LES FINS DERNIÈRES
Ap 20, 1-4 ; Mt 24, 1-14
(17 novembre 1994)
Homélie du Frère Bernard MAITTE
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ous lisons aussi bien dans l'Apocalypse que dans les évangiles, des passages qui concernent les fins dernières, ce qu'on appelle l'eschatologie. Tous ces textes parlent de bouleversement, de guerres et aussi de dates. Ce sont des éléments qui se correspondent. Jésus dit : " De ce Temple, il ne restera pas pierre sur pierre", tout sera détruit. Et les disciples demandent en particulier "A quelle date ? et quel sera le signe ?" Jésus répond sur les signes en précisant qu'ils ne sont que le commencement de l'enfantement et par rapport à la date, Il répond : "Il faut que la Bonne Nouvelle soit annoncé à tous et alors viendra la fin." En définitive, Jésus ne répond ni sur les signes ni sur la date. Par contre ce qu'Il dit c'est qu'il faut à la fois être attentifs aux signes et quant-à la date, c'est un moment de notre existence qui doit toujours être en éveil. Ainsi tous ces textes ne sont pas à prendre à la légère car ils occupent une grande place dans l'Ecriture, mais ils sont aussi à interpréter d'une façon particulière qui est celle dont l'Église a toujours envisagé la fin du monde ou les fins dernières.
Par rapport à ceux qui envisagent une date précise, ce qui a été le cas pour certains en lisant le texte de l'Apocalypse sur les questions du règne des "mille ans", comme par exemple Origène qui a développé ce qu'on appelle le millénarisme, la pensée que pendant mille ans c'était le règne du diable, ensuite tout s'arrête et vient la fin du monde, tous les troubles autour de l'An Mil, l'Église a répondu que personne, pas même le Fils ne savait le jour et l'heure. Donc première attitude, ne cherchons pas une date précise. L'an 2000 vous fait peur ? Mais ce n'est pas l'an 2000 qui fait peur, ce n'est même pas le jugement de Dieu qui doit faire peur, ce n'est pas la fin du monde qui doit faire peur, puisque cette fin du monde est certainement notre salut. Auriez-vous peur du salut de Dieu ? Donc les dates ne sont pas à rechercher dans un calendrier précis, elles ne sont à rechercher que dans "un temps" et un temps qui soit liturgique, un temps qui soit chrétien, un temps de foi. Nous attendons le Seigneur, point à la ligne. Il arrive dans une seconde, dans dix ans, dans un siècle ? Notre vocation c'est d'être éveillés à cette venue.
Quels sont les signes ? Là aussi notre monde est assez fort non seulement pour nous annoncer que c'est demain la fin de monde, mais aussi que tout ce que nous voyons sont les signes que c'est bientôt la fin du monde. Des guerres, des famines, bien plus grandes, bien plus lamentables peut-être ont existé à d'autres époques. Le Christ répond "c'est le commencement de l'enfantement". Qu'est-ce que cela signifie ? C'est que notre monde appelé à un achèvement, appelé à une "fin" justement et à une perfection dans cet achèvement, est dans l'attitude d'une femme qui enfante, c'est-à-dire qu'il y a des douleurs. Ces douleurs ne sont en fait que le signe que notre monde est en train de passer de ce temps au Père. Il est en train d'être enfanté à un monde qui soit nouveau, comme l'enfant qui, du sein de la mère, ne connaissant pas le monde extérieur qui l'entoure, en naissant à ce monde, découvre ce monde qui est pour lui nouveau après sorti du sein maternel.
Qu'est-ce que cela signifie ? Que toute la réalité de ce monde, toute la réalité humaine et tout ce que nous sommes, c'est une Pâque et que cette Pâque s'inscrit dans notre vie quotidienne, dans notre monde. Et c'est cela le message chrétien. Le Christ Lui-même s'incarne, vit, passe de ce monde au Père, de la mort a la résurrection. Il vit sa Pâque. Et si cette Pâque est l’évènement fondateur du christianisme et l’évènement central de toute la vie de l'univers, cette Pâque est censée marquer tout ce que nous vivons.
Il me semble ainsi que nous avons ces deux attitudes à vivre. D'une part, nous sommes éveillés déjà à ce que le Seigneur veut réaliser en nous et d'autre part ce qu'Il réalise en nous c'est le signe même de notre salut. Donc toute fin du monde est déjà en œuvre dans notre vie, dans notre cœur. Cette fin du monde ne doit pas nous éveiller à la hantise ou à la peur mais à la patience, à la confiance surtout à une vertu que l'on a tendance à oublier, à l'espérance.
AMEN