L'ÉPÉE ET LE CAILLOU BLANC

Ap 2, 12-17

(31 octobre 1988)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

Le caillou blanc

A

insi parle Celui qui possède l'épée acérée à double tranchant."

C'est la manière dont est décrit le Seigneur lorsque, dans la gloire de sa Résurrection, Il s'adresse à l'Église de Pergame. Il est manifesté comme Celui qui tient dans sa bouche l'épée acérée à double tranchant. Ce n'est pas "l'homme au couteau entre les dents" mais plus exactement le mystère même de la Parole de Dieu. L'épée est acérée, elle a double tranchant, c'est-à-dire que, par tout elle-même, elle découpe, elle fait le jour, elle fait la lumière.

       L'épître aux Hébreux reprendra la même image en disant que la Parole de Dieu va séparer jusqu'aux articulations des os et des chairs, voulant manifester par là cette puissance extraordinaire de la parole du Ressuscité. Pour les premiers chrétiens, cette Parole de Dieu, cette Parole qui est sur les lèvres du Christ et dans sa bouche, n'est pas simplement une parole de souvenir qui permet de se remémorer. C'est la Parole qui rénove totalement l'homme jusqu'à l'intérieur de lui-même. Elle se saisit de lui, elle s'en empare et elle a une puissance de pénétration jusqu'à l'intime du cœur de l'homme qui ressemble précisément à celle de l'épée acérée.

       Cette Parole est une parole de vérité au sens où elle dévoile la vérité du cœur de chaque homme. L'image de l'épée est reprise car au moment même où cette parole entre dans notre cœur, elle commence à entamer cette dure besogne de la conversion et de l'exposition totale de soi-même à la vérité de Jésus-Christ.

        "Au vainqueur, je donnerai un caillou blanc, portant gravé un nom nouveau que nul ne connaît, hormis celui qui le reçoit."

       Il s'agit, par ce symbole, de dire que chacun d'entre nous, par ce travail de la Parole de Dieu en nous, par cet appel constant à la conversion, recevra le "caillou blanc" c'est-à-dire recevra sa véritable identité. Le caillou blanc porte le nom. Le caillou c'est à la fois le roc, la solidité contre laquelle les épreuves ne peuvent rien faire. D'autre part, il est blanc car c'est la pierre de l'existence baptismale. Etre baptisé c'est être fondé sur le roc même du Christ et participer de la solidité même de ce roc. Or sur ce caillou blanc est gravé notre nom c'est-à-dire ce qu'il y a de plus intime en nous-mêmes, notre propre personnalité devant Dieu.

       Et ce nom ne nous est donné qu'au moment où nous avons remporté totalement la victoire avec le Christ. C'est dire que, ici-bas encore, sur la terre, notre propre identité n'est pas encore pleinement dévoilée et révélée. Comme le dit saint Jean dans son évangile," ce que nous sommes n'a pas encore été manifesté". C'est pourquoi le nom nous est donné sur le caillou blanc de la victoire, c'est-à-dire au moment où se sera révélé pleinement ce que nous sommes.

       Demandons que cette parole de Dieu que nous entendons tous les jours ait, de temps en temps, un peu de tranchant. Qu'elle ne soit pas "comme de l'eau qui s'écoule sur les plumes d'un canard" parce que l'habitude nous a un peu blindés, mais qu'elle commence à révéler en nous cette véritable identité, qu'elle commence à nous faire pressentir la solidité du roc, la blancheur de la grâce dont nous sommes envahis et surtout qu'elle nous donne de découvrir la vérité de notre personne devant Dieu.

      AMEN