CHEMIN DE GLOIRE, CHEMIN DE CROIX
Is 50, 4-9 ; Ph 2, 6-11 ; Mc 14, 1 -15, 47
imanche des Rameaux - année B (1er avril 2012)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Chemin de gloire (Vic)
Le premier c'est le chemin de la gloire. Ce chemin c'est ce tout petit trajet que nous venons de faire nous, simplement depuis la place jusqu'à l'église. Vous avez remarqué à quel point il peut être intense, ce temps pendant lequel comme des enfants (car à ce moment-là nous sommes tous redevenus des enfants), nous agitons nos rameaux et nos palmes comme si nous avions cinq ans. Et pourtant, c'est un moment qui ressaisit toute notre vie. Notre vie est un chemin qui célèbre. C'est vrai qu'il y a des moments difficiles, mais il y a quelque chose qui est plus profond en nous, et qui nous dit que lorsque nous faisons un pas et encore un pas, nous avançons vers quelque chose qu'on ne peut pas discerner, qu'on ne peut pas décrire ni saisir, mais quelque chose qui nous saisira et qui nous comblera.
C'est pour cette raison que le Christ a voulu avant sa résurrection, avant sa Passion, avant tous les événements que nous allons célébrer dans la semaine sainte, il a voulu très simplement, faire un petit parcours depuis le Mont des Oliviers jusqu'au temple de Jérusalem, sept à huit cent mètres, et là, goûter et surtout faire goûter à tous les hommes qui étaient là présents, un moment de gloire. Ne nous trompons pas, nous le ressentons nous-mêmes, ce moment de gloire de Jésus, c'est le nôtre aussi. Nous agitons ces palmes et nous chantons : "Gloire à toi Seigneur", parce que nous sommes déjà dans la gloire, parce qu'il y a quelque chose de plus fort qui nous saisit et qui nous envahit, qui nous dit qu'il y a quelque chose de divin dans la vie qui nous est donné et offert.
La liturgie d'aujourd'hui nous l'apprend, on ne reste pas sur le petit nuage du chemin de gloire que nous venons de vivre ensemble. Il y a un moment où ce chemin devient chemin de croix et celui-là est beaucoup plus long. Vous remarquerez tout à l'heure en écoutant le récit de la Passion, que ce chemin est comme un film avec des séquences d'étapes en étapes. On part du Cénacle vers le Jardin des Oliviers, de l'arrestation au Jardin des Oliviers au lieu du jugement, ensuite devant le tribunal de Pilate, on parcourt les rues de Jérusalem on arrive au Golgotha, et à la fin, on fait quelques pas jusqu'au tombeau. Ce n'est pas très long arithmétiquement mais c'est très long humainement. Pourquoi ? parce que quand le chemin devient chemin de croix, quand le chemin est ce chemin de souffrance, il prend alors dans notre cœur une sorte de lourdeur et de pesanteur à la fois physique, ceux qui sont malades ou qui sont passés par de graves maladies en savent quelque chose, mais surtout, il prend une sorte de pesanteur et de lourdeur qu'on appellerait morale, c'est-à-dire : on n'en sortira jamais !
Quand on lit la Passion, et je vous prie de l'écouter dans ce sens-là, on a l'impression que chaque étape, chaque moment resserre petit à petit le piège, sur la vie, sur le projet et sur la mission de Jésus. Nous qui l'écoutons aujourd'hui, nous l'écoutons avec cette espèce de crainte sacrée : il ne va pas s'en sortir ! Il y a la résurrection, oui mais écoutez bien ce récit. Vous verrez que c'est un récit dans lequel on s'enfonce de plus en plus dans la noirceur de ce qu'il peut y avoir de douloureux, d'atroce, de terrible et de cruel dans l'existence des hommes. A ce moment-là ce chemin nous fait parcourir une sorte de panorama de la souffrance, du désespoir et de la douleur humaine. En chacune des scènes, chacun d'entre nous peut s'y reconnaître. Il y a quelque chose de cela qu'à un moment ou l'autre de notre vie, nous avons vécu.
Frères et sœurs ne perdez pas de vue les deux chemins. Vous connaissez le vieux proverbe : tous les chemins mènent à Rome ; je soupçonne l'Église d'avoir un peu récupéré cela pour elle-même. En réalité, il faudrait dire : tous les chemins mènent au Christ. Tous les chemins sont guidés et menés par le Christ. C'est le Christ lui-même qui l'a dit : "Je suis le chemin". Quand nous sommes sur le chemin de la tristesse, de l'épreuve, du désespoir, du deuil, de la mort, sachons aussi que nous sommes en même temps, parce que les deux chemins ne sont pas séparables, nous empruntons en même temps le chemin de gloire et le chemin de la croix .
AMEN