LETTRES AUX SEPT ÉGLISES

Ap 2, 1-7

(26 octobre 1993)

Homélie du Frère Michel MORIN

N

ous avons commencé hier la lecture du Livre de l'Apocalypse et aujourd'hui nous avons entendu la première lettre, le premier message que Jean envoie à l'une des sept Églises, celle d'Éphèse. Je voudrais simplement vous proposer de réfléchir sur ces Églises dont il est question et également sur l'ange puisque Jean écrit à l'ange de ces Églises.

Après l'introduction Jean s'adresse, selon le verset 4 du chapitre premier, "aux sept Églises qui sont en Asie". Et un peu plus loin il est dit par le Fils de l'Homme, le Christ, par Celui qui envoie cette révélation : "Ce que tu vois, écris-le dans un livre et envoie-le aux sept Églises." Et elles sont ainsi nommées, Ephèse, Smyrne, Pergame, Thyatire, Sardes Philadelphie et Laodicée. Ces sept Églises sont géographiquement situées en Asie Mineure et de façon encore plus précise autour de la ville d'Ephèse qui est d'ailleurs la première nommée, la première à recevoir ce message. Il s'agit donc de communautés chrétiennes autonomes, réellement constituées, réellement vivantes et qui avaient déjà reçu l'annonce de l'évangile par Jean lui-même ou ses disciples de façon très probable. Quant au chiffre sept, il est bien sûr d'ordre symbolique. Si dans l'Apocalypse, Jean envoie son message à sept Églises, ce n'est pas parce qu'il y en avait sept, nous le savons, il y avait beaucoup d'autres Églises dans cette région d'Asie Mineure, c'est parce que le chiffre sept symbolise la plénitude, la totalité, l'universalité. On peut donc penser que l'auteur ne se limite pas aux sept Églises nommées mais que son enseignement est destiné, par quelque communauté particulière et nommée, à l'Église universelle. Il s'agit donc d'un message qu'il doit transmettre à la plénitude de l'Église, à toutes les Églises, pas simplement celles de la fin du premier siècle en Asie Mineure, mais à l'Église dans sa plénitude c'est-à-dire à chaque communauté chrétienne du temps et de l'histoire et donc particulièrement à la nôtre. Donc ces sept lettres, il ne faut pas uniquement les comprendre à un plan purement géographique ou historique mais bien se dire que ce qui est transmis et ce qui est révélé nous est destiné, vous est destiné. Et pour être fidèle à ce Livre de l'Apocalypse on pourrait dire ce que Jean dit à l'Église Saint Jean de Malte d'Aix-en-Provence. Donc, pour reprendre la dernière parole de Jésus dans l'évangile : "Que celui qui a des oreilles entende !" C'est d'ailleurs dans la même tonalité que les sept lettres de l'Apocalypse.

       Quant à l'ange, c'est peut-être un peu plus difficile à recevoir ou à comprendre. Le terme ange signifie envoyé, serviteur. Il désigne la mission des puissances angéliques du monde invisible, de ceux justement que nous appelons les anges, les désignant ainsi non par leur nature que nous ne connaissons pas très bien, mais par leur mission qui nous est révélée à plusieurs reprises, de façon extrêmement nette et incontournable dans les deux Testaments. Mais je ne pense pas qu'il s'agisse ici de ces puissances angéliques. Si le mot ange signifie serviteur, il désigne aussi les serviteurs de Dieu. D'ailleurs Jean lui-même se désigne comme "l'ange" à deux reprises. Au chapitre vingt-deuxième de l'Apocalypse, il est dit: "J'ai envoyé mon ange pour un témoignage au sujet des Églises." C'est le Christ Lui-même qui dit : "J'ai envoyé mon ange". Or cet ange envoyé pour un message aux Églises c'est Jean puisque lui-même adresse cette lettre aux sept Églises, donc un message à la plénitude de toute l'Église. Dans un autre passage du même chapitre, il est dit : "J'ai envoyé mon ange pour mo­trer à ces serviteurs ce qui doit arriver bientôt." Donc on peut comprendre que l'ange soit ici un serviteur. Et c'est à ce serviteur d'abord mais pas exclusivement que Jean envoie son message, que Jean veut révéler ce qui doit bientôt arriver, c'est-à-dire la manifestation définitive, non encore achevée mais déjà commencée, du sens plénier de l'histoire.

