PERGAME
Ap 3, 7-13
(7 novembre 1998)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Anzy-le-Duc : Vieillard de l'Apocalypse
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oursuivant la lecture et la méditation du livre de l'Apocalypse, qui nous est proposée en cette fin de l'année liturgique, nous sommes arrivés à la lettre à l'Église de Pergame. Comme les autres villes qui sont citées, Pergame est une de ces villes très florissantes à l'époque, qui vivent dans l'impulsion de l'évangélisation qui a été donnée, à Éphèse, soit par Paul d'abord, soit plus tard également par l'apôtre Jean. Si bien que l'apôtre de l'Apocalypse peut se permettre si on peut dire de faire le point sur l'état de la foi de la vie de la communauté dans chacune de ces différentes cités qui dépendent d'Éphèse.
Pour la ville de Pergame, la question qui est posée est celle de la vérité de la foi. Pergame était à l'époque un centre religieux assez important. On a encore retrouvé beaucoup de grands monuments religieux, notamment, un énorme temple au dieu égyptien, qui s'appelait Sérapis, et également, tout un complexe quasi hospitalier dédié à Esculape, qui devait sans doute drainer des malades, parce que l'on les considérait comme des pèlerins, parce qu'on ne différenciait pas à l'époque la médecine d'une certaine pratique religieuse, et l'on a retrouvé encore une sorte de grande cour fermée, souterraine, dans laquelle les malades étaient entassés. Au fond, Pergame était un peu le Lourdes de l'époque, en Asie Mineure, on venait de partout pour se faire guérir par le dieu Esculape. Si bien que la petite communauté chrétienne qui était à Pergame a dû être souvent tentée à cause de ses origines païennes, à cause de l'intensité de la vie religieuse païenne qu'il y avait dans cette ville, de faire ce qu'on appellerait aujourd'hui, du concordisme, du bricolage entre d'une part la vérité de la foi qui avait été annoncée, et d'autre part d'anciennes coutumes païennes.
Et c'est la raison pour laquelle à l'ange de l'Église de Pergame, qui est probablement l'évêque de l'Église de Pergame, ordonne des recommandations, en lui disant qu'il faut faire attention parce qu'il y en a qui pratiquent la doctrine de Balaam, celui qui a été poussé par Balaq à dire des méchancetés sur Israël, et à tomber dans le piège, et précisément on dit : il y a au milieu de toi des gens qui dévoient le peuple et qui risquent de faire tomber le peuple dans le piège de l'idolâtrie. Et d'autre part, on lui dit aussi : tu es resté fidèle au jour où Antipas, probablement un des prêtres ou un des presbytres de l'époque a dû subir le martyre, malgré le piège de la doctrine des Nicolaïtes qui devait être précisément une de ces doctrines dans lesquelles on mélangeait des éléments païens avec la foi chrétienne. Le remède, vous savez que chacune des lettres décrit d'abord la situation de l'Église, ici, c'est un peu le mélange, le syncrétisme des religions, et à la fin, on donne une promesse, on ouvre l'Église à son appel éternel, c'est encore très actuel aujourd'hui, chacune de nos Églises, de nos communautés, a besoin d'une parole qui la redresse, dans son attitude, dans la rectitude de sa foi, et a besoin d'une promesse qui la remet dans la ligne de sa destinée de participation au Royaume de Dieu.
La promesse qui est donnée à l'Église de Pergame, est très intéressante, il y a trois choses : il y a de la manne, un caillou blanc et un nom nouveau. La manne, on considère généralement que c'est la nourriture qui permet de traverser le désert. Est-ce que c'est explicitement l'eucharistie ? c'est possible, mais en tout cas, c'est l'idée que Pergame n'a pas fini de traverser les épreuves, et qu'il lui faut comme les juifs dans le désert, le don de la manne qui soutient ses forces, et vraisemblablement, c'est donc l'eucharistie, qui aide la communauté de Pergame à rester dans la fidélité et à marcher vers le but que Dieu lui a proposé.
La deuxième chose, c'est le caillou : c'est très intéressant, car le caillou chez les grecs, a une signification importante, c'est le jeton de présence dans les assemblées, caillou blanc, ce n'est même pas le bulletin de vote, ça peut l'être aussi, mais normalement, c'est quand on a participé à l'assemblée que l'on reçoit un caillou blanc qui atteste qu'effectivement, on était présent à l'assemblée collective et délibérative. Et donc, si on donne le caillou à ceux qui sont restés fidèles, cela veut dire qu'ils deviennent citoyens de plein droit du Royaume céleste.
La troisième chose qu'on leur donne, c'est le nom nouveau, puisqu'on est entré dans cette société nouvelle qui est le Royaume de Dieu : à ce moment-là, on reçoit le nom nouveau c'est-à-dire comme l'achèvement du baptême, on reçoit son nom de Dieu lui-même, on est nommé d'un nom nouveau, on reçoit une identité nouvelle, celle de Fils de Dieu.
Vous voyez donc qu'à travers ces petites lettres de recommandations, c'est toute une perspective de la vie des Églises qui est ainsi évoquée, d'abord, celle de sans cesse aborder et corriger le comportement des croyants de chaque Église, deuxièmement, c'est d'ouvrir une véritable promesse, la cité de Dieu à laquelle toutes les Églises sont appelées et ensuite, de donner à chaque Église selon ses besoins selon les difficultés dans lesquelles elle se trouve, les moyens les plus appropriés qui permettront à cette Eglise d'entrer véritablement dans le plan de Dieu.
Que nous-mêmes aujourd'hui, à travers la célébration de cette Eucharistie, nous recevions la manne, et nous reprenions conscience de ce nom nouveau et de ce caillou blanc que chacun d'entre nous a reçu au jour de son baptême, et qui nous permettra d'entrer dans le Royaume de Dieu.
AMEN