SOUVIENS-TOI DE MOI !
Lc 19, 28-42; Is 50, 4-9 ; Ph 2, 6-11 ; Lc 22, 14-23, 56
Dimanche des Rameaux - année C (24 mars 2013)
Homélie du Frère Benoît TISSOT

Le bon larron - Pleyben
Pour nous y introduire, je voudrais profiter de cette année où nous lirons ce que Jésus a vécu avec cet homme crucifié à ses côtés, cet homme dont on ignore le nom mais qu'on appelle le bon larron.
Nous avons commencé aujourd'hui la célébration d'une victoire, du triomphe du Christ, de la victoire de ce roi que nous confessons être un roi victorieux et nous la célébrerons tout au long de la semaine jusqu'au point culminant de la fête de Paques dimanche prochain. Il ne faut pas se méprendre sur la victoire du Christ : elle est réelle, mais avec tout ce que nous allons vivre pendant cette semaine, nous pourrions penser que c'est grâce aux souffrances du Christ que cette victoire a été acquise et que le christianisme serait cette religion dans laquelle on fait l'apologie de la souffrance, dans laquelle on recherche la souffrance en faisant son devoir, en se sacrifiant pour les autres, pour acquérir le salut et profiter de cette victoire du Christ. Nous l'entendrons dans quelques instants, nous l'entendrons tout au long de cette semaine, Jésus n'a jamais désiré souffrir. Il dit : "J'ai désiré ardemment manger cette Pâque avec vous avant de souffrir". Jésus n'a jamais dit : j'ai désiré ardemment souffrir pour vous montrer combien je vous aime. A Gethsémani, Jésus est pris par l'angoisse, un ange vient le réconforter, sa sueur se transforme en gouttes de sang tellement cette angoisse l'oppresse, l'étreint et le broie. Jésus fait cette prière :"Père, s'il est possible que cette coupe s'éloigne de moi, mais que ta volonté soit faite". Jésus n'a aucune complaisance vis-à-vis de la souffrance, quel que soit le type de souffrance.
Ce qui nous donne la victoire, et c'est cela que nous sommes invités à entendre aujourd'hui et tout au long de cette semaine, c'est qu'à travers cette souffrance, à travers cette dernière place qu'il n'a pas voulue, ni désirée, mais que les hommes lui ont préparée, Jésus nous révèle la mesure de l'amour qu'il a pour chacun d'entre nous. Nous sommes invités à suivre Jésus jusqu'à la croix, à travers toutes les étapes de la Passion pour mieux prendre la mesure de la manière nouvelle et c'est ce que je nous souhaite durant cette semaine sainte, de mesurer que nous sommes chacun et tous ensemble, comme une grande famille, combien nous sommes aimés de Dieu lui qui nous a montré le chemin de l'amour qui va jusqu'au bout.
La figure du bon larron peut nous aider à redécouvrir cette dimension de l'amour de Dieu pour nous. Le bon larron le pauvre, il ne lui reste que quelques instants à vivre, il est condamné à mort et il est vraiment la figure de chacun d'entre nous (ne soyez pas choqués de ce que je vais dire), car nous sommes tous des condamnés à mort, et ce qui nous conduit inexorablement à la mort, c'est notre péché. Jésus devant la femme adultère que l'on voulait lapider, a dit aux hommes qui voulaient la lapider : "Que celui qui n'a jamais péché lui jette la première pierre", nous sommes tous pécheurs, moi comme vous, et ce péché nous condamne, il nous empêche de vivre cette fête, cette joie intense de l'amour profondément ancré en nous qui est comme une source jaillissante. Le péché vient obstruer cette source et éteindre la lumière et l'empêcher de rayonner et ce péché nous attire verts la mort. Nous sommes tous des condamnés à mort, parce que vous le savez, chacun nous mourrons un jour, nous sommes tous l'objet d'une vie qui est souvent faite de souffrances. Personne n'est à l'abri de la souffrance, aucun homme n'est à l'abri des événements qui peuvent arriver dans le monde et qui sont cause de souffrance dans notre existence.
Le bon larron qui est ce condamné à mort fait au dernier moment sur la croix, alors qu'apparemment pour lui la vie est finie, il n'a plus rien à espérer, il est à côté de Jésus, il le regarde et il prononce cette prière que je voudrais vous confier pour toute cette semaine sainte, prière toute simple que nous pouvons répéter pendant cette semaine : "Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume". Remarquez cette espérance qui jaillit du cœur du bon larron, une espérance complètement imprévue, cette espérance qui naît du regard qu'il a porté sur Jésus qui donne sa vie par amour. Il a pris la mesure de l'immensité de cet amour et il a compris que cet amour le concernait, que Jésus est capable d'être son Sauveur et que de condamné, il va devenir un sauvé : "Aujourd'hui même tu seras avec moi dans mon Royaume".
Toute la prière de l'Église durant cette semaine sera celle du bon larron : "Seigneur, souviens-toi". Il y aura cette grande prière d'intercession du Jeudi Saint, du Vendredi Saint : "Seigneur souviens-toi de ton peuple, de tous ces hommes qui sont victimes de la violence des autres hommes ou des catastrophes naturelles, de la maladie, de la solitude, victimes de l'abandon du péché, de l'âge avancé, etc … " Nous ferons cette prière tous ensemble non seulement pour nous-mêmes mais au nom de tous les hommes, chrétiens ou pas : "Seigneur souviens-toi". Souviens-toi de ta création de l'homme que tu as créé avec amour, et nous serons invités avec confiance dans l'espérance, dans la foi, à accueillir cette réponse de Dieu qu'il n'a cessé de donner à son peuple, chaque fois que ce peuple se tournait vers lui, criant vers lui parce que lui seul peut le sauver. Ce Seigneur qui a nous redire à chacun de nous : "Je me suis souvenu de la misère de mon peuple, je me souviens et je viens jusqu'à vous, je viens vous relever, je viens vous faire participer à ma victoire qui est une victoire d'amour sur la souffrance et sur la mort et le péché. Ce n'est pas seulement ma victoire, mais c'est aussi la vôtre".
C'est l'expérience du bon larron, c'est la même expérience que je vous souhaite de vivre durant cette semaine sainte. Ecoutons maintenant le récit de la Passion de Jésus qui vit cet ardent amour qu'il a pour nous jusqu'au bout, jusque sur la croix.
AMEN