LE DERNIER MOT 

Ap 22, 16-17 + 20-21 ; Mt 25, 31-46

(27 novembre 2010)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Jean écrivant l'Apocalypse

 

F

rères et sœurs, vous avez peut-être remarqué la manière dont se termine le livre de l'Apocalypse, nous l'avons entendu tout à l'heure. C'est un livre qui se termine sans s'achever. Cette conclusion commence par une déclaration de Jésus : "Je suis le rejeton de la race de David", c'est-à-dire cela évoque la naissance, le surgissement dans la généalogie de quelqu'un. Ensuite, il dit : "Je suis l'étoile radieuse du matin", l'étoile du matin, c'est celle qui annonce la levée du jour et qui brille encore un petit peu même pendant l'aurore, et donc elle annonce aussi une nouveauté, la nouveauté du jour qui va commencer. Ensuite, Jésus évoque l'homme qui a soif, l'homme de désir, c'est-à-dire le désir c'est ce qui creuse en nous le moment où doit arriver ce que nous attendons, mais que nous ne savons pas identifier. Et la conclusion, c'est l'Esprit de Dieu qui inspire l'Église pour qu'elle dise : "Viens".

Curieux récit qui nous a raconté tant de catastrophes, de bouleversements, les anges qui ont bouleversé l'ordre de l'univers, et qui se termine par "Viens". En réalité, c'est le dernier mot de la Bible. Pour nous c'est le dernier mot, c'est-à-dire que tout commence et que tout peut commencer à tout moment. Le dernier mot, c'est que l'Histoire n'est pas finie, que le monde n'est pas enfermé sur lui-même dans un présent qu'il mangerait, qu'il dégusterait, dont il s'enivrerait et dont il se rendrait malade. On n'est pas dans la consommation, dans le fait de se satisfaire. On est au contraire dans le registre de la naissance, de l'espérance, du désir. C'est cela que Jean veut dire à la première communauté qui lit l'Apocalypse. Il dit simplement : vous ne pouvez pas imaginer, malgré tout ce que je vous ai dit, malgré toutes les souffrances et les difficultés et les persécutions auxquelles vous êtes confrontés, il y a du nouveau qui surgit. Cette nouveauté qui surgit n'est pas nécessairement quelque chose de très compliqué, ou de très difficile à réaliser. Jésus lui-même lorsqu'il se présente comme le Fils de l'Homme qui vient juger et rassembler toutes choses dit simplement aux gens : j'étais là, j'avais faim, j'avais besoin d'être vêtu, j'étais prisonnier, j'étais malade, et vous m'avez accueilli. Vous avez fait face à la situation de détresse dans laquelle j'étais et vous avez fait quelque chose de nouveau, par votre attention, par votre délicatesse, vous avez apporté quelque chose de nouveau dans la vie d'un frère qui était dans la difficulté.

C'est cela le programme. C'est cela l'Histoire. L'Histoire ce n'est pas les grandes batailles, les grands conflits, les grandes civilisations. L'Histoire, c'est tout simple, c'est au jour le jour, chaque geste, chaque chose, qui ouvre un avenir pour mon frère et un avenir que mon frère peut m'ouvrir. Le tissu de cet avenir c'est simplement la charité : j'étais là et j'avais besoin de vous, et vous êtes venus à mon secours.

Frères et sœurs, qu'en cette conclusion de cette année liturgique nous essayions de retrouver au moment où va ressurgir l'étoile radieuse du matin vers une nouvelle année, que nous essayions de retrouver ce véritable goût de la nouveauté. Nouveauté de la vie chrétienne, de la vie croyante, nouveauté de la foi, nouveauté de la charité. Effectivement, aujourd'hui commence quelque chose de nouveau. Ce ne sera pas dans les manchettes de journaux, on n'en parlera pas au 20 heures ce soir à la télé, et pourtant, c'est la nouveauté de Dieu qui ne cesse de surgir dans l'Histoire, et nous en sommes les témoins, les artisans, et les serviteurs.

 

 

AMEN