L'APPEL DE L'ÉPOUSE
Ap 22, 12-14+16-17+20-21
(29 novembre 2008)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Saint Macaire : Saint Jean écrivant
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ous venons d'entendre dans la première lecture, la dernière page de la Bible. C'est celle qui conclut l'Apocalypse et après l'avoir commentée assez en détail durant ces derniers mois, vous l'avez peut-être remarqué, même si l'on a choisi quelques extraits, en fait, la conclusion est un texte qui tient à ramasser dans une sorte d'aperçu très dense, les lignes de force de tout le livre.
Ces lignes de force sont au nombre de trois. La première, c'est le rappel de la vision du début : "Je suis l'Alpha et l'Omega". Pourquoi y a-t-il un livre comme l'Apocalypse ? C'est pour livrer le dessein de Dieu qui commence à l'Alpha de la création, et qui se termine par l'Omega de la fin des temps, de la venue du Fils de l'Homme. S'il est l'Alpha et l'Omega ce n'est pas simplement parce qu'il porterait dans sa tête une sorte de plan, mais comme créateur, il l'a parfaitement intégré et il est vraiment à l'origine de la création. Adam est fait à l'image de Dieu, et il est à la fin de la création, à l'Omega parce que Dieu est celui qui vient définitivement rassembler tout son peuple.
L'Apocalypse ici rappelle ce qui fait la force centrale de son développement et de son témoignage, c'est le fait que désormais, le seul porteur et le seul garant de l'histoire c'est le Fils de l'Homme tel qu'il a été vu par Jean, à la fois ressuscité, à la fois, seule la figure apocalyptique qui porte le dessein de Dieu, celui qui est auprès du Père, celui qui est l'Agneau immolé, celui qui est l'Alpha et l'Omega. C'est le premier plan et tout au long de la lecture de l'Apocalypse, nous avons pu voir comment à travers un certain nombre de symboles, que ce soit le cheval blanc, le cavalier vêtu de blanc, tout cela nous montre la présence agissante et salvatrice du Christ à travers l'histoire dont il est lui-même le commencement et la fin, la récapitulation. C'est le premier plan.
Il est répercuté à un deuxième niveau qui est celui du verset : "L'Esprit et l'Épouse disent : Viens". Au plan de Dieu correspond celui de l'Épouse Ici, évidemment, il faut comprendre toute l'humanité en tant qu'elle répond au salut dans ce qu'on appelle habituellement l'Église, c'est-à-dire l'humanité qui vit sur la terre et qui vit du désir de Dieu. Le plan du salut de Dieu s'il va directement et individuellement à chacun d'entre nous, s'adresse d'abord à l'Épouse. Il n'y a pas d'autre médiation de la venue et de l'action de Dieu dans le monde que la réalité même de l'Église. Dieu s'adresse à tous les hommes avant de s'adresser à chacun. C'est précisément parce que tous les hommes ont partie liée les uns avec les autres, parce qu'ils sont tous solidaires en humanité depuis Adam, depuis la création, et que Dieu veut qu'ils soient tous solidaires dans l'Omega, dans le rassemblement, que Dieu ne perd jamais de vue son Épouse. Quand Dieu est Alpha et Omega de l'histoire, il est Alpha et Omega d'abord pour son Église. C'est le deuxième plan, et c'est pourquoi tout au long de l'Apocalypse, la réflexion sur l'action de Dieu, les saints, c'est pratiquement toujours au pluriel. Il n'y a comme individu de la terre dans le récit de l'Apocalypse que le Jean, visionnaire lui-même. Autrement, ce sont des anges, ou des foules, ou des vieillards qui lancent leurs couronnes, etc … L'adresse, le destinataire exact de l'action salvifique de Dieu, c'est l'Église.
Mais ensuite, et c'est le troisième plan, immédiatement après, Jean ajoute le dernier aspect qui éclaire le rôle qu'il veut voir jouer par l'Apocalypse dans le cœur et dans la vie de chacun de ses lecteurs : "Que l'homme assoiffé s'approche, que l'homme de désir reçoive l'eau de la vie gratuitement". A partir de ce duo du Christ Alpha et Omega, de l'Église animée par l'Esprit et qui appelle la venue du Christ, dans ce vis-à-vis de l'Époux et de l'Épouse s'inscrit le désir de chacun d'entre nous. C'est là que Jean précise : mon témoignage s'adresse à chacun des lecteurs, pour qu'il reconnaisse en lui le mystère de sa propre soif, de son propre désir. Pour Jean, c'est un des critères ultimes de la raison d'écrire : il demande que chacun d'entre nous à la lumière de ce qui vient de lui être révélé et qu'il nous transmet, que chacun examine son propre désir et sa soif.
Et enfin pour conclure le tout, parce que c'est un ouvrage extrêmement bien construit et ordonné Jean met la signature du témoin. Aucun livre prophétique n'est vraiment prophétique s'il est anonyme. On ne peut pas parler anonymement. Peut-être que les livres ne sont pas attribués aux bons auteurs dans l'Ancien Testament, c'est très compliqué, mais on n'a jamais fait de témoignage ou de prophéties sans l'engagement personnel du prophète pour la révélation qu'il a reçue. Le garant de ces révélations l'affirme : "Oui, mon retour est proche, Amen. Viens Seigneur Jésus". Ici, Jean spécifie que le témoignage qu'il a donné est le témoignage du Christ, au moment même où le Christ dit que son retour est proche, mais sa venue en réalité est constante, le garant des révélations répond : "Oui, viens Seigneur Jésus"
Frères et sœurs, à travers ce triple niveau l'initiative du dessein de Dieu, la réponse ou l'adresse globale de toute l'humanité symbolisée par le peuple qui crie "Viens" dans la puissance de l'Esprit et ensuite le niveau individuel de chacun qui manifeste et qui laisse s'éclairer sa propre soif et son propre désir à la lumière de ce dialogue de l'Époux et de l'Épouse, nous avons le cœur même de la méditation de l'Apocalypse. La destinée de chacun d'entre nous est comme insérée, inscrite dans le plan universel de salut de Dieu.
AMEN