LA MESURE DE LA PRESENCE
Ap 11, 1-12
(6 novembre 2004)
Homélie du Frère Yves HABERT
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ous poursuivons notre lecture du livre de l'Apocalypse, ce livre qui a suscité un déchaînement d'interprétations, et qui est toujours sujet d'ailleurs à des interprétations parfois très farfelues, parce qu'on va chercher absolument à savoir qui sont ces deux témoins, à quoi correspondent les mille deux cent soixante jours, à quoi correspond cette ville, la Bête, etc …
Ce que je trouve dans ce livre de l'Apocalypse aujourd'hui, c'est quelque chose au contraire, qui nous renvoie à nous-même, à notre vie avec le Seigneur. C'est quand on donne au voyant un roseau. Dans l'antiquité, on mesurait avec des sortes de cannes, comme des baguettes, et le voyant doit mesurer le temple de Dieu, l'autel et les adorateurs qui s'y trouvent. Derrière ce voyant qui ainsi mesure un sanctuaire, mais un sanctuaire vivant, peuplé d'adorateurs, peuplé de personnes qui se tournent vers l'autel, et qui n'est pas invité à mesurer le reste, le parvis extérieur, ni de tout ce qui est extérieur au temple, je vois une invitation dans ce passage de ce matin, à mesurer pour chacun, y compris peut-être ceux qui nous ont quitté et que l'on continue à porter dans la prière, cela nous invite à mesurer le don de Dieu, mesurer cette inscription de Dieu dans notre vie. Mesurer pas seulement les cadeaux, mesurer pas seulement ce que nous avons reçu, ces petits clin d'yeux, ces petites ouvertures sur le ciel, mais mesurer la présence de Dieu, la manière dont parfois Il a passé la main dans les cheveux comme le dit Léon Bloy. Mesurer les moments où Il s'est fait proche. Il s'est fait proche dans des moments heureux, mais parfois aussi dans des moments très douloureux. Parfois, dans ce ministère que j'ai auprès des malades à l'hôpital, de façon très curieuse, assistant quelqu'un qui est sur le point de partir, qui est sur le point de faire le grand voyage, parfois, je sens que la chambre d'hôpital est aussi habitée. Derrière l'atrocité de cette maladie qui emporte quelqu'un, souvent, je sens la Présence de Dieu, et je sens que là aussi, mystérieusement, Il mesure quelque chose. Il mesure le travail qui s'opère dans le cœur de ce malade, Il mesure aussi le travail qui s'opère dans le cœur de la famille qui est là, et dans le cœur prêtre qui vient donner le sacrement des malades et apporter le Viatique.
Nous sommes invités à mesurer ces moments où Dieu passe, ces moments où Il nous confie des mines, des trésors comme dans l'évangile. A certains, Il va confier dix mines, et l'on risque de passer à côté de ces mines, on risque de se dire que non, ce n'est pas pour moi, non, c'est si peu ce que j'ai reçu que cela ne vaut pas la peine que je m'en occupe. Non, Il nous confie des mines pour que nous les fassions fructifier, que nous puissions recueillir ces moments où Il nous a confié quelque chose. Ce sont des moments où Il mesure, mais aussi où nous nous mesurons à Dieu, il peut y avoir une sorte de combat avec Dieu. Dans cette mesure, il y a aussi la démesure de quelque chose qui nous dépasse, qu'on ne comprend pas. Ces persécutions qui touchent les deux témoins, c'est-à-dire qui touchent quelquefois la relation qu'on a avec l'autre, quand l'autre s'en va, emporté par la maladie, ces persécutions qui ont touché l'Église naissante, et qui sont rapportées par l'Apocalypse, ces persécutions ont une fin. Quand la Bête a fait son ouvrage, nous dit l'Apocalypse, quand elle a fini son horrible besogne, il y a des félicitations des habitants de la terre ce qui est un peu mystérieux, mais Dieu infuse un souffle de vie et nous remet debout dans sa présence, dans cette âme vivifiante qu'Il a infusé en nous, puisque toute épreuve a une fin, et c'est peut-être cela aussi le message de l'Apocalypse.
AMEN