L'APOCALYPSE, C'EST QUELQU'UN !

Ap 1 1-10+12-19

(27 octobre 2000)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

J

'ai prévu un sujet sobre, plus austère, je voudrais vous dire quelques mots de l'Apocalypse que nous allons commencer à lire ces jours-ci. Simplement, une petite réflexion qui pourra vous aider à mieux comprendre ce texte-là. Il faut écarter délibérément le côté Nostradamus, quatrain de prophéties et autres billevesées qui périodiquement là aussi alimentent l'actualité, qui font mourir le Pape à Lyon, et le Pape s'en sort, tout cela n'a aucun intérêt ni aucune signification. Si le genre de l'Apocalypse était cela, il y a longtemps qu'il serait totalement discrédité.

       En réalité, l'Apocalypse, ou ce qu'on appelle d'un nom un peu plus savant, l'Apocalyptique, c'est une manière de s'exprimer qui a eu cours aussi bien dans le milieu juif avant Jésus-Christ qu'après Jésus-Christ. On peut dire que le genre Apocalypse est le seul genre d'ouvrage qu'on retrouve presque identique dans l'Ancien et le Nouveau Testament. On ne retrouve pas l'équivalent dans les lettres de saint Paul. Dans l'Ancien Testament, il y a bien la lettre de Jérémie, mais on ne sait pas si elle est authentique. On ne retrouve pas non plus des prophéties du style Isaïe, Jérémie dans le Nouveau Testament, on n'a pas de livre du prophète saint Matthieu, on n'a pas d'évangile non plus. Dans l'Ancien Testament, il y a le livre des Rois, mais ce n'est pas exactement la même chose. Tandis que l'Apocalypse, il y en a dans l'Ancien Testament, la plus belle, la plus connue, la plus célèbre est celle de Daniel, et puis, on en a une très célèbre après, l'Apocalypse de saint Jean, dont nous venons de commencer la lecture.

       Il faut imaginer aussi pour votre culture générale, que de nombreuses apocalypses qui ont été écrites à l'époque. C'était l'équivalent aujourd'hui du prix Goncourt, le top de l'activité littéraire à l'époque, presque aussi palpitant d'ailleurs que les romans. C'était une sorte de polar de l'époque, car il fallait deviner qui avait tué qui, mais également deviner l'identité des acteurs. Une simple remarque, toujours, dans les apocalypses anciennes juives, le héros n'est pas nommé : c'est "comme un Fils d'Homme", ce sont des bêtes, ce sont des armées. De temps en temps, on nomme un ange, mais l'ange n'est pas tellement dans la vision, il est plutôt du côté de celui qui explique la vision, c'est le metteur en scène. Et donc, dans l'Ancien Testament, on ne sait pas qui agit dans l'Apocalypse, mais il y a toujours un personnage central. Quand vous relisez le livre de Daniel, les passages d'apocalypse nous présentent toujours ce "Fils d'Homme", ou cette "grande statue" qui va s'effondrer, on ne nomme pas, c'est énigmatique. Tandis que dans l'Apocalypse de saint Jean d'emblée, on sait qui c'est. C'est Jésus-Christ : " J'étais mort et me voici vivant". L'Apocalypse est devenue quelqu'un, le genre littéraire, cette manière de s'exprimer, de romancer l'histoire c'est devenu quelqu'un. Et c'est cela qui va changer toute la perspective chrétienne sur cette manière de s'exprimer.

       En effet, dans l'Apocalypse, qu'est-ce que cela veut dire ? c'est le dévoilement, le lever de rideau comme au théâtre. On lève l'Apocalypse, on dévoile. Qu'est-ce qu'on dévoilait ? le dessein de Dieu, ses projets sur Sion, le fait de venir sauver son peuple, le fait de vaincre les ennemis, de détruire le mal, d'assurer la victoire finale. Le héros de l'Apocalypse juive, c'est celui qui fait tout cela.

       Dans l'Apocalypse chrétienne, le dessein de Dieu, les projets de Dieu, la victoire sur le mal maintenant, cela a un nom, c'est Jésus-Christ. Cela change tout. C'est cela aussi la Révélation. C'est non seulement un lever de rideau pour nous expliquer ce que Dieu veut faire, mais c'est un lever de rideau pour nous expliquer qui le fait, désormais, nous le connaissons. C'est de l'Apocalypse au second degré, non seulement on voit mieux, mais on voit qui, on identifie, on connaît. C'est là où on voit le rapport entre l'Ancien et le Nouveau Testament. Là où dans l'Ancien Testament, il y a le souci de révélation, de dévoilement, de connaissance des secrets de Dieu, on le retrouve aussi dans le Nouveau Testament, on veut connaître les secrets de Dieu, mais désormais, les secrets de Dieu ne sont pas simplement donnés comme une action, comme une œuvre cinématographique sur grand écran, c'est Quelqu'un qui vient nous le révéler. Parce que Celui qui était sur la terre, Jésus-Christ est venu nous parler de Dieu, est venu nous parler du Salut et réaliser pour nous ce Salut, maintenant, dans la vision apocalyptique, on peut dire c'est encore Celui-là qui nous parle aujourd'hui de ce qui est, de ce qui était, et de ce qui va venir.

      Frères et sœurs, c'est cela être chrétien, c'est savoir d'où l'on sait ce que l'on croit. On le sait, non pas simplement parce qu'il y a une espèce de révélation, un message qui nous est envoyé de façon anonyme, mais parce que nous connaissons dans la Révélation, le vrai révélateur. Le révélateur, c'est un visage, c'est Jésus-Christ, le Vivant, mort et ressuscité pour nous, tel que nous le décrit cette première page de l'Apocalypse.

 

       AMEN