Ap 1, 1-8+17-19 ; Lc 16, 1-9
Homélie du Frère Christophe LEBLANC
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rères et sœurs, permettez-moi de laisser de côté l'intendant malhonnête, non pas que je sois embarrassé par cet évangile, car enfin, ce que dit Dieu c'est qu'avec du mal on peut faire du bien, et c'est encore une relecture de ce qui a pu se passer au cœur même de l'histoire de Joseph dans le livre de la Genèse.
Mais je voudrais plutôt, puisque tu fais ta première communion aujourd'hui, Estelle, je voudrais souligner avec nous tous ici, rassemblés dans cette église, le début de l'Apocalypse. Je crois qu'il serait bon de rappeler quelques petits points, au moment où nous commençons la lecture de ce livre. Le mot Apocalypse, commençons par définir ce que ce n'est pas, ce sera plus pratique, le mot Apocalypse ce n'est pas cette destruction du monde que le cinéma américain ou non-américain, aime à mettre en films, ce n'est pas Terminator, ce n'est pas d'abord la souffrance, la destruction totale. L'Apocalypse ce n'est pas non plus une capacité d'écrire et de déterminer à l'avance l'avenir, comme ce que nous lisons quelquefois en cachette à la dernière page des magazines, l'horoscope pour savoir de quoi sera fait demain, si nous rencontrerons enfin l'âme sœur. L'Apocalypse ce n'est pas non plus cet exercice dont nos contemporains sont friands, à travers certains romans, je pense au Da Vinci Code, par exemple, ce n'est pas de penser que derrière chaque terme il y aurait un secret, que bien sûr l'Église refuse de dire parce qu'elle est très méchante et qu'elle cache des choses très importantes à l'humanité …
En fait l'Apocalypse C'est tout autre chose. Le mot Apocalypse signifie "dévoilement". Ce qui est en jeu, ce n'est pas d'abord l'avenir, ce n'est pas la destruction du monde, ce n'est pas jouer à un jeu de scout en se promener dans le monde entier pour trouver des symboles ou des clés cachées. C'est le dévoilement même du présent. C'est déjà le présent qui est en jeu. C'est la première chose à retenir. La deuxième chose, c'est que l'Apocalypse se place au cœur même de la trame profonde de notre monde. Très souvent et nous le reprochons assez souvent aux médias, notre vie reste un peu à la surface de la mer, ce qu'on appelle l'écume des vagues. Nous oublions trop facilement que la mer n'est pas portée par l'écume des vagues mais par les courants souterrains que nous ne voyons pas. Si nous ne nous donnons jamais la possibilité de faire de la plongée sous-marine, nous resterons toujours dans l'écume des vagues et juste au-dessus de ce monde. Si vous me permettez de filer la métaphore jusqu'au bout, je crois que la plongée sous-marine c'est de venir dans cette église. La plongée sous-marine, c'est déjà notre prière, mais pas uniquement notre prière personnelle, c'est notre prière personnelle vérifiée auprès de la communauté chrétienne et auprès de l'Église que nous formons, auprès de la Parole de Dieu. Nous rentrons dans cette église avec nos propres contradictions, Dieu sait et nous-mêmes savons combien notre vie est remplie de contradictions, et nous offrons ces contradictions aux courants sous-marins de la Parole et du plan que Dieu a sur chacun d'entre nous. Nous repartirons différents, non pas en nous contentant de l'écume des vagues, mais en ayant le sentiment d'avoir déchiré un peu le voile, et d'avoir découvert un peu mieux le plan que Dieu a formé sur nous.
C'est cela que nous faisons quand nous venons à l'église et le problème de la messe, comme on le dit, ce n'est pas de dire sociologiquement parlant, il y a moins de chrétiens qui viennent, là n'est pas la question. Le problème est qu'on devrait réfléchir sur ce que sont véritablement l'eucharistie et les sacrements. On ne va pas à la messe par obligation, mais parce que c'est le moyen que Dieu nous a donné pour réussir un tant soit peu dans le temps qui est le nôtre, de découvrir ce que nous sommes et ce à quoi nous sommes appelés. Après chacun fait ce qu'il pense devoir faire, il y a la liberté des enfants de Dieu, car on ne peut obliger personne à venir à l'eucharistie. Ce n'est pas d'abord une question d'obligation ou de loi. C'est de l'obligation dans le sens de ce qui est fondamental pour moi et pas du tout de l'ordre de la Loi de l'Église ou d'autre chose. Nous pourrions effectivement, et cela bien été le cas dans notre société à une certaine époque pas si éloignée, les gens venaient à l'église par obligation sociale, mais je ne suis pas sûr que tous ces gens expérimentaient l'Apocalypse, c'est-à-dire, les courants sous-marins de la Parole de Dieu et de la grâce que Dieu veut nous offrir dans cette église par l'intermédiaire des sacrements. C'est ce que nous avons à faire, même si parfois, nous avons de la peine à venir, et je peux vous assurer que nous aussi, prêtres, ce n'est pas toujours si évident, si nous venons à l'église, c'est parce que nous sommes persuadés qu'il y a cette apocalypse, ce dévoilement au cœur même de chaque eucharistie et au cœur même de chaque moment où nous lisons et écoutons la Parole de Dieu.
Le texte de l'Apocalypse dit : "Je tombai à ses pieds comme mort, Il posa sur moi sa main droite et me dit : ne crains pas". Expérimenter l'Apocalypse et les sacrements, c'est à un moment donné, s'écrouler, peut-être pas physiquement, mais c'est s'écrouler devant Dieu, par peur, et tant mieux, en se demandant : et maintenant, que vais-je faire alors que je suis devant toi et que je découvre cette grâce et cette Parole que tu me donnes. Il y a cette phrase magnifique : "N'aie pas peur. Je suis le Premier et le Vivant, écris donc ce que tu as vu".
Et à la fin de l'eucharistie que sera cet envoi que vous recevrez ? Ce sera pour inviter à dire à vos frères et sœurs ce que vous avez expérimenté ici par rapport à l'Écriture et à la Parole. C'est cela l'envoi, et c'est quelquefois dommage que certains d'entre nous aient autant de mal à quitter l'église pour vouloir continuer la messe. Ce que j'ai reçu, je n'ai qu'une seule envie, c'est de me précipiter au-dehors de l'église pour l'annoncer à mes frères et sœurs et leur dire : ne crains pas, viens aussi par les sacrements de l'Église, expérimenter la puissance de Dieu qui n'est pas là pour nous écraser mais pour nous révéler qui nous sommes et quelle est notre destinée de fils et de filles de Dieu.
Peut-être que maintenant Estelle, tu te sens écrasée avec cette Parole de Dieu, mais tant mieux ! Toute ta vie de chrétienne sera de reprendre à chaque instant cette Parole de Dieu et cette vie que Dieu va te donner à travers son Corps et son Sang.
AMEN