TIENS FERME !
Ap 3, 7-13
(6 novembre 1984)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Villelongue : Agneau vainqueur
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e texte de l'Apocalypse fait partie de ces sept lettres adressées à différentes églises d'Asie Mineure. A travers ces Églises, et plus particulièrement de Philadelphie, aujourd'hui, c'est à nous-mêmes, à l'Église d'aujourd'hui et de tous les temps que s'adresse la Parole de Dieu. Cette lettre contient à la fois mise en garde et promesse.
Mise en garde car "le retour du Seigneur est proche". "Tiens ferme ce que tu as pour que personne ne t'arrache ta couronne" nous dit-il. Tenir ferme ce que nous avons parce que le Seigneur est proche, c'est aussi le sens de la dernière parole de l'évangile que nous venons d'entendre : "Quand le Fils de l'Homme viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ?" Quand le Seigneur viendra trouvera-t-il dans notre cœur la foi ? Est-ce que nous tiendrons ferme jusqu'à son retour ? Le retour du Seigneur à la fin du monde, mais aussi le retour du Seigneur à la fin de notre vie, afin que la couronne ne nous soit pas enlevée. Nous ne devons pas nous considérer comme d'avance sauvés, comme installés de droit dans le Royaume de Dieu. Chaque jour, à chaque instant, nous jouons notre vie dans notre fidélité au Seigneur et il faut, comme l'écrit un texte ancien, savoir ne pas perdre tout le temps de notre foi en ne nous maintenant pas dans la perfection jusqu'au dernier moment. Ce n'est pas telle ou telle fidélité passée qui nous donnerait un droit à être sauvé, mais c'est l'ouverture présente, actuelle, vivante de notre cœur au Seigneur qui vient, car Il ne cesse de venir.
Mais devant cette exigence qui, à tout instant nous remet en face de l'appel de Dieu et de l'imminence de sa venue, nous ne sommes pas seuls car, il y a promesse. D'abord ce qui est le fondement de cette promesse : "Je forcerai les impies à reconnaître que je t'ai aimé !" Le Seigneur nous a aimés. Il nous aime et cet amour ne commence pas maintenant, c'est un amour permanent, durable, fondamental, radical. Il nous a aimés depuis le commencement et c'est pourquoi nous pouvons nous appuyer sur cet amour de Dieu Dans cette lettre à l'Église de Philadelphie, les promesses se développent selon deux images principales. La première c'est l'image de la porte : "Je suis Celui qui détient la clé, et si j'ouvre la porte, personne ne pourra la fermer, si je la ferme, personne ne pourra l'ouvrir." Et : "J'ai ouvert devant toi une personne que personne ne peut fermer." Oui, le Seigneur ouvre devant nous la porte, la porte du Royaume, la porte de la vie, la porte de la joie, la porte qu'Il est lui-même car Il nous dit dans l'évangile : "Je suis la porte des brebis. Par Moi les brebis pourront aller et elles trouveront pâturage." Le Seigneur a ouvert devant nous une porte, celle de la lumière de la foi à laquelle Il nous a appelés, cet extraordinaire privilège de connaître son nom qu'il nous a donné. Cette porte ouverte devant nous, personne ne pourra la fermer si nous acceptons d'aller et venir pour trouver pâturage dans le Seigneur.
La deuxième promesse se regroupe autour du thème du nom. Nous sommes les brebis qui connaissent le nom de leur berger. Jésus promet que si nous sommes vainqueurs c'est-à-dire si nous nous laissons emporter par sa victoire, Il gravera sur nous le nom de son Dieu, le nom du Père. Et en même temps que ce nom de Dieu qui est le résumé de toute vérité, ce nom dont nous demandons tous les jours dans le Notre Père qu'il soit sanctifié, le Seigneur gravera sur nous le nom de la Cité de Dieu, de la Nouvelle Jérusalem, c'est-à-dire le nom de l'Église. Puisque le nom c'est ce qui résume la réalité profonde de l'être qui le porte, cela veut dire que Jésus nous enracine dans l'Église, dans le Père, Il nous intègre profondément dans cette communion de frères que nous sommes les uns avec les autres.
C'est parce que nous portons le nom du Père, parce que nous sommes ses enfants, que nous portons le nom de l'Église, que nous sommes enfants de l'Église. Et il ajoute : "Je graverai le nom nouveau que Je porte" ce nom mystérieux qui est l'intimité entre Jésus et nous, qui nous fait entrer dans son propre mystère et fait de nous d'autres Christs. C'est donc un même mystère que celui de cette identification au Christ qui nous fait entrer dans la famille de Dieu et dans le véritable sens de l'Église. Telle est la promesse que Jésus nous fait. Il nous a aimés, Il nous aime. La porte ouverte devant nous ne sera pas fermée. Nous portons dès maintenant et nous porterons pour toujours ce nom du Père. Pour cela, il faut simplement tenir ferme ce que nous avons, c'est-à-dire ne pas laisser s'éteindre en nous la foi pour qu'à son retour le Christ nous trouve vivants et puisse nous prendre avec Lui dans sa victoire.
AMEN