LE CAILLOU BLANC

Ap 2, 12-17

(6 novembre 2007)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

Un caillou blanc ! 

F

rères et sœurs, nous avons commencé la lecture du livre de l'Apocalypse qui va nous conduire jusqu'à la fin de l'année liturgique, et après la vision inaugurale où le Christ se manifeste à Jean dans l'île de Patmos, au cours d'une extase le jour du Seigneur, c'est-à-dire le dimanche, où le Christ se manifeste dans la lumière et ses cheveux sont blancs comme la neige, après cette vision inaugurale, l'Apocalypse commence par sept lettres adressées à sept Églises de l'Asie Mineure à l'entour d'Éphèse qui est leur métropole. 

       Ces lettres sont toutes bâties de la même manière. Il y a d'abord la mention de l'ange de l'Église dont on pense que c'était sans doute l'évêque  : "A l'ange de l'Église de Pergame écris". "Ainsi parle"  … après quoi est nommé le Christ par un de ses caractéristiques tel qu'il est apparu dans la vision inaugurale, "ainsi parle celui qui tient les sept étoiles dans sa main droite, et qui marche au milieu des sept candélabres d'or". Nous avons vu que les sept étoiles sont les Églises dans le cœur et le plan de Dieu, et que les candélabres sont les mêmes Église telles qu'elles vivent sur la terre. 

       Celui qui parle, c'est le Christ comme roi de l'Église, Époux de l'Église. C'est ainsi que commençait la lettre aux Éphésiens. Dans la lettre à l'Église de Smyrne que nous n'avons pas lue, "ainsi parle le premier et le dernier, celui qui est mort et qui a repris vie". Le Christ est avant toute chose, il est le premier de toute la création, de tout l'univers, il est le dernier car c'est lui qui récapitule toutes choses dans sa résurrection. 

       Aujourd'hui à l'Église de Pergame : "ainsi parle celui qui possède l'épée acérée à double tranchant". Cette épée dont l'épître aux Hébreux nous dit qu'elle pénètre jusqu'à la jonction des moelles, jusqu'au plus secret de notre cœur pour en  dévoiler les pensées bonnes ou mauvaises. 

       C'est ainsi que commencent toutes les lettres par la mention du Christ dans son rôle de prêtre, de ressuscité, de celui qui dévoile les secrets des cœurs. 

       Vient ensuite une description de la situation de l'Église à laquelle s'adresse Jean, et cette description est faite de reproches et aussi d'encouragements. Il y a certaines lettres comme celle à Sardes où il n'y a que des reproches, car cette Église s'est laissé entamer par les tentations de Satan. Il y en a d'autres comme  l'Église de Philadelphie où il n'y a que des encouragements, car cette petite Église s'efforce de vivre dans la vérité du Christ. La plupart du temps, il y a à la fois des reproches et des encouragements, c'est le cas de celle que nous venons de lire aujourd'hui, la lettre à l'Église de Pergame : "Je sais où tu demeures, là où est le trône de Satan". C'est dire que dans cette ville les oppositions à la prédication de l'évangile sont très fortes et que la persécution se déchaîne. "Mais tu tiens ferme à mon nom, tu n'as pas renié ma foi, même au jour où mon témoin fidèle Antipas (allusion à un martyr), a été mis à mort chez vous là où demeure Satan". Voilà donc une Église persécutée en butte immédiatement aux violences de l'ange du mal, une Église qui malgré la persécution tient bon, garde la foi et s'honore d'un martyr. 

       Cependant tout n'est pas parfait dans cette Église : "J'ai contre toi quelques griefs. Il en est chez toi qui tiennent la doctrine des Nicolaïtes". Ces Nicolaïtes dont il a été question dans la lettre à Éphèse qui elle a résisté et rejeté ces Nicolaïtes. Ici au contraire, l'Église a quelque faiblesse à leur égard. Nous ne savons pas très bien en quoi consistait la doctrine des Nicolaïtes, ces disciples d'un certain Nicolas, que nous connaissons très mal. Toujours est-il que cette doctrine risque de compromettre l'Église avec des doctrines païennes. C'est pourquoi dans la lettre on fait allusion au prophète Balaam qui cherchait malgré sa fonction de prophète à favoriser un roi païen contre Israël. C'est une allusion au livre des Nombres que nous lisons dans une très belle prophétie au jour de l'Épiphanie. "Allons, repens-toi, sinon je vais venir à toi pour combattre ces gens avec l'épée de ma bouche, cette épée à double tranchant qui révèle les secrets des cœurs"

       Toutes les lettres se terminent par une clausule magnifique dans laquelle on encourage celui qui a l'oreille tendue vers la doctrine du Seigneur, d'écouter ce que dit l'Esprit. "Celui qui a des oreilles qu'il entende ce que l'Esprit dit aux Églises". Et qu'est-ce que l'Esprit dit aux Églises ? Il proclame la victoire des baptisés qui sont fidèles. C'est pourquoi cette victoire dans la lettre aux Éphésiens, consisterait à manger de l'arbre de vie placé dans le Paradis de Dieu. C'est une allusion à l'eucharistie qui est ce véritable arbre de vie, qui est la croix d'où jaillit la vie, et le sacrifice de la croix, c'est ce que nous célébrons dans chaque eucharistie, dont nous nous nourrissons en recevant ce pain qui est le Corps du Christ et ce vin qui est le Sang du Christ. 

       Dans la lettre que nous lisons aujourd'hui, à l'Église de Pergame : "au vainqueur je donnerai la manne cachée" (encore une allusion à l'eucharistie). La manne c'était la nourriture du désert, la nourriture de l'Exode, la nourriture de ceux dont Dieu prenait soin lui-même en faisant tomber la manne chaque matin. C'est la nourriture du salut, c'est l'annonce encore de cette eucharistie qui est notre viatique, notre nourriture sur la route pour aller jusqu'au Royaume. "Au vainqueur je donnerai la manne cachée, et je lui donnerai aussi un caillou blanc". Sans doute ce caillou est-il un gage, une manière de se faire reconnaître, et s'il est de couleur blanche, c'est parce que c'est la couleur de la lumière et de la résurrection. Et "sur ce caillou est gravé un nom nouveau que nul ne connaît hormis celui qui le reçoit". Ce nom nouveau c'est le nom que chaque chrétien reçoit à son baptême et qui assure son intimité profonde avec Dieu. Le Christ a changé le nom de Simon en celui de Pierre pour manifester qu'il prenait en main la vie de Simon et qu'il en ferait la pierre sur laquelle il bâtirait son Eglise. C'est de la même manière que Dieu avait changé le nom de Jacob en celui d'Israël parce qu'il avait vu Dieu face à face et avait su se mesurer avec lui. Dieu est celui qui nous donne un nom nouveau, un  nom qui est le résumé de notre vocation, de notre appel, de ce que Dieu nous réserve dans cette vie et dans la vie à venir où se déploiera notre baptême dans la résurrection et la vie éternelle. 

       Recevons ces messages de l'Apocalypse comme s'adressant aussi à nous, nous sommes appelés nous aussi à manger de l'arbre de vie qui est dans le Paradis de Dieu, nous sommes appelés à recevoir la manne cachée qui nous nourrit intérieurement au plus profond de nous-même. Nous sommes appelés aussi à recevoir un nom nouveau, le nom de notre éternité, le nom de notre vie éternelle avec le Christ. 

 

      AMEN