L'AGNEAU IMMOLÉ

Ap 5, 1-10

(12 novembre 1981)

Homélie du Frère Serge JAUNET

L

aissons résonner à nos oreilles et plus encore à notre cœur, ces deux pages d'Écriture. Dans l'évangile, nous voyons Jésus pleurer sur la ville de Jérusalem parce qu'elle n'a pas compris le message de paix de Celui qui la visitait. Dans l'Apocalypse, nous voyons le visionnaire, Saint Jean, pleurer parce que le petit livre que tient le vieillard assis sur le trône ne peut pas être ouvert. Il est scellé de sept sceaux. Le visionnaire pleure fort parce que ce livre qui contient le dessein de Dieu sur le monde, ce livre qui contient ce même message de paix dont Jésus parle à Jérusalem ce livre ne peut être ouvert.

       Mais le vieillard dit au visionnaire de se consoler, car la victoire a été donnée et, Il est vivant le Lion de Juda, ce lion qui, aussitôt, se présente comme un Agneau égorgé. La force de la victoire est, en fait, l'innocence de celui qui a connu le sacrifice. Et par son sacrifice, parce qu'il a été égorgé, parce qu'il a donné sa vie, parce qu'il a souffert, le Livre du dessein de Dieu est ouvert, le message de paix qu'il apportait au monde est donné. La visite du Christ à la terre n'a pas suffi. Jérusalem, et toutes les nations n'ont pas écouté. Il a fallu le sacrifice de l'Agneau. Il a fallu que l'Innocent connaisse notre peine et notre mort, pour que ce dessein soit donné. Alors c'est le chant d'action de grâces et l'on entend les vieillards offrir leur prière dans une coupe d'or où sont les prières des saints. C'est le chant de l'éternité qui retentit : "Il est digne de recevoir la louange, l'honneur la gloire, car Il a été immolé, nous rachetant", nous unissant tous, peuples et nations différentes en un seul peuple, en une royauté de prêtres pour son Père.

       Et voilà que l'annonce de Jésus, de cette ville de Jérusalem où il ne restera plus pierre sur pierre, où ses enfants seront massacrés, au milieu d'elle, voilà que cela est dépassé, voilà que cela est vaincu par le sacrifice même de l'Agneau et que désormais c'est une royauté de prêtres qui est faite de toute l'humanité, bien au-delà des murs de Jérusalem. Et cette maison, ce Temple que Jésus dénonce comme un repaire de vendeurs et de brigands, peut devenir alors un lieu de prière où monte la louange des saints, cette louange offerte à l'Agneau immolé. Quand Jésus pleure sur Jérusalem, quand il dénonce ce temple qui n'est plus une maison de prière, c'est déjà par ses pleurs le sacrifice de l'Agneau qui commence de célébrer, ce sacrifice qui ira jusqu'à sa mort car "les pharisiens cherchent à le faire périr", mais ils ne savent comment faire car tout le peuple est suspendu à ses lèvres.

       Ce sacrifice de l'Agneau qui nous rend à la louange, qui nous rend à la prière, qui fait de nous "une royauté de prêtres", il est encore célébré, chaque jour, dans nos églises. Et encore aujourd'hui, c'est ce même sacrifice qui est offert au Père. Le Christ offre ses pleurs. Le Christ offre sa vie, pour que nous soyons réunis dans son royaume, pour que nous soyons réunis dans cette louange éternelle qui est notre vocation. Laissons-nous prendre par son sacrifice. Laissons-nous sauver. Laissons-nous porter.

 

       AMEN