LETTRE À EPHÈSE
Ap 2, 1-7
(5 novembre 1998)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Billom : Saint Jean écrivant
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rères et sœurs, le livre de l'Apocalypse que nous lisons en ces derniers jours de l'année liturgique, commence après la vision inaugurale de Jean, dans l'île de Pathmos, par sept lettres symboliques adressées à sept Églises d'Asie Mineure et tout d'abord à l'Église qui est la plus grande métropole de cette région, celle d'Ephèse. Chacune de ces lettres comporte reproches, ou encouragements, nous l'avons entendu. Concernant l'Église d'Ephèse, Jésus, précisément, parce qu'il s'agit de la métropole de la région, Jésus, par la bouche de son prophète Jean, lui dit : "Je vais venir à toi, et je changerai ton candélabre de place, au lieu de la première place, tu n'occuperas plus qu'une place subordonnée, si tu ne te convertis pas."
Mais, ce que quoi je voudrais attirer votre attention, c'est la conclusion de chacune de ces lettres, elles se terminent toutes par un refrain : celui qui a des oreilles qu'il entende ce que l'Esprit dit aux Églises, et la Parole que l'Esprit dit aux Églises change dans chacune des lettres.
Celle que nous avons entendue aujourd'hui, la voici : au vainqueur, c'est-à-dire, celle qui par l'Esprit de Dieu sera victorieux, non pas en lui-même dans le monde : "Au vainqueur, je ferai manger de l'Arbre de Vie, placé dans le Paradis de Dieu".
L'allusion est très claire, il s'agit dans le livre de la Genèse, du premier Paradis (Paradis est un mot qui signifie "jardin"), il s'agit donc du jardin d'Eden, dans lequel Dieu a placé Adam, pour qu'il le cultive et qu'il en mange les fruits, et au milieu de ce jardin, nous dit le livre de la Genèse, il y avait deux arbres symboliques, bien sûr, celui de la connaissance du bien et du mal, celui dont il est interdit à l'homme de manger le fruit. Cela qui veut dire que l'homme ne peut pas s'abroger le droit de décider par lui-même ce qui est bien et ce qui est mal, l'homme n'est pas le maître de sa destinée, ou de la vérité des choses, il y a un bien et un mal que Dieu nous révèle, et qui ne dépendent pas de notre bon plaisir, et puis, il y a un autre arbre, l'arbre de Vie, c'est de celui-ci qu'il est question ici. L'arbre de Vie planté dans le Paradis, c'était le symbole de la communication de Vie que Dieu faisait à l'homme, à Adam, et normalement, si le péché n'était pas intervenu, à toute sa descendance. Mais, Adam, parce qu'il s'est détourné de Dieu, parce qu'il a voulu par orgueil, être maître lui-même du bien et du mal, il a été chassé du Paradis. C'est toujours une vision symbolique. il a été chassé de ce jardin du Paradis, de ce jardin d'Eden, et donc, il a été séparé de l'Arbre de Vie, c'est-à-dire, il n'a plus été en communication avec Dieu, source de sa vie.
Toute l'histoire du salut qui commence à partir de cette faute originelle, est l'histoire de l'inlassable patience de Dieu pour renouer avec l'homme les liens que celui-ci avait brisé par son péché, pour rétablir une communication entre Dieu et l'homme, pour que de nouveau la vie circule, la vrai vie, s'entend, circule de Dieu à l'homme, autrement dit, symboliquement, pour que l'homme puisse de nouveau accéder à l'Arbre de Vie.
C'est pourquoi, dans cette lettre à l'Église d'Éphèse, l'Esprit dit aux Églises que celui qui acceptera de participer à la Pâque du Christ, à sa victoire sur le mal, donc, à celui qui sera vainqueur dans le Christ vainqueur la communication lui sera donnée à nouveau à l'Arbre de Vie dans le Paradis, disons plus simplement dans le jardin originel qui est le lieu de la béatitude, c'est-à-dire le lieu du bonheur avec Dieu.
Dans le Paradis, et cela est déjà ébauché maintenant, nous aurons pleine communion de Vie avec Dieu, Ce qui veut dire que nous pourrons manger du fruit de l'Arbre de Vie, que nous serons rétablis dans cette plénitude originelle, et plus exactement, nous serons transportés dans une situation encore meilleure que celle où se trouvait Adam, car nous entrerons dans le mystère de Dieu qui veut nous faire participer à sa joie, à son bonheur éternel.
Je ferai manger de l'Arbre de Vie, promesse pour l'avenir, promesse eschatologique, promesse donc pour le temps qui est compté, mais promesse déjà inaugurée : dès maintenant, nous recevons communication de cette Vie de Dieu, dès maintenant, nous mangeons de l'Arbre de Vie.
Les Pères de l'Église se sont plu à penser que cet Arbre de Vie qui était dans le premier Paradis, et qui nous est promis pour l'éternité, c'est l'arbre de la Croix, et que c'est de la Croix du Christ que nous vient la vie, notre rédemption, notre rachat, notre résurrection, plus précisément, c'est du côté du Christ crucifié sur l'arbre de la croix, l'Arbre de Vie, que coulent l'eau et le sang qui sont cette nourriture qui nous donnent la grâce, et participation à la vie de Dieu.
Et la manière dont dès maintenant nous sommes nourris de la grâce par Dieu ce sont les sacrements. Du coté du Christ sur la croix, ont coulé de l'eau et du sang, et là encore, la tradition de l'Église a vu dans cette eau, l'eau du baptême, et dans ce sang, l'Eucharistie, le vin de l'Eucharistie qui est le sang du Christ, dont nous allons nous approcher tout à l'heure par la communion.
Le baptême et l'Eucharistie, qui ne cessent de jour en jour de prolonger cette grâce initiale et inaugurale du baptême, le baptême et l'Eucharistie nous préparent à cette vie éternelle dans laquelle nous mangerons sans fin de l'Arbre de Vie. Et c'est pourquoi aussi d'ailleurs ce Paradis, cette béatitude, ce ciel, cette vie éternelle sont comparés à un festin de noces, à un banquet, dont l'Eucharistie est précisément l'inauguration et le commencement.
Alors, frères et sœurs, tout à l'heure en vous approchant de cet autel, pour recevoir le Christ, dans son corps et dans son sang, nous saurons que dès maintenant, c'est la vie même de Dieu qui s'empare peu à peu de notre cœur, de notre corps, de notre être tout entier, et qu'elle est comme une semence de vie éternelle, semence de résurrection et semence de ce bonheur qui sera celui du Paradis, quand de façon définitive, Dieu nous aura appelés à Lui.
AMEN