas totalement mais dont ils sont sûrs, avec confiance, qu'elle les mènera là où Dieu veut les mener.
Quand on parle d'intention, à l'intérieur de nous, on décrit ce terrain, au cœur de l'homme, ce premier terrain sur lequel Dieu va pouvoir construire, dans lequel on va pouvoir entendre l'Esprit souffler. En effet, la seule exigence que Dieu peut avoir envers nous, ce n'est pas que nos actes correspondent exactement à notre désir mais qu'il y ait, à la base, au fondement, à la première pierre de notre être, l'intention totale, décisive de le suivre et de l'aimer. Dans la condition temporelle, il est normal que nos actes et notre vie ne correspondent pas à notre intention. Il y a paradoxe, il y a distorsion entre ce que nous faisons et l'intention. Encore faut-il que l'intention reste vierge, reste totale. Et notre vie, dans l'Église, notre vie sacramentelle dans l'Église, l'eucharistie, la pénitence sont des lieux de renouvellement de cette intention, de ce "tendre vers", de cette décision que rien ne peut me séparer de Lui, que rien n'est étranger à Lui. Même mon péché, aussi grave soit-il, ne m'en cachera l'amour et ne me cachera sa face. C'est un peu comme une flèche qui irait au fond de nous, qui nous orienterait à l'avance vers Dieu, même si le reste de notre vie semble se disperser et être confus.
Les auteurs de l'Ancien Testament avaient donc découvert que ce qui était important c'était l'intention de Dieu afin que progressivement l'histoire des hommes épouse cette intention fondamentale de Dieu. Pour nous-mêmes aujourd'hui, le champ dans lequel est semé le bon grain ou l'ivraie c'est-à-dire cette terre, ce que nous sommes comme hommes doit être déjà ensemencé de l'intention de suivre Dieu. Certes l'ivraie poussera aussi autant que le bon grain, mais Dieu seul, avec la délicatesse de son amour, saura séparer l'ivraie du bon grain. Encore faut-il que la terre soit la terre ce qui veut dire qu'elle soit orientée, donnée, ouverte à la présence de Dieu.
Demandons au Seigneur qu'en chacun de nous, à la base du cœur du cœur, au plus intime fondement de nous-même, il y ait cette décision que rien n'atteint de suivre, de suivre fidèlement jusqu'au bout le Seigneur Jésus-Christ.
AMEN
