AU TEMPS DE SA VISITE

Ap 3, 14-23

(7 novembre 1988)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

Brioude : Heurtoir de la porte de l'église 

P

arce que tu n'as pas reconnu le temps où tu fus visitée." A ces paroles de Jésus à Jérusalem font écho les paroles de l'Apocalypse : "Voici ! Je me tiens à la porte et je frappe. Si quelqu'un entend ma voix, s'il prête l'oreille, s'il ouvre la porte, j'entrerai chez lui".

Dieu, Jésus nous rend visite. Il frappe à notre porte. Si nous entendons sa voix, si nous ouvrons la porte, Il peut entrer chez nous. Si Jérusalem avait reconnu le temps où elle était visitée, ne seraient pas venus sur elle le malheur et la destruction. C'est un mystère que celui de cette visite de Dieu dans notre vie. Notre inattention, notre distraction, le fait que nous pensons à toutes sortes de choses, importantes ou non, à bien des soucis légitimes ou artificiels, tout cela nous détourne souvent de percevoir cette visite de Dieu, de sentir cette venue de Dieu en nous quand Il frappe à notre porte, quand sa voix se fait plus insistante, plus pressante.

       Il y a là un mystère car ce texte semble dire que si nous ne prêtons pas attention à cette venue de Dieu, à cette visite qu'Il nous fait, Il partira et nous ne le verrons plus. On peut penser aussi à ce texte du Cantique des cantiques où le bien-aimé vient frapper à la porte de la bien-aimée qui ne veut pas se lever parce que, dit-elle : "Je suis déjà couchée, j'ai lavé mes pieds. Comment pourrais-je venir ? Comment les salirais-je ?" Et le bien-aimé passe la main par la fente, et à ce moment-là, les entrailles de la bien-aimée frémissent, elle se lève pour lui ouvrir, mais déjà, Il avait disparu. Elle l'a cherché mais ne l'a pas trouvé.

       Pourtant, nous savons que l'amour de Dieu est un amour persévérant, inlassable, qui jamais ne cessera de venir et de revenir. Et si nous n'avons pas prêté attention à sa venue, Il viendra à nouveau, Il insistera de nouveau, Il frappera à notre porte, Il nous appellera et de nouveau nous entendrons sa voix.

       Alors est-ce que ces avertissements de l'Apocalypse et du Cantique des cantiques, de l'évangile selon saint Luc, sont des avertissements inutiles ? Est-ce que nous ne devons pas prendre trop au tragique cette inattention qui nous fait "rater" une visite de Dieu, parce que Dieu reviendra ? Je crois que si nous jugions de ces paroles avec l'amour de notre cœur, et non pas seulement avec un souci utilitaire qui nous ferait penser que ce refus n'est pas bien grave, nous comprendrions que chacune de ces visites de Dieu en nous est unique, et que ce qu'Il venait nous dire, le regard qu'Il posait sur nous, l'expression de son visage ce jour-là, était une expression unique et que ce que nous avons raté, en n'écoutant pas sa voix, en ne prêtant pas attention à sa venue, en ne reconnaissant pas sa visite, cela ne se reproduira jamais. Certes, Dieu reviendra. Dieu ne nous laissera pas tomber. Dieu reviendra, mais Il reviendra autrement. Peut-être d'une façon plus belle encore, mais cette visite-là n'aura pas lieu une deuxième fois. Chaque visite de Dieu est unique. Et négliger une visite de Dieu, c'est perdre irrémédiablement une rencontre qui ne se reproduira jamais exactement de la même façon.

       Je crois qu'il faut sentir cela dans notre cœur, à la fois pour ne pas perdre confiance, pour ne pas nous désespérer à cause de notre faiblesse, de notre fragilité, de notre péché, de notre inattention. Dieu ne nous abandonne pas, Dieu ne nous abandonnera jamais. Mais en même temps, il faut bien comprendre cela pour ne pas être négligent. Car si nous savions ce qu'est l'amour de Dieu, si nous nous savions aimés et si nous essayions de répondre, si peu que ce soit, à cet amour de Dieu, nous nous rendrions compte combien précieuse est chacune de ces visites de Dieu, combien unique elle est. Et nous serions inconsolables de ne pas avoir su pressentir cette visite, reconnaître ce passage de Dieu, entendre sa voix. Car chaque parole de Dieu, chaque venue de Dieu est un bien d'une telle splendeur et d'une telle profondeur que nous ne pourrions pas, si nous L'aimons vraiment, le négliger.

       Alors, soyons attentifs, non pas parce que nous avons peur d'être abandonné, non pas parce que nous avons peur d'être perdu, mais parce que l'amour de Dieu est la plus belle chose du monde, parce que nous en avons besoin pour vivre, parce qu'Il se donne à nous sans mesure, et parce que tout cela est si précieux que nous ne pouvons pas le laisser passer sans avoir le cœur serré de cet oubli et de cette inattention ou de cette négligence.

      AMEN