VAINQUEUR DU MAL
Ap 18, 1-2+9-11+21-24
(25 novembre 1980)
Homélie du Frère Serge JAUNET
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travers tout le livre de l'Apocalypse court une même intuition, une même vérité, une même lumière pour notre vie d'aujourd'hui, comme pour celle des premiers chrétiens à qui s'adressait saint Jean par ce livre. Cette vérité, cette lumière pour notre vie, c'est celle-ci. Le mal, tout le mal qui emplit le cœur de l'homme, comme le mal qui emplit le cosmos tout entier, un jour sera vaincu. Il est déjà vaincu par l'agneau égorgé, par la victoire qui a semblé être remportée sur l'agneau Lui-même, sur le Christ. Et aujourd'hui, dans la page que nous avons entendue, nous voyons Babylone, la ville fastueuse et pécheresse, s'écrouler sous le poids du jugement de Dieu. Voilà qu'elle est réduite à rien, celle qui était la grande cité, Rome que saint Jean vise à travers ces mots, Rome qui empêche les chrétiens de vivre leur foi.
Et dans l'évangile de ce jour, Jésus nous prévient que cet ébranlement, cette chute des forces du mal qui remplissent l'univers et le cœur des hommes, cette chute de tout ce mal sera effroyable et pourrait, c'est vrai, nous faire peur. Chaque jour, nous voyons ce mal de notre monde et nous croyons que ce mal est terrassé par la victoire du Christ, mal qui habite nos cœurs, mal qui habite nos villes, mal qui habite le cosmos lui-même, l'univers, même dans ses éléments les plus matériels, les plus terrestres.
Mais, à travers tout cela, ce que veut nous dire le Seigneur, c'est qu'un chrétien, même s'il souffre de l'ébranlement de ces puissances du mal à travers le monde, s'il en souffre lui-même, s'il en souffre dans ce qu'il voit se réaliser sous ses yeux, même à travers cela le chrétien reste un homme serein, reste un homme empli de paix, non pas un homme insensible, comme tout homme, il est atteint par cet ébranlement de toutes ces puissances du mal, en lui-même et dans le monde, mais à travers tout cela, il sait, comme le dit le Jésus lui-même, que le Christ "comme un éclair, brille du levant au couchant ", qu'à travers tout cela, au-dessus de tout cela, en cela même, c'est le Christ lumineux, l'éclair de la Résurrection qui habite l'ébranlement de toutes ces puissances.
Peut-être avez-vous rencontré de ces vrais chrétiens, non pas insensibles à tout ce qui se vit dans le monde, de dureté, à tout ce qui se vit d'obscurité et de mal, au fond de chacun de nous, mais de ces hommes et de ces femmes qui, malgré cela, en cela, restent des hommes et des femmes de sérénité et de paix. Souvent, ces hommes et ces femmes, on les trouve à un âge avancé de la vie, parce que, justement, ils ont traversé tant et tant de crises. Mais, dans tout cela, ils ont mis leur confiance dans le Christ, et c'est pour cela qu'ils sont des hommes de paix.
Le testament du Père Doudko en est un signe. Vous savez quelle aventure lui est arrivée et combien lui-même a été ébranlé, au cœur même de sa foi, ou en tout cas dans son esprit. Il écrit ceci : "Ce n'est pas la première fois que j'écris mon testament. Qu'est-ce qui me pousse à le faire ? L'âge? Là maladie ? Il ne semble pas. Rien de cela ne me préoccupe. L'âge me permet encore d'être plein de force et je n'ai pas de maladie particulière. Alors ? Un instinct me dit-il que la mort s'approche de moi en secret ? Mais je dois savoir que, dans ma vie, tout advient d'une manière inattendue. Ce fut le cas pour la guérison complète après l'accident d'auto (allusion à l'accident provoqué par la police et dans lequel le Père eut les jambes brisées). De cet accident, il ne m'est rien resté sinon une certaine impression de fête. Quand il s'est produit et que, projeté hors de la voiture, je gisais immobile à terre, je pensais : voici que même la mort m'arrive d'une manière inattendue. Nous devons être prêt à tout, alors nous bénirons Dieu pour tout. Aujourd'hui même, je bénis le jour inconnu de ma mort. Adviendra-t-il inopinément ? Alors, que Dieu soit avec moi comme Il le fut ce jour-là. Rien ne s'est passé aussi paisiblement dans ma vie que cet accident. Il n'y eut pour moi ni désarroi, ni douleur. Je reçus la chose de Dieu, comme une grâce. Je pense que la mort sera une grâce encore plus grande."
Que ces chrétiens, ceux d'hier ou ceux d'aujourd'hui comme le Père Doudko, nous apprennent à vivre, malgré tout ce qui peut nous arriver, malgré tout ce qui peut arriver à notre monde, dans la paix et dans l'action de grâces envers ce Dieu qui est vainqueur de tout mal.
AMEN