LE LIVRE DE VIE

Ap 20, 11-15

(25 novembre 2008)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

Chartres : Le Livre de Vie

F

rères et sœurs, nous arrivons vers la fin du livre de l'Apocalypse et les quelques versets que nous avons entendu nous évoquent le mystère du jugement. Or, ce jugement a deux caractéristiques. La première, celle qui nous est la plus familière, c'est le côté destruction et balayage de tout ce qui ne tient pas puisque chacune des puissances du monde, la mort, la mer et les enfers qui retenaient les morts, la mer étant aussi souvent considérée comme le lieu de la mort, sont en train de rendre leurs morts, elles perdent leur pouvoir, et l'Hadès qui est le royaume de la mort, sont eux-mêmes jetés dans l'étang de feu. C'est, traduit dans un langage différent, ce que nous entendions dimanche, lorsque saint Paul à propos de la résurrection disait que le dernier ennemi qu'il fallait détruire dans la puissance du Christ ressuscité, c'était la mort. On est donc bien dans la même ligne de réflexion qui est de montrer comment le jugement est l'anéantissement de la mort. 

       Nous assimilons le jugement à la mort, ou au danger de mort, au danger que nous courons de tomber nous-mêmes, mais dans ce passage précis de l'Apocalypse, c'est plutôt l'inverse qui est vu, les derniers combats qui sont livrés contre la mort, le jugement, c'est vraiment l'épanouissement total de la vie pour la création, tel que Dieu l'a voulu depuis l'origine. 

       Le deuxième trait qui est complémentaire de celui-ci, c'est que le jugement s'accomplit au moment où l'on ouvre les livres, puis, des livres, puis encore un autre livre, celui de la vie. Comme vous le savez, le thème du Livre a couru tout au long de l'Apocalypse, et ici, c'est une des dernières mentions du Livre qui est la prédestination divine. C'est le fait que jusqu'au dernier moment, c'est le projet de Dieu qui s'accomplit. Plutôt qu'un livre qui fait peur et qui nous prédestine soit au malheur, à la damnation, soit au bonheur, à la vie, c'est d'abord ce Livre de vie, le Livre qui était ouvert depuis le début qui invite tous les hommes à entrer dans la vie. Qu'il y ait d'autres livres qui retracent la destinée de chacun, c'est autre chose, mais jusqu'au dernier moment, "Le" Livre c'est le Livre de la promesse de vie. 

       C'est là où l'on voit toute l'ambiguïté de l'interprétation de l'Apocalypse. Nous avons tendance presque spontanément à accentuer toujours l'Apocalypse comme cette mort de l'univers, ce jugement qui fait peur et qui nous menace de mort. Mais en le lisant un peu plus en détail, le vrai ennemi c'est la mort, ce n'est pas la peur, ni l'angoisse. Quand les hommes se trouvent devant Dieu  et que l'Ancien va commencer à ouvrir les livres et Le Livre, ce Livre par excellence, c'est le Livre de la vie, et l'ennemi détruit en finale, c'est la mort. 

       Cela nous invite à considérer que l'Apocalypse se donne elle-même comme un livre de vie, un Livre qui nous apprend que tout ce qui relève de notre destinée, tout ce que Dieu a voulu pour nous, c'est essentiellement la vie. C'est donc un Livre qui s'inscrit parfaitement dans la promesse divine depuis le début, quand il crée toutes les créatures dans les six jours de la création, il les crée pour la vie et l'Apocalypse montre l'accomplissement de ce dessein divin au moment même de ce qui apparaît comme l'effondrement universel, et qu'alors, il ne subsiste que la vie. 

 

       AMEN