VIENS QUE JE TE MONTRE L'ÉPOUSE

Ap 22, 12-14+16-17+20-21

(29 novembre 2003)

Homélie du Frère Yves HABERT

D

ans l'Apocalypse, à un moment, l'ange dit au voyant : "Viens que je te montre la fiancée, l'épouse de l'Agneau". L'Apocalypse est tout un discours aussi sur l'Église. Nous aussi, dans notre manière de présenter la foi, d'amener à l'Église, de présenter cette foi qui nous tient à cœur et aux tripes, nous avons aussi quelquefois à dire : viens, que je te montre l'épouse, que je te montre la fiancée, viens que je te montre l'Église. Encore faut-il ne pas se tromper sur ce qu'est l'Église. 

        L'Église, ce sont ceux qui sont proclamés heureux dans cette première lecture que nous avons entendu de l'Apocalypse : "Heureux ceux qui lavent leur robe, ils pourront disposer de l'Arbre de Vie, ils pourront entrer par la porte". L'Église, c'est nous, ce sont les chrétiens qui se rassemblent, l'Église ce n'est pas un clocher. L'on aura beau jeu de critiquer ceux qui n'envisagent plus dans les monuments religieux que l'aspect patrimoine et historique, et c'est vrai que je peux parler de cela librement en ayant la joie de célébrer tous les jours dans cette magnifique église. Mais l'Église, ce n'est pas le bâtiment, c'est chacun d'entre nous, c'est ce corps que Dieu veut ici, cette vocation que Dieu souhaite pour chacun d'entre nous, pour cette communauté qui se rassemble ici. 

       En disant cela, je prends l'exact contre-pied d'une Église qui serait simplement là pour répondre à des besoins spirituels, comme une sorte de supermarché du religieux, où quelqu'un viendrait trouver ce dont il a besoin. Je m'interroge là-dessus aussi à propos de ce projet qui est dans notre doyenné, le projet de ce fameux réacteur avec la fusion, etc … Je lisais les interrogations du maire de Venelles, qui se dit que si jamais il y a cet afflux de population pour travailler, cette main-d'œuvre hautement qualifiée, il va falloir que l'on trouve des logements, il va falloir installer des infrastructures, construire des routes, un stade, un piscine, que sais-je ?  Il va falloir répondre à tous les besoins de toutes ces personnes, et face à ce défi qui est lancé par toute cette ville, nous n'avons pas à raisonner d'abord en disant : comment l'Église sera-t-elle présentable, ou comment pourra-t-elle répondre à ces besoins spirituels nouveaux ? Comment l'Église sera-t-elle suffisamment bien achalandée ? Comment bien l'achalander justement pour qu'elle réponde aux besoins spirituels ? 

      Ce n'est pas cela. Le défi que nous lance le monde, c'est le défi de notre insertion, de l'insertion de cette paroisse dans cette ville, dans cette région dans cette terre. C'est le défi d'une communauté chrétienne qui doit répondre à sa vocation que Dieu veut pour elle. A ce moment-là, nous serons fidèles à ce que le Christ veut pour son Église. Nous serons fidèles quand nous serons posés comme des bienheureux qui ont lavé leur robe, qui disposent de l'Arbre de Vie, quand nous serons ce corps, ce sujet, quand nous serons cette personne, à ce moment-là nous serons pleinement dans la réponse que Dieu veut pour chacun d'entre nous. A ce moment l'on ne sera pas dans une logique de répondre à un besoin que l'on ignore, mais nous serons dans cette logique d'une présence et cette présence que Dieu aime et que Dieu souhaite pour chacune de nos communautés, et pour notre communauté en particulier. 

      AMEN