L'ARCHITECTURE DE LA CITÉ DE DIEU
Ap 22, 1-7+16-17+20-21
(27 novembre 1981)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
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insi donc la dernière page de la Bible, ce passage de l'Apocalypse que vous venez d'entendre est un petit traité d'architecture. Cela peut nous paraître surprenant, et pourtant c'est la vérité même, car le cœur de Dieu a une architecture. C'est cela qu'il s'agit de comprendre.
En effet, nous n'avons pas eu la description entière de cette nouvelle cité, de la Nouvelle Jérusalem qui "descend du ciel, d'auprès de Dieu", mais les éléments que nous en avons entendu aujourd'hui suffisent à nous faire comprendre ce que sera cette cité. C'est d'ailleurs pour cela que cette vision nous a été donnée comme pour exciter en nous le désir et l'avant-goût de ce bonheur que nous éprouverons à vivre dans cette cité.
Ce qui est curieux, c'est que cette cité n'est pas exactement comme nos cités de la terre. Bien sûr il y a peut-être dans l'esprit du Seigneur qui donne cette révélation et dans l'esprit de Jean qui la reçoit, l'arrière-fond de toute la tradition biblique sur la cité par excellence qui est Jérusalem. Mais ce qui est frappant, c'est que les éléments architecturaux de cette cité sont purement campagnards. Il n'y a plus de distinction entre la ville et la campagne, car la cité qui descend du ciel est faite d'un certain nombre de réalités que voici.
D'abord il y a des murs. Nous n'avons pas lu le passage sur les murs, mais les murs sont très importants car ce sont des murs de pierres précieuses. Ce ne sont pas des murs qui servent d'enceintes pour protéger, ce sont des murs qui, comme des bijoux, des pierres précieuses n'ont qu'un but, de renvoyer la lumière. C'est pour cela que les tours de la Jérusalem céleste sont bâties de différentes pierres précieuses qui évoquent toutes le pierres précieuses connues à cette époque-là, simplement pour manifester la splendeur de l'amour de Dieu qui est reflété sous toutes ses formes dans le cœur de ceux qui l'habitent. Et les murs, c'est pour cela qu'il y a des murs, ce n'est plus pour défendre, mais c'est pour rassembler. Les murs c'est la cohésion et la force de l'amour de Dieu qui tient tous ses enfants rassemblés en Lui.
A l'intérieur de ces murs, il n'y a qu'une seule chose, une place. Il n'y a pas de maison. Il n'y a même pas de temple. Les hommes et Dieu n'habitent plus de maisons séparées, mais il n'y a qu'une place. La place, surtout dans l'antiquité, c'est l'agora, c'est le lieu du rassemblement et de la convocation. C'est le lieu ou la cité trouve vraiment la plénitude de son existence. Les demeures, c'est l'intériorité que chacun reprend pour soi et en soi, tandis que là il n'y aura plus d'intériorité, il n'y aura que de l'intimité, c'est-à-dire que nous vivrons dans le cœur même de Dieu.
D'autre part il y a un fleuve. Ce fleuve, il coule à travers toute la cité. Ce fleuve c'est précisément le fait que tout désir est calmé. Le désir, dans notre cœur, aux jours que nous vivons sur la terre, c'est l'école de l'infini. C'est l'école du fait que jamais nous ne désirerons assez, jamais nous n'aimerons assez et quoi que nous ayons donné, et même si c'est nous-mêmes que nous avons donné, cela ne suffit pas. Parce qu'il n'y a qu'une réalité qui peut nous combler c'est la présence de Dieu. Or cette présence de Dieu est manifestée par le fleuve qui est l'Esprit et qui coule dans le cœur de toute l'assemblée rassemblée sur cette place, pour rassasier et combler définitivement son désir. C'est pour cela que saint Jean dit immédiatement après : "Celui qui a soif, qu'il vienne et qu'il boive gratuitement l'eau de la Vie".
Enfin, il y a des arbres. C'est en fait une ville où il n'y a que des espaces verts. C'est très important les arbres parce que c'est la vie. C'est la vie de Dieu qui pousse, qui jaillit de l'Esprit, et qui jaillit pour ombrager. Les arbres dans l'Antiquité servaient à faire de l'ombre. Cela veut dire qu'à ce moment-là, les hommes vivront sous les platanes de la tendresse et de la miséricorde de Dieu.
Et enfin, il y a un trône. Le trône, c'est la présence de Dieu. C'est qu'Il est là. Il n'y a plus ni murs, ni maisons, ni temple, mais il y a le trône autour duquel tout le peuple est rassemblé. Tout le monde adore Dieu et l'Agneau qui sont sur le trône, c'est-à-dire qu'à ce moment-là, c'est le visage même de Dieu qui est donné face à face, non plus à travers le voile du Temple, non plus comme les dix paroles conservées dans la Loi, mais le trône, c'est-à-dire la pure présence, Visage contemplé par le visage de tous les hommes. Il n'y a même plus besoin de paroles. Il n'y a même plus, à la limite, besoin de chants. C'est ce moment où le silence devient le plus beau chant.
Et enfin, il n'y a plus ni lampe ni soleil, ni flambeau. Il n'y a plus cette extériorité de la lumière qui brille du ciel pour tomber sur la terre, car les cieux nouveaux et la terre nouvelle se sont confondus et rassemblés dans le cœur même de Dieu. Tout est soleil. La présence de Dieu est soleil. Le fleuve de vie est lumière. La place est lumière et même les murs qui marquent la limite, la limite infinie de l'amour qui n'a pas de limite, sont purement lumière.
Voilà la cité de Dieu. Voilà vers quoi nous crions et nous soupirons, en disant : "Viens !" Si nous ne sommes pas capables d'avoir notre cœur ému par cela, par quoi pourrions-nous bien être émus ?
AMEN