Ap 3, 14-23
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Saintes : Les vieillards de l'Apocalypse
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u n'es ni chaud ni froid, je vais te vomir de ma bouche !" Dans ce début d'Apocalypse il y a sept lettres écrites aux sept églises dont on pourrait dire qu'Éphèse est l'archevêché, les autres villes étant les communautés suffragantes. La dernière lettre s'adresse à une communauté de gens qui se la coulaient douce. Laodicée était une ville agréable dans laquelle on s'enrichissait beaucoup par le commerce. A chacune des lettres le Seigneur se donne un titre. Tantôt il est Celui qui tient sept étoiles dans sa main, Celui qui possède les sept Esprits de Dieu, Celui qui est le saint ou qui détient la Clé de David. Ici, pour l'Église de Laodicée, Il se présente ainsi : "Ainsi parle l'Amen, le Témoin fidèle et vrai, le Principe de la Création de Dieu." Donc ici le Christ ne parle pas comme le Ressuscité mais comme principe de la création, comme le principe du fait que le monde existe. Et comment est-il à l'origine du fait que le monde existe ? C'est parce qu'Il a dit "Amen !" c'est-à-dire "Oui" au projet créateur du Père. Donc Il a "été pour". Il est pour la création. Et Il a été telle ment pour qu'il a été Témoin fidèle et vrai, c'est-à-dire que la création existe. Il peut témoigner que la création existe parce qu'Il a "été pour", à la racine, au "Oui" du début.
Par conséquent Celui qui parle ainsi n'est pas contre le monde créé, Il ne refuse pas le fait que les hommes soient des hommes, Il ne refuse pas que l'on s'intéresse à la création. Mais Il parle en tant qu'auteur, initiateur, participant au projet créateur. Or que dit-Il ? "Tu es tiède, tu n'es ni chaud ni froid et je vais te vomir" c'est-à-dire tu me restes sur l'estomac. Et pourquoi ces gens sont-ils tièdes ? C'est parce qu'ils s'imaginent : "Me voilà riche. Je me suis enrichi, je n'ai besoin de rien." Et là il y a un double péché. D'une part de s'être enrichi et d'autre part : "Tu ne le vois pas, c'est toi qui es malheureux, pitoyable, aveugle et nu". C'est un aveuglement. De la part de l'Église de Laodicée, il y a une double erreur sur la création. Premièrement d'avoir cru que l'on pouvait s'enrichir "de la création", deuxièmement de ne pas voir que si l'on s'est enrichi de cette manière, on n'a rien du tout. On est pauvre, misérable et nu. Donc double péché mauvais usage de la Création et aveugle ment sur ce mauvais usage. C'est la raison pour laquelle il faut deux remèdes. Le premier c'est de lui donner de "vraies richesses", le deuxième de lui donner un collyre pour les yeux. Il y a là d'ailleurs une petite moquerie car Laodicée était spécialisée dans la vente de collyres, qui à cette époque, étaient des onguents fabriqués par des charlatans.
A travers cette exhortation nous sont dites deux choses : l'origine des vraies richesses. "On va lui donner de l'or pur" et non du plaqué or, et l'on va lui ouvrir les yeux. C'est pourquoi je pense que cette lettre s'adresse plus que jamais à notre monde d'aujourd'hui. Dieu ne nous a jamais demandé de "haïr" la création. Dieu nous a demandé d'aimer la création parce que Lui-même l'aime. On n'y peut rien. Il l'aime parce qu'Il l'a voulue. Dans le Credo, nous l'appelons "le créateur du ciel et de la terre". Seulement le problème est de voir comment aimer et ensuite d'aimer juste. Donc il faut aimer la création et Dieu demande à Laodicée d'acheter chez Lui "de l'or purifié au feu" c'est-à-dire la création dans sa vérité, dans sa pureté, dans son sens révélateur de Dieu, de "cacher sa honte avec des habits blancs" c'est-à-dire de la robe baptismale et enfin d'ouvrir les yeux pour savoir comment aimer cette création.
C'est tout un programme pour notre propre vie. En aucun cas, le renoncement signifie la haine. Le renoncement signifie aimer cette réalité de la création autrement que selon notre premier désir marqué par le péché pourrait nous porter à aimer. Mais aimer la réalité et les autres, nous-même, selon le cœur de Dieu. Redécouvrir comment le monde nous est donné comme un or purifié passé au creuset. C'est sûr qu'à certains moments c'est dur et difficile, mais à aucun moment, à aucun prix Dieu ne nous demande de haïr le monde au sens de le refuser et de le mépriser. Il nous demande, au contraire, de l'aimer comme Lui l'aime. Et c'est beaucoup plus exigeant, et c'est beaucoup plus vrai. Il l'aime tellement qu'en récompense Dieu laisse entrevoir qu'Il va "venir chez nous pour souper."
Ici l'image est saisissante. Ce n'est pas Lui qui nous invite à dîner pour le banquet des noces, c'est Lui qui s'invite à souper, par nous, dans sa création. C'est pour cela que ce texte a aussi une résonance eucharistique au sens où si nous savons aimer le monde comme nous devons l'aimer, avec le regard et l'amour de Dieu Lui-même, ce regard de vérité sur la beauté et la vérité du monde, alors Dieu viendra chez nous pour souper, Dieu viendra partager le pain et le vin, Il viendra nous donner Lui-même son corps et son sang en sacrifice, en partage car c'est le gage qu'Il est encore le Témoin fidèle et vrai, qu'il aime le monde encore aujourd'hui puisqu'Il y vient pour être le commensal de son humanité qu'Il a créée à son image et de la création tout entière. Recevons donc tout l'amour que Dieu a pour le monde afin d'en vivre et d'en témoigner.
AMEN