LE LIVRE DE LA RÉVÉLATION : L'APOCALYPSE

Ap 1, 1-8+17-19

(3 novembre 1981)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

E

n cette fin du cycle de l'année liturgique, qui va nous conduire vers le temps de la célébration de la venue du Seigneur, son avènement, dans le temps de l'Avent, et la célébration du mystère de son avènement dans le monde à Noël, nous lisons l'Apocalypse.

L'Apocalypse est, sans doute, un de ces livres obscurs, difficiles à lire et pourtant la page que nous venons d'accueillir aujourd'hui, dans cette célébration devrait nous mettre sur la piste pour en déchiffrer le sens.

        En effet, même si elle a tout un ensemble de calculs, de symboles mystérieux, de textes hermétiques à notre compréhension, l'Apocalypse est en réalité un livre essentiel du Nouveau Testament parce qu'il nous explique la réalité que voici : Jean, qui est apôtre, est prisonnier pour le nom du Christ dans l'île de Patmos qui devait être, à cette époque-là un centre pénitentiaire pour les condamnés d'Asie Mineure. Vers la fin de sa vie, Jean reçoit un message concernant la vie de l'Église. Plus exactement, il reçoit une vision du Christ qui lui dit qu'Il est le Vivant le Ressuscité. "J'étais mort et me voici vivant ", et qu'Il est mort pour ce peuple, ce sacerdoce royal que nous sommes, et qui est l'Église. Le Seigneur donne à Jean un message à écrire aux différentes églises d'Asie. C'est cela la racine et le cœur même de l'Apocalypse.

       Cela veut dire que pour comprendre le mystère de l'Église, pour comprendre ce qui se passe après l'Ascension et la Pentecôte, il faut sans cesse revenir à une triple dimension. Il y a d'abord la réalité du Ressuscité. Le Christ est mort, mais Il est vivant, au milieu de son peuple et Il est avec lui jusqu'à la fin des temps. Il y a ensuite une autre réalité qui est fondamentale elle aussi, c'est ce peuple rassemblé autour ce Celui qui est vivant. Enfin, pour rassembler ce peuple, il y a les apôtres dont Jean est là, le témoin et le représenta en accueillant les révélations du Christ pour son Eglise.

       Ce que le livre de l'Apocalypse va nous expliquer, c'est comment l'Église, dans toute son histoire, dans les innombrables siècles qu'elle a à vivre, cette Eglise, petit à petit, va être comme insérée, inscrite dans le corps du Ressuscité, de Celui qui est mort et qui est vivant, maintenant pour son Église. Il ne faut pas lire ce livre, comme une sorte de calcul historique pour le devenir de l'humanité ou sur les malheurs qui nous menacent sans cesse. Bien sûr qu'il y a, à tous moments, dans l'histoire de l'Église, des catastrophes, des morts en masse, des persécutions, des épreuves redoutables par le sang et par le feu. Mais ce qui est important dans ce livre, ce qu'il va nous dire d'abord, c'est comment pour nous l'histoire de l'Église n'a de sens que parce que nous, ce peuple royal et ce peuple messianique nous sommes petit à petit insérés, inscrits dans le corps même du Christ. Voilà ce que c'est que l'histoire de l'Église. Voilà ce que c'est que la révélation, l'Apocalypse, ce que veut dire ce mot. L'Église est révélée à elle-même, en étant petit à petit insérée et inscrite dans le corps du Christ.

       A travers toutes les figures, toutes les images, tous les récits qui vont nous être livrés, c'est l'histoire de l'Église qui nous est révélée dans sa plénitude, non pas dans une sorte de déroulement chronologique où il faudrait faire des calculs pour savoir à quel moment va se passer ceci ou cela, mais comme le fait que, certainement, envers et contre tous les malheurs qui peuvent s'abattre sur le peuple des saints ce peuple, jour après jour, année après année, temps après temps, va être inscrit dans la mémoire et dans la chair du corps du Christ. Et c'est pour cela qu'il y a des apôtres.

       Les apôtres ont été choisis par le Christ pour être ceux qui transmettent cette parole, pour être ceux qui servent l'Église en lui révélant sa destination profonde : être gravée dans le cœur de Dieu.

       Accueillons ces paroles de l'Apocalypse, que nous allons lire pendant tout ce mois, précisément comme ces paroles qui nous révèlent ce que nous sommes et ce qu'est l'Église. Notre être profond et l'être profond de l'Église est tout entier dans la Jérusalem céleste, c'est-à-dire dans ce festin de Noces lorsque l'Église, l'Épouse de Dieu, sera définitivement et pleinement donnée à son Époux, pour les Noces éternelles.

 

       AMEN