Apocalypse 11, 1-12 ; Marc 13, 32-37
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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rères et sœurs, la lecture de l'Apocalypse que nous avons commencé il y a quelques jours fait partie aussi de cette préparation à la fin de l'histoire et à son sens dont l'Église veut nous parler en cette fin de l'année liturgique.
Le texte d'aujourd'hui est assez difficile à saisir mais tout à fait remarquable pour comprendre ce qu'est une "expression symbolique". Quand il s'agit de paraboles, et là nous avons l'équivalent d'une parabole, nous avons toujours tendance à vouloir que les moindres détails correspondent de manière chiffrée à ce dont on veut parler comme s'il s'agissait d'un grimoire où il fallait trouver les lettres recouvertes par une autre écriture, comme cela arrive souvent sur les parchemins. Le sens symbolique dans une parabole ou dans un récit poétique comme dans celui que nous venons d'entendre, est un sens global et non pas le détail de chaque élément. C'est un sens global qui nous révèle la parenté de ce dont on veut parler avec un certain nombre d'autres réalités qui existent dans l'histoire ou dans les événements que nous avons connu.
Ici, il s'agit de deux témoins de Dieu qui vont prêcher sa parole. On nous dit que ces témoins ont le pouvoir de "clore le ciel afin que nulle pluie ne tombe pendant le temps de leur mission". C'est une allusion au prophète Élie qui, devant l'incrédulité des rois d'Israël, avait par sa prière, fermé le ciel pendant trois ans. "Ils ont aussi le pouvoir sur les eaux de les changer en sang et pouvoir de frapper la terre de mille fléaux". Ici l'allusion vise Moïse par qui Dieu avait frappé l'Égypte de divers fléaux et noyé dans la Mer Rouge les égyptiens qui poursuivaient le peuple. Autrement dit, les deux serviteurs dont nous parle le texte sont Élie et Moïse. Pourtant, il s'agit d'une réalité présente et actuelle, et il est question après leur témoignage de la venue de la Bête qui est l'Antichrit, qui sort de l'abîme et luttera contre eux, les vaincra et les mettra à mort. Il n'y a pas eu de mise à mort d'Élie et de Moïse. C'est donc une tout autre perspective qui nous est proposée ici : il s'agit de deux serviteurs de la Parole qui vont être martyrisés pour le nom du Seigneur. Les grands martyrs qui protègent de leur ombre l'Église dans toute son histoire, c'est Pierre et Paul, les deux témoins, les deux flambeaux qui se tiennent devant Dieu.
Les témoins sont donc à la fois Élie et Moïse et ensuite Pierre et Paul. Il y a donc une continuité dans le témoignage, entre l'Ancien Testament qui est une préfiguration et le Nouveau Testament qui est l'accomplissement. Pierre et Paul sont, comme Élie et Moïse les serviteurs de Dieu qui dévoilent le regard de Dieu sur l'histoire des hommes, et qui, à cause de cela sont mis à mort par ceux qui ne veulent pas voir cette œuvre de Dieu. C'est pourquoi quand ils sont mis à mort les habitants de la terre se réjouissent, se félicitent parce que les prophètes qui viennent de mourir leur avaient causé bien des tourments. Mais après trois jours et demi, Dieu leur infuse un souffle de vie, il les ressuscite et les fait monter dans son Paradis. C'est la protection de Pierre et Paul, de tous les témoins du Christ sur la totalité de l'histoire et des événements de nos vies et de la vie du monde. J'ajoute un dernier mot.
Peut-être êtes-vous surpris par la récurrence dans l'Apocalypse de cette notation : trois jours et demi ou de trois années et demie. Pourquoi trois et demi ? A certains moments l'Apocalypse donne la clé de ce chiffre : c'est un temps, deux temps et la moitié d'un temps. C'est le déroulement du temps dans son caractère temporaire et non pas définitif. Cela n'a rien à voir avec l'éternité qui est une plénitude, ce temps, c'est un morcellement de la durée, c'est une durée incomplète et imparfaite. Donc toutes les fois que l'Apocalypse dit : trois jours et demi, un temps, deux temps et la moitié d'un temps, l'Apocalypse veut désigner les événements de l'histoire qui sont terribles sur le moment mais qui ne sont que passagers et qui ne délivreront leur sens plénier que dans l'accomplissement de Dieu qui nous prendra dans son amour.
AMEN