DIEU TISSE NOTRE VÊTEMENT DE NOCES

Ap 20, 1-4

(20 novembre 2003)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

L

e mal n'aura jamais fini de nous surprendre avec ses inventions grandioses. On espère toujours que les siècles qui suivent soient débarrassés de ces spectacles de terreur et d'horreur. Malheureusement, en lisant l'histoire nous nous apercevons que les siècles se ressemblent et que le mal et ces complices ne tarissent pas d'inventivité. Il y a donc peu de chance que de notre vie terrestre, nous n'ayons pas autre chose que ce que l'évangile nous décrit à travers les signes de malheur. Le grand orgue du malheur ne cessera pas de retentir dans nos oreilles. 

       Ces textes en quelque sorte, prennent le relais et transforment notre lecture. Ils s'inscrivent en droite ligne avec ce que nous savons du monde et de sa fureur permanente. C'est vrai que nous n'entendons guère dans cette fureur le bruit du bien, le bruit de l'eau, ou le bruit du pain, le bruit du vin qui sont la manière dont derrière l'apparence de ce grand mouvement d'horreur, se tisse, se dresse, se construit le Royaume. En chaque eucharistie c'est comme une nouvelle pièce qui est tissée une nouvelle pièce du Royaume, un nouveau tissu. Et ce tissage de Dieu, dans le cœur de l'homme, est indestructible. Il est dans le bien, dans le vin, dans le pain et dans l'eau. 

       Ce tissage, ce vrai tissu, cette tunique sans couture que Dieu a tissé pour le Christ et tisse pour chacun de nous sera le vêtement de la résurrection, et Il a commencé déjà à le tisser pour nous. Cette armure future de ceux qui sont invités au festin des noces de l'Agneau, rappelez-vous cette parabole où le seul qui soit rejeté est celui qui n'a pas le vêtement des noces. Ce tissu qui est fait à la fois, de notre foi, de la confiance que nous avons pour Dieu et de ce que Dieu fait pour nous visiblement, nous n'avons pas en cette terre accès, nous ne le découvrons pas. Seule la foi nous fait marcher comme un homme nouveau revêtu du Christ que nous devenons jour après jour. 

       Si ces textes de l'Apocalypse et de l'évangile prennent le relais de ces textes de malheur, c'est pour nous dire qu'ils sont signes inverses. Ils ne disent pas ce qu'ils sont, ils disent que c'est bientôt la fin, leur fin. Ils signalent, qu'un jour, ce moment-là sera terminé. C'est pourquoi dans l'Apocalypse, on pourrait entre autres, parce que c'est plus compliqué que cela, comprendre que le temps de ces mille ans dans lequel le Christ a attaché Satan, a commencé et qu'il est le temps dans lequel nous sommes. Il y a un chevauchement dans le temps : ce temps terrestre qui va vers sa fin, dont nous ne connaissons pas la date, et le temps de l'Église qui a commencé à gagner du temps sur ce temps ancien. L'Église, elle est inaugurée en chaque instant de prière, en chaque instant de célébration, en chaque fois qu'un homme dans son cœur s'ouvre au Dieu du salut. La comptabilité de la fin des temps terrestres a commencé, c'est cela aussi que nous espérons. 

       Ainsi, chaque homme s'articulant sur l'espérance du Christ, sur la foi en la présence du Christ et sur la charité dont il est animé, continue à contribuer au tissage de l'arrivée de Dieu dans nos vies, arrivée qui est déjà commencée, même si nous ne pouvons pas le saisir, mais qui sera un jour, totalement dévoilée. Grande surprise en découvrant qu'il a commencé depuis si longtemps en nous et dans le monde qu'Il veut sauver.

 

       AMEN