VEILLEZ !
Ap 22, 1-7+16-17+20-21
(26 novembre 1988)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Ramerupt : Moine assoupi !
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E |
n ce dernier jour de l'année liturgique, l'Église nous propose les paroles du Christ qui résument le sens et l'action essentielle et principale de notre vie chrétienne, de toute la vie de l'Église, de toute l'histoire du monde : "Veillez !"
Veiller, c'est cela que nous devons faire parce que le sens de notre vie est en avant de nous. Nous devons veiller dans l'attente du maître, dans l'attente de notre Seigneur qui vient. Nous ne savons pas quand Il viendra, mais nous sommes sûrs de sa venue. Elle est plus sûre que l'aurore.
Veiller ! Pourquoi ? Parce que nous sommes tendus vers ce retour du maître. Il nous a été dit : "Que l'homme assoiffé s'approche ! Que l'homme de désir reçoive l'eau de la vie" Nous veillons parce que nous attendons la venue de Celui qui est toute notre vie. C'est parce que nous avons soif, que nous sommes remplis du désir du Christ, du désir de voir son visage. C'est pour cela que nous devons veiller inlassablement et toute notre vie prend son sens par ce Seigneur qui vient, par ce visage que nous attendons, par ce désir qui habite notre cœur.
L'Apocalypse nous précise encore quelle est cette eau de la vie ? L'ange qui guide Jean dans la Jérusalem Nouvelle lui a montré le fleuve de vie, "limpide comme du cristal, jaillissant du trône de Dieu et de l'agneau". Ce fleuve de vie, c'est l'Esprit de Dieu. Si nous sommes remplis de désir, si notre désir et notre soif se renouvellent par cette "Eau de la vie" qui à la fois étanche notre soif et la rend plus profonde, c'est parce que notre cœur est habité par l'Esprit. C'est l'Esprit de Dieu, c'est ce fleuve de vie qui fait naître, grandir sans cesse en nous ce désir du Père, ce désir du visage du Christ révélation du Père. Et cet Esprit qui, à la fois, comme un fleuve d'eau vive étanche notre soif et la creuse plus profondément, cet Esprit qui fait de nous des hommes de désir, des hommes assoiffés, cet Esprit anime toute l'Église, c'est-à-dire non seulement chacun de nous mais toute notre communauté. C'est un désir commun, un désir unanime qui soulève nos cœurs comme un seul cœur.
C'est pourquoi l'Esprit qui crie au Christ : "Viens !" met aussi cette même parole dans la bouche de l'Église. "L'Esprit et l'Épouse disent : "Viens !" L'Épouse c'est Jérusalem, c'est l'Église. "Oui, viens, Seigneur Jésus !" Ainsi, c'est tout le sens de notre existence qui nous est donné. Si nous sommes tendus par ce désir, si nous répétons sans cesse dans notre cœur : "Viens !" au Christ Jésus, si l'Esprit murmure ce "Viens !" dans notre cœur et dans le cœur de l'Église, alors nous devenons, de part et d'autre de ce fleuve de vie, "des arbres de vie qui fructifient, sans cesse, douze fois par an, qui portent du fruit chaque mois" c'est-à-dire sans cesse. Nous devenons des arbres de vie comme le Christ qui est l'arbre de vie par excellence ; nous devenons d'autres Christs, nous participons à la vie du Christ par l'Esprit qui nous façonne à la ressemblance du Christ par ce désir du Christ qu'Il met dans notre cœur et qui, nous tendant vers le visage du Christ, déjà nous configure à Lui, nous identifie à Lui. Et c'est cela le fruit que nous produisons. C'est le fruit de notre soif et de notre désir.
Et non seulement nous fructifions mais encore "les feuilles de ces arbres de vie" que nous sommes, que nous devenons, "peuvent guérir les païens". Notre désir, notre soif du Christ notre amour du Christ devient source de guérison pour nous-mêmes et pour tous ceux qui nous entourent, pour tous ceux qui ont besoin de cette vie, pour tous ceux qui ont besoin d'être guéris de leur péché ou de leur nonchalance.
Soyons des hommes et des femmes de désir, soyons assoiffés et habités par l'Esprit. Que cet Esprit creuse en nous cette soif toujours plus grande. Que nous devenions ainsi des arbres de vie, afin que tous nous puissions parvenir jusqu'au Christ qui nous dit : "Oui, je viens bientôt ! Je suis l'étoile radieuse du matin !"
AMEN