VIENS SEIGNEUR JÉSUS !

Ap 22, 1-7+16-17+20-21

(29 novembre 1980)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

N

ous terminons aujourd'hui cette année liturgique par deux textes extraordinairement complémentaires : l'un qui décrit le désir de l'Église, animée par l'Esprit et qui crie : "Viens, Seigneur Jésus !", le désir de l'Église tourmentée, bouleversée par le désir de son Seigneur, et l'autre ce texte bien connu du jugement dernier.  En fait, à nous qui crions sans cesse : "Viens, Seigneur Jésus le Seigneur nous répond, par cet évangile, qu'Il vient déjà. Chaque pauvre, chaque malade, quiconque porte dans sa chair le poids de la souffrance, quiconque porte le poids de la misère et de l'oppression qui s'est abattue sur lui, celui-là est fils de Dieu. Et, au cœur de toute souffrance, au cœur de toute détresse, il y toujours une petite flamme qui brille, c'est le regard de la tendresse et de la miséricorde de Dieu. Lorsque nous disons : "Viens, Seigneur Jésus", il faut d'abord que nous sachions reconnaître, au creux même de cette souffrance, au creux même de cette détresse d'un frère, cette petite lueur qui est la présence du Christ qui revient. Toute notre vie nous est donnée par le Seigneur uniquement pour cela. Pour que nous sachions reconnaître, dans le visage de chacun de ceux qui ont besoin et notre amour et du témoignage de l'amour de Dieu, par nous, que nous sachions reconnaître dans leur visage et dans leur regard, cette petite flamme d'espérance qui nous dit le retour du Christ.

       Si nous ne reconnaissons pas cela, nous ne le reconnaîtrons pas non plus au jour du jugement. Le drame de ceux qui se trouvent devant le Seigneur et disent : "Quand est-ce que nous t'avons vu dans un tel état ?" c'est qu'ils n'ont pas reconnu la continuité qu'il y avait entre ce monde dans lequel nous sommes affrontés à ce drame de la souffrance, de la misère, du péché qui tue, et de ces hommes qui crient vers le Seigneur et qui crient vers nous. C'est qu'ils n'ont pas su reconnaître la continuité qu'il y avait entre ces moments-là et le moment où le Christ se manifestera.

       Lorsque le Christ viendra, au jour du jugement, il me semble qu'Il portera, sur son visage, ce même regard que nous avons parfois rencontré chez des gens très pauvres, très démunis et qui demandaient notre secours et notre aide. Il portera ce visage, parce que lorsqu'Il reviendra, Il viendra ultimement quêter, supplier, quémander tout l'amour du monde. Alors, il ne faut pas que nous fermions nos yeux, ni notre cœur, maintenant, parce que le jour où Il viendra, pour recueillir dans ses bras et pour transfigurer dans sa gloire, et par sa gloire, tout l'amour du monde, alors nous risquerions de ne pas le reconnaître.

 

       AMEN