LES DEUX OLIVIERS

Ap 11, 4-12

(17 novembre 1980)

Homélie du Frère Michel-Pierre MORIN

L

e texte de ce matin nous présente deux témoins comme deux oliviers. Or, dans une vision le prophète Zacharie avait déjà vu deux oliviers entourant un candélabre porteur de la lumière. Ces deux témoins, ces deux oliviers symbolisent et figurent Moïse et Élie. Moïse qui a conduit le peuple à travers le désert, suivant la nuée qui manifestait, d'une façon efficace, la présence de Dieu qui conduisait le peuple vers la terre promise vers la terre de vie. Moïse qui a été d'une certaine façon, à l'origine des plaies d'Égypte, qui a eu ce pouvoir, comme dit l'Apocalypse "de clore le ciel afin que la pluie ne tombe pas, que les eaux soient changées en sang et que la terre soit frappée de mille fléaux."

       Et puis Élie qui, un jour, alors qu'il recevait des envoyés du roi, ce roi qui avait eu un accident, qui était tombé de son appartement et qui pour guérir avait envoyé consulter les dieux païens, Élie rencontre ces émissaires et leur dit : " Je suis un homme de Dieu. Qu'un feu descende des cieux et te dévore, toi et tous ceux qui t'accompagnent." L"Apocalypse reprend ce texte du livre des Rois : "Si l'on s'avisait de les malmener, un feu jaillirait de leur bouche pour dévorer leurs ennemis."

      Moïse et Élie sont ces deux témoins, ces deux candélabres que l'on retrouve aussi entourant le Christ, candélabre de lumière, au moment de sa Transfiguration. Mais ces deux témoins sont les symboles et les figures de deux autres personnages, les deux apôtres, colonnes de l'Église, Pierre et Paul. Pierre, celui qui a évangélisé Jérusalem, le monde juif et Paul, qui a annoncé la Bonne Nouvelle au monde païen jusqu'à Rome. Ils ont été tués, ils ont été martyrisés. C'est le sommet de leur témoignage parce qu'ils ont apporté la nouvelle du salut et de la vérité, là même où cette vérité était bafouée. La grande cité, c'est l'Égypte, à cause de son oppression sur le peuple, et c'est aussi Sodome à cause de son péché d'impudicité. C'est aussi Babylone parce qu'elle a exilé, hors de leur terre, les enfants du peuple de Dieu. C'est aussi l'empire romain, avec à sa tête son chef Néron, puisque lorsque Jean écrit l'Apocalypse l'Église en ses chefs et en tous ses membres connaît cette terrible persécution.

       Le cadavre des témoins est exposé au public, manifestant pour ce public, c'est-à-dire pour le monde, pour les puissances du mal que, apparemment l'Église subit toujours des défaites, que le Royaume de Dieu n'a pas de victoire aux yeux de ce monde, que le corps du Christ mort a été exposé à tous les passants sur la croix le Vendredi Saint pour manifester que la victoire de Dieu n'est pas une victoire à la Néron. Mais ces cadavres des apôtres exposés ont provoqué la joie, ont provoqué le plaisir du monde et de ceux qui passaient. Nous savons très bien, qu'aujourd'hui encore, des peuples ou des gouvernements mettent leur savoir, leur intelligence et leur joie à persécuter l'Église pour anéantir sa puissance de vérité et pour l'exposer à la face du monde comme une déroute une défaite.

       Cependant, et l'auteur reprend la prophétie d'Ézéchiel, un souffle de vie passe sur eux et les remet sur pied. C'est le même souffle de vie qui a traversé la vallée de Josaphat où étaient dispersés les ossements desséchés. Le souffle de vie, c'est celui de la résurrection du Christ qui, Lui, a été mis debout, au milieu de la mort, par la puissance de Dieu en sa résurrection. L'Église, dans la personne de Pierre et de Paul est anéantie aux yeux du monde comme le Christ l'avait été sur la croix. Mais, aux yeux de Dieu, pour le Royaume et pour le règne, elle est victorieuse là même où elle a été mise à mort.

       Alors une voix se fit entendre : "Montez ici !" Ils montèrent donc au ciel dans une nuée, aux yeux de leurs ennemis. Cette même nuée qui conduisait le peuple à travers la mer Rouge, vers la terre promise, aux yeux de l'ennemi d'Israël, des égyptiens, cette même nuée qui a emporté Élie, à travers le feu, vers le ciel, pour rejoindre la gloire de Dieu, cette même nuée qui a recouvert le Christ et les apôtres au moment de la Transfiguration, cette même nuée qui apparaîtra à la fin des temps, quand le signe de la croix, défaite pour le monde et victoire pour les chrétiens paraîtra dans le ciel.

      AMEN