MORT ET RÉSURRECTION DE JÉRUSALEM
Ap 21, 9-10+22-26 et 22, 1-2
(1er décembre 2006)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC

Jérusalem : Porte dorée
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V |
ous aurez peut-être remarqué frères et sœurs le dénominateur commun entre la première lecture tirée de l'Apocalypse et l'évangile. Ce dénominateur commun, c'est Jérusalem. Comment est-elle dépeinte dans l'évangile ? C'est la fin du monde, c'est le lieu de la destruction, c'est le lieu de la mort, du chaos, du chamboulement, c'est le moment ou même si vous voulez essayer d'échapper à la mort, vous ne pourrez pas échapper à cette mort qui vous poursuivra. Et donc, comme dit le Christ : cela ne sert à rien, restez où vous êtes, de toute manière, vous serez saisi, que vous le vouliez ou que vous ne le vouliez pas.
Dans l'Apocalypse, c'est la Jérusalem céleste, belle comme une épouse, magnifique, renouvelée, un lieu tellement extraordinaire que sans manipulation génétique, nous pouvons avoir n'importe quel fruit à n'importe quel moment de l'année puisque les arbres portent du fruit douze fois, une fois par mois. Ce n'est pas ordinaire, l'homme essaie de le faire, mais au paradis, ce sera comme ça !
Je cois que ces deux textes nous invitent à méditer sur le mystère de la Pâque du monde. La Pâque n'est pas vécue uniquement par le Christ sur la croix. Elle n'est pas vécue uniquement par le peuple d'Israël au moment de traverser la Mer Rouge, elle n'est pas vécue uniquement par chacun d'entre nous, elle est aussi vécue par le monde qui est une créature faite par Dieu. Nous y découvrons dans le discours de Jésus sur Jérusalem que Jésus n'a pas un discours de mépris sur le monde : ce monde est mauvais, il est voué à la perdition, ce n'est pas la peine d'en prendre soin, cela ne sert à rien de vouloir faire les choses mieux. En fait, Il nous montre comment à l'image de Jérusalem, le monde est une réalité à deux faces. Et Jérusalem si belle, si extraordinaire, si parfaite, elle est là pourquoi ? Parce qu'elle a été détruite auparavant. Elle est passée à travers le feu, au creuset du feu, elle a été purifiée comme l'or au creuset, et toutes les scories, tout ce qui a été abîme, tout ce qui a été moche, pas beau, noir, horrible, tout cela disparaît. Mais Jésus nous le dit : les deux faces sont indissociables. Nous ne pouvons pas rêver de la beauté, de la paix, de la tranquillité en faisant abstraction de la mort, de la souffrance et de ce passage qui est la mort.
Voyez, frères et sœurs, quand nous entendons "éternité", nous projetons nos désirs. Et nous, l'éternité, qu'est-ce que c'est ? C'est : surtout que rien ne change. Il en a été ainsi, il doit en être comme ça pour l'éternité.
En écoutant ces deux textes avec vous, je repensais à un film que j'ai vu il y a longtemps, qui s'appelle "Le guépard", avec Alain Delon. Si je me souviens bien, ce film raconte un bouleversement : la révolution à la fin du XIXè siècle en Italie où tout est chamboulé, où les rapports politiques ont changé, où les rapports sociaux entre les nobles et le bas peuple ont aussi changé. Pour ces personnes-là, c'est exactement comme nous quand nous parlons de la destruction de Jérusalem, ou quand les juifs voient le temple se détruire. Il y a un bouleversement total de ce monde, de cette société de cette politique, et certains s'en plaignent, d'avoir perdu leurs privilèges, les paysans, les terres, et de n'avoir plus personne pour lustrer les bottes ! Et il y en a un qui est passé de l'autre côté, qui fait partie des révolutionnaires et qui dit : pour que rien ne change, il faut que tout change ! Il faut accepter de mourir, accepter que les transformations se fassent et il faut même accompagner ces transformations pour que les choses continuent.
Je crois que ce petit exemple devrait nous faire réfléchir sur la fin de cette année liturgique que nous sommes en train de vivre, et aussi sur notre propre vie. Notre vie est traversée par des événements aussi difficiles que la destruction de Jérusalem, la mort d'un être cher, la souffrance de la maladie, l'échec, l'incompréhension, les problèmes de couples, les problèmes avec les enfants, et très souvent, face à ce chaos, nous ne savons pas comment réagir, nous ne savons pas quoi faire, et souvent, comme les nobles italiens, nous nous disons que nous aurions tellement aimé que ça continue comme auparavant. Et nous nous retrouvons dans cette situation sans savoir comment gérer. Que fait le Christ ? Il meurt et Il ressuscite. Et dans cette mort et cette résurrection du Christ est entraînée la mort et la résurrection de chacun d'entre nous la mort et la résurrection du monde dans lequel nous habitons.
Que ces textes apocalyptiques ne soient pas pour nous source de peur, mais que nous puissions comme le mot Apocalypse le dit, "dévoilement", que nous puissions découvrir comme un voile arraché, la manière dont Dieu vient transformer chaque chose en ce monde, la mort, la souffrance, l'échec, pour transformer cela en la Jérusalem nouvelle, belle comme une épouse.
AMEN