       Alors lorsque nous allons entendre ces évocations des sept anges, il faut comprendre cette personne en deux sens. Probablement d'abord au responsable de l'Église, à une personnalité importante dans l'Église d'Éphèse, de Smyrne, etc … Est-ce l'évêque ? C'est possible, mais ce n'est pas dit explicitement. Est-ce un prêtre, un ancien ? C'est possible. Est-ce un prophète ? C'est aussi possible. Ce sont des acceptions qui seraient fidèles au terme de "ange" employé dans l'Ancien Testament désignant un prêtre, un prophète ou quelqu'un de cette carrure, de cette personnalité. Quoi qu'il en soit, il s'agit d'un message adressé à une personne qui, dans l'Église, a une responsabilité ecclésiale. Donc ce qui sera dit sera personnel. D'ailleurs la façon dont c'est écrit est nette : "Tu as fait ceci, tu n'as pas fait cela". Nous pouvons donc prendre cette première acception :ce message de conversion par rapport à ce qui va arriver est adressé personnellement au responsable de l'Église. Mais cela serait trop restrictif si nous en restions là. Je pense que le terme "ange" désigne aussi l'Église elle-même, la communauté. C'est une sorte de personnification de la communauté chrétienne de l'Église qui est à Ephèse, à Smyrne.

       Pourquoi ? Parce que si le responsable est serviteur, l'Église est aussi serviteur. Elle est serviteur du mystère de Dieu, elle est au service de la louange du Christ, elle est au service de la sainteté de Dieu, elle est au service de l'annonce de la vérité de Dieu, de l'évangile. Et donc il ne faut pas faire une lecture trop cléricale de ces textes en se disant simplement : c'est fait pour les évêques ou les prêtres, nous, on n'a qu'à écouter ce qu'ils disent, cela ne nous touche pas. Non. Ces lettres aux Églises touchent la personne responsable de l'Église, mais, par solidarité dans la foi, par solidarité dans le ministère, par solidarité dans la conversion nécessaire, touchent chaque personne membre de cette Église, la communauté ecclésiale. Vous le verrez au cours de ces lettres, ce qui est essentiellement mis en valeur dans une façon d'ailleurs extrêmement lucide, c'est le bien, la constance, le persévérance, la vérité, la bonne attitude de l'évangile et en contrepartie ce qui manque, ce qui fait défaut, ce qui n'est pas encore totalement donné, ce à quoi telle Église, tel responsable de communauté n'a pas encore renoncé pour être vraiment disciple du Christ dans la logique de l'évangile.

       Alors comme ce sont des lettres un peu difficiles parce qu'elles sont extrêmement symboliques, elles ont un matériau allégorique, il faut les reprendre paisiblement. Et je pense qu'une très bonne façon de recevoir ce message à l'intérieur de la communauté paroissiale que nous formons c'est que chacun puisse relire ces textes paisiblement chez lui, en essayant de se laisser éclairer, de se laisser illuminer, de se laisser porter, de se laisser évangéliser par ces textes.

       Pour terminer je voudrais simplement évoquer quelque chose qui est très beau dans cet ordre symbolique. C'est ce qui est écrit à l'ange de l'Église d'Éphèse : "Ainsi parle Celui qui tient les sept étoiles dans sa droite, qui marche au milieu des sept chandeliers d'or." Or dans les versets qui précèdent à la fin du chapitre premier il nous est donné l'explication. "Quant au mystère des sept étoiles que tu as vues dans ma droite et aux sept chandeliers d'or, les sept étoiles sont les anges des sept Églises, les sept chandeliers sont les sept Églises. Les uns sont dans la main de Dieu, les chandeliers, le Christ circule et marche au milieu d'eux."

       Alors que ces quelques réflexions, à partir de cette symbolique de l'Apocalypse, nous aident à croire que nous devons être l'étoile, nous devons être illuminés de la lumière du Christ, soleil levant, Ressuscité d'entre les morts. Nous devons briller de la vérité comme les étoiles dans la nuit, avec cette conviction que nous sommes des chandeliers pour éclairer. Et si l'on met le chandelier sous le lit cela n'éclairera personne. En définitive la lumière de ces étoiles et la lumière de ces chandeliers, c'est que le Seigneur Jésus ne cesse de marcher au milieu des Églises au cœur de son Église.

       AMEN