LE PREMIER GESTE DE DIEU
Ap 21, 9-10+22-26 et 22, 1-2
(27 novembre 2008)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Autun : Musée Rolin - La première Ève
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rères et sœurs, quand on entend cette lecture de l'Apocalypse, ce passage très beau que nous venons de lire, cette image très belle de la Jérusalem céleste qui s'avance à la rencontre de son Seigneur comme une fiancée, nous avons l'impression que c'est trop beau. On se dit que les premiers chrétiens, un peu exaltés, voyaient dans la fin des temps quelque chose de très heureux, de très beau, et n'étaient pas capables de voir le côté terrible, cruel de la mort, même s'ils étaient confrontés au martyre et à des situations très difficiles. Pourtant, je crois que ce n'est pas exactement de cette manière-là qu'il faut lire ces textes. Ce n'est pas le désir d'oblitérer la mort, de cacher la réalité de la mort, mais c'est plutôt un moyen de nous remettre devant la réalité de l'amour de Dieu et de la ténacité de cet amour de Dieu pour nous.
En effet, ce petit texte qui est tout à la fin de la Bible, et dans le dernier chapitre de l'Apocalypse, renvoie à la première page au moment où Dieu crée Adam, s'aperçoit qu'il est seul, et il lui façonne une femme comme une compagne qui lui soit assortie. Au moment où Adam se réveille, Dieu conduit Ève auprès d'Adam. C'est une sorte de cortège nuptial dans lequel Dieu conduit la première femme comme une fiancée pour Adam. Le premier geste de Dieu, imagé, symbolique, que l'on nous décrit dans l'histoire de l'humanité, c'est Dieu qui prend la fiancée par la main et qui la conduit auprès d'Adam. Le premier geste est un geste qui célèbre la beauté de l'amour.
Malgré tout ce qui arrive dans l'histoire, malgré la mort, malgré la haine, malgré la violence, Dieu n'a jamais cessé de rêver de ce geste-là. Il a encore envie aujourd'hui que l'humanité qu'il considère globalement comme une épouse, comme la Jérusalem céleste, le lieu de rassemblement de tous ceux qui ont mis leur confiance en Dieu, que cette humanité soit conduite à la rencontre du Fils de l'Homme, de Jésus-Christ qui a donné sa vie pour elle dans le mystère de sa mort sur la croix.
Dieu n'a jamais changé d'idée. Il a toujours voulu que la vie, l'existence soit belle comme la fête des fiançailles. Au-delà de la mort, cela continue et cela se réalise pleinement. Si nous sommes croyants, c'est parce que nous avons cette certitude peut-être pas toujours très consciemment et de façon très réfléchie, mais nous avons cette certitude-là, que dans la mort de chacun de nos frères, de chacune de nos sœurs, Dieu renouvelle ce geste qu'il a fait au Paradis. Dans la mort, Dieu vient nous prendre, il nous prend par la main et il nous conduit comme dans un cortège nuptial à la rencontre de son Fils, le Christ qui a donné sa vie pour nous.
Cette parole-là s'achève puisque c'est le premier geste de Dieu après avoir créé Adam, et avoir fait se rencontre Adam et Ève, le texte reprend également le thème du jardin. Et ce jardin, au lieu d'avoir un rythme saisonnier réparti sur toute une année, ce jardin porte des feuilles et des fruits chaque mois. C'est une accélération de la vie et de la fécondité, c'est une accélération du bonheur. En nous décrivant ainsi le jardin avec les arbres qui donnent du fruit tous les mois, et dont les feuilles sont même des plantes médicinales puisqu'elle guérissent ceux qui ne croient pas encore, c'est le mystère même qu'au moment où Dieu reçoit l'homme dans la plus grande détresse et le plus grand abandon de sa mort, il est à ce moment-là capable de faire renaître en lui, la puissance de sa vie, la puissance de la résurrection de son Fils.
Qu'à travers la lecture de ces textes, la célébration de cette eucharistie, nous retrouvions tous ensemble cette racine profonde de l'espérance chrétienne : Dieu n'a qu'un désir, c'est de nous rencontrer comme le fiancé rencontre sa fiancée pour les noces éternelles, de son bonheur de sa joie et de la nôtre.
AMEN