JÉRUSALEM VILLE NOUVELLE

Ap 21, 1-7

(25 novembre 1992)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

Jérusalem

L

'on ignore l'heure et le temps de ce grand chambardement décrit par ces passages de saint Matthieu ou par l'Apocalypse, mais l'Apocalypse nous dévoile à quoi ressemblera l'après chambardement. L'après chambardement c'est une cité, c'est une ville. Et nous sommes au commencement de cette ville, nous sommes au début de la construction de cette ville. Plusieurs sont à retenir de cette ville qui nous rassemblera tous, les morts et les vivants, en un seul peuple.

       D'abord c'est une cité "qui descend du ciel", c'est l'Anti-Babylone. Ce n'est pas une cité fruit de nos efforts, c'est une cité fruit de la grâce. C'est la façon dont Dieu épouse l'humanité, Il l'épouse dans une maison, dans une cité, dans une relation qui est une demeure. Depuis longtemps Dieu prévoit une demeure. Nous étions partis d'un jardin où étions chichement vêtus et dont nous avons été chassés. Mais nous allons être revêtus d'une robe de gloire pour entrer enfin dans la Demeure. Le chemin du chrétien c'est de quitter ce jardin un peu par force, après y avoir mangé quelque fruit défendu, pour être rassemblés et festoyer ensemble à la table de la Demeure. En ce moment, nous quittons les derniers feuillages du jardin et nous commençons à entrer dans l'Église, dans les premières colonnes, dans le péristyle d'entrée de la Demeure de Dieu. Et toutes ces colonnes sont le vestibule d'entrée, mais un vestibule qui sera détruit puisque la cité nouvelle "descend du ciel". C'est quelque chose de plus grand encore que nos plus belles prières. C'est une grâce, une gratuité.

       "Il n'y a pas de mer" dans cet après chambardement. Si saint Jean a pris soin de ne pas citer la mer c'est qu'il n'aime pas la mer. A l'époque on pensait que la mer était vraiment le siège du mal et que les flots engloutissaient les justes comme les pécheurs et qu'il y avait donc toute raison à supprimer la mer du paradis. C'est dommage mais c'est ainsi.

        C'est une "cité sainte", c'est une "Épouse". Elle est parée, elle est toute en attente d'être épousée. Et il y a à la fois une vision et une voix ce que nous avions d'ailleurs au paradis avant la chute. Nous avions la vision de Dieu et nous entendions la voix de Dieu. Mais après la chute il ne restait que la voix de Dieu et d'ailleurs Adam l'entend à peine cette voix. C'est une voix qui crie et qui demande : "Où es-tu ?" Là il n'y a plus de cri de Dieu. Dieu ne cherche plus Dieu affirme solennellement et en même temps intimement : "Voici la demeure de Dieu avec les hommes !" Voici notre demeure commune à toi et à Moi.

       C'est aussi un lieu où l'homme est consolé. "Dieu essuiera toute larme de leurs yeux !" C'est un lieu où l'on soigne l'homme de ses misères, de son mal. Si vous voulez c'est un hôpital, l'hôpital de Dieu, c'est la façon dont Dieu console, guérit avec cet amour maternel et paternel qu'Il déploie à notre égard. "De mort, il n'y en aura plus !" Oui, c'est cela l'univers nouveau, cet endroit ou, à tout jamais, tout homme sera ravi consolé, rassasié, émerveillé de cet univers préparé pour lui et qui descend pleinement du ciel.

       Enfin, dernier de cet après chambardement, au milieu de cette cité céleste dont nos villes sont une pâle figure, mais qui nous prépare déjà à comprendre que c'est dans ce même élan de construction d'une société plus juste qui annonce à leur façon cette société avec Dieu, cette civilisation avec Dieu, cette demeure avec Dieu, au centre de cette cité nouvelle, au centre de cette ville toute l'histoire du monde est résumée, récapitulée en une seule personne, "Celui qui est l'Alpha et l'Oméga", le Principe et la Fin", le Christ. Et dernière image de cette ville céleste, c'est le Christ qui tend la main vers celui qui a soif, résumant ainsi toute l'histoire car celui qui va parcourir ce chemin qui nous sépare du jardin à la ville c'est celui qui a eu soif et qui a gardé intacte la soif, qui ne s'est pas désaltéré aux sources vaines de la vie mais qui a attendu de recevoir, de la main même de Dieu, la coupe qui l'enivre et qui l'enivrera éternellement.

      AMEN