LE SACRIFICE DE L'AGNEAU
Ap 5, 1-10
(15 novembre 2001)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
Lichères : Le triomphe de l'Agneau
|
F |
rères et sœurs, notre lecture de l'Apocalypse en cette fin d'année liturgique se poursuit, et nous voici, hier et aujourd'hui dans la scène centrale de l'Apocalypse. Nous avons vu hier sur le trône, alors que les cieux sont ouverts, Quelqu'un semblable à une vision de jaspe, c'est le Père. Devant le trône, il y avait les sept esprits de Dieu représentés par sept lampes, qui brillent. Et aujourd'hui, la scène se complète, c'est un Agneau. Cet Agneau, plusieurs choses très importantes nous sont dites par le texte. Tout d'abord, Lui seul est capable d'ouvrir le Livre scellé qui symbolise non pas le déroulement des évènements à venir, mais l'Histoire du monde au sens profond, c'est-à-dire le sens de la création, le sens de l'accomplissement à travers le temps jusque dans l'éternité, du dessein de Dieu. Personne, si ce n'est Jésus-Christ, ne peut donner sens à l'histoire des hommes, qu'il s'agisse de notre histoire personnelle, ou de l'histoire politique, culturelle, et de toutes les nations. Jésus est Celui qui oriente l'Histoire, Celui qui lui donne sa dynamique, sa signification, Celui qui ouvre le mystère qui n'est pas seulement le mystère de Dieu, mais le mystère de tout l'univers dans le regard de Dieu.
Cet Agneau, Jésus-Christ, nous est montré comme un Agneau égorgé. C'est donc le Christ portant en Lui non seulement les traces, mais l'intensité et la densité de sa Passion. La Passion du Christ n'est pas un épisode de sa vie terrestre, ce n'est pas un moment de passage, c'est une dimension éternelle : devant le trône de Dieu, dans l'éternité, l'Agneau est toujours égorgé, c'est-à-dire offert en sacrifice, même s'Il est mort crucifié, mais c'est une allusion aussi à tous les animaux offerts en sacrifice dans le Temple de Jérusalem, ou dans toutes les religions primitives de la terre. Tout hommage à Dieu qui s'exprime traditionnellement par le geste du sacrifice trouve son accomplissement dans le sacrifice du Christ et ce sacrifice du Christ dépasse infiniment tous les sacrifices qui n'étaient que des images, des préparatifs, des pressentiments, parce que comme le dit si bien l'épître aux Hébreux : Le Christ n'est pas venu avec des victimes qui lui sont étrangères, comme dans les autres religions, mais il est venu avec son propre sang, c'est sa propre vie d'homme, de Dieu, qu'Il a offerte au Père pour l'univers, sur la Croix. Et ce sacrifice est précisément ce qui donne sens à l'histoire, ce qui permet à l'Agneau d'ouvrir les sceaux du Livre scellé, c'est à cause de cet amour triomphant du Christ que l'Histoire prend sons sens et peut parvenir à son achèvement. Car égorgé, l'Agneau porte aussi sept cornes, symboles dans l'imaginaire apocalyptique, de la victoire, car son sacrifice n'est pas un échec, il est une victoire, car l'amour est plus fort que la haine et plus fort que la mort.
Enfin, cet Agneau égorgé et cependant victorieux, cet Agneau dont le ciel tout entier chante la louange parce qu'il a racheté pour Dieu au prix de son sang les hommes de toutes les races, de tous les peuples, de toutes les langues et de toutes les nations, cet Agneau fait de nous les associés dans sa victoire, dans son sacrifice, dans l'œuvre de Rédemption et de transfiguration du monde. En effet nous dit le texte, Il fait de nous une royauté de prêtres régnant sur la terre. Une royauté sacerdotale : tous les baptisés sont prêtres dans le Christ unique prêtre. C'est-à-dire que tous, nous avons avec Lui, mission de célébrer ce sacrifice qui s'étend désormais à l'univers tout entier, de célébrer cette offrande, ce don de toutes choses à la majesté de Dieu, ce sacrifice par lequel l'amour du Christ qui devient notre propre amour, qui prend racine dans notre cœur, cet amour triomphe de tout ce qui s'oppose à Lui, de tout le mal, de tout le péché de l'univers. Prêtres, nous le sommes en tant que baptisés, non pas pour célébrer telle ou telle fonction liturgique, mais plus profondément prêtres pour nous offrir nous-mêmes, pour offrir nos frères, pour offrir toutes choses afin que tout soit pris dans ce geste sacrificiel du Christ qui fait triompher l'amour en toutes choses.
Que l'Agneau qui porte éternellement en Lui le signe de son immolation, que l'Agneau qui nous associe à Lui dans un même geste d'offrande, que cet Agneau soit au cœur de notre vie, et qu'il donne sens à notre histoire, à l'Histoire du monde.
AMEN