BABYLONE ET JÉRUSALEM

Ap 18, 1-2+9-11+21-24

(20 novembre 1981)

Homélie du Frère Michel-Pierre MORIN

C

'est une longue histoire que celle de ces deux villes figurées dans l'Écriture sous les traits de deux femmes. Babylone dont nous avons entendu parler dans la lecture de l'Apocalypse et Jérusalem dans cet évangile de saint Mathieu dont nous avons lu le parallèle en saint Luc, il y a quelques jours.

L'histoire de Babylone est plus ancienne que celle de Jérusalem. Dans le livre de la Genèse déjà l'auteur sacré rapporte l'épisode de la tour de Babel, tour de la ville de Babylone où, pour une fois les humains s'étaient entendus pour monter jusqu'au ciel, pour construire quelque chose qui dominerait la terre et le ciel. Cette tour de Babel, Babel dont la racine en hébreu signifie "brouiller, confondre " est le symbole de ces hommes qui se mettent ensemble pour confondre la présence de Dieu le dessein de Dieu dans leur cœur. Mais, en punition, ils sont dispersés, ils sont déliés les uns des autres et ils ne peuvent plus correspondre et s'entretenir puisque c'est la confusion des langues qui sera la conséquence de ce péché de l'homme symbolisé par cette tour de Babel.

       Babylone c'est aussi la ville du roi Nabuchodonosor, qui a envahi le royaume de Juda en 590, qui a détruit la ville de Jérusalem, qui a détruit le Temple dont il ne restait déjà plus pierre sur pierre à cette époque-là, qui a volé les richesses du Temple du trésor, qui a déporté les habitants du royaume de Juda ainsi que leur dernier roi dans cette ville de Babylone, au bord de ce fleuve que chantent les psaumes. Babylone symbole du mal, symbole de la puissance contre le royaume de Dieu a eu raison de ce royaume de Dieu, de ce règne installé sur la terre et manifesté dans la grande ville où toutes les pierres étaient construites dans l'unité pour que ce soit un lieu de paix et de présence de Dieu. Mais témoin, figure déjà de l'annonce d'un Messie, le roi païen Cyrus, dominera Babylone et permettra aux exilés de revenir dans la terre promise où ils reconstruiront dans une première nouveauté, annonçant une nouveauté éternelle, ils reconstruiront le Temple et leur ville Jérusalem.

       Dans les prophètes et spécialement dans le livre d'Isaïe, dans ses longs chapitres sur les oracles contre les villes païennes et étrangères, Babylone sera détruite. Isaïe annonce sa chute comme le châtiment de ce qu'elle a fait comme oppression du peuple de Dieu, pour venger ce peuple des petits, des humbles qui ont été dominés, écrasés sous la puissance du monde.

       Puis, nous retrouvons Babylone en l'an 70, lorsque l'empire romain détruit une seconde fois la ville sainte et où le temple est également disloqué, réalisation de la promesse, de l'annonce que Jésus vient de faire dans l'évangile de ce jour : "il ne restera plus (pour la seconde fois) pierre sur pierre, de ce temple et de ces constructions". Et Babylone n'est plus simplement une ville, une tour, ni même un empire, cela devient l'ensemble du monde lorsque ce monde se met contre Dieu, contre son peuple. Dans l'Apocalypse, Babylone symbolise l'empire romain qui déjà persécute ceux qui sont nés dans Jérusalem et qui se sont dispersés pour annoncer la Bonne Nouvelle jusqu'aux limites de la terre.

       Babylone est donc devant Jérusalem la ville du mal, la ville qui sans cesse veut détruire Jérusalem qui est la présence de Dieu au milieu des hommes. Il y a un combat incessant entre ces deux villes et par deux fois dans l'histoire, Jérusalem a été détruite, dispersée à Babylone, une fois sous Nabuchodonosor, une autre fois sous l'empire romain. Peut-être que la Jérusalem que nous formons, l'Église du Seigneur, ce temple de la présence de Dieu, cette ville qui rassemble les petits et les pauvres à la recherche de Dieu, peut-être qu'aujourd'hui encore elle est totalement ou en partie détruite par les forces d'opression, par les impérialismes politiques ou militaires ou idéologiques. Aujourd'hui encore il y a de nombreux exilés, emportés, enfermés dans la Sibérie du Nord ou au fond des prisons du Sud.

       Ce mystère de la chute de Jérusalem et de Babylone continue encore parce que la fin des temps n'est pas encore arrivée et que ce combat durera jusqu'à la fin des temps. Babylone est cette grande insolente qui, devant Dieu, ose se proclamer sans égal, qui veut rassembler tous les hommes en elle, comme une tour pour les protéger pour les garder, dit-elle, en son sein contre la présence de Dieu. Babylone est cette grande prostituée, assise sur les sept collines de Rome, comme dit saint Jean sans son Apocalypse qui veut sans cesse détourner l'épouse de Dieu vers ses propres geôles, vers ses propres prisons et vers les filets de son mal.

      Mais, saint Jean le disait, l'ange viendra et comme une pierre jetée au fond des mers, précipitera Babylone au fond de la mer. Et nous savons aussi par l'Apocalypse que lorsque la Jérusalem nouvelle et définitive, descendra du ciel, il n'y aura plus de mer et que Babylone sera définitivement anéantie et détruite.

       Que cet évangile, que ce texte de l'Apocalypse nous redonne l'espérance car si l'histoire passée de Babylone est plus grande que celle de Jérusalem, Babylone n'a plus d'avenir puisque c'est Jérusalem qui sera éternelle.

 

       AMEN