LA LITURGIE CÉLESTE

Ap 4, 1-11

(7 novembre 2006)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Moissac : Tympan

F

rères et sœurs, notre lecture de l'Apocalypse se poursuit en cette dernière période de l'année liturgique. Aujourd'hui, c'est le moment central de cette vision qu'a eue Jean l'apôtre, à Patmos. Le ciel s'ouvre et il est admis à contempler la gloire de Dieu. A vrai dire, pas plus qu'aucun être humain en cette vie, ne peut voir Dieu, il voit seulement un trône, et sur le trône, quelqu'un. Il n'en voit pas la forme, la personnalité, le caractère, il voit quelqu'un, c'est-à-dire, une personne. C'est dire que Dieu n'est pas une force anonyme, obscure, Dieu est quelqu'un, Il est un interlocuteur possible pour tout l'univers et pour tous les hommes. La vision qui se poursuit manifeste la dimension cosmique de cette présence de Dieu. 

       Les vingt-quatre vieillards qui entourent le Seigneur symbolisent l'univers tout entier. Vingt-quatre est un chiffre symbolique, qui évoque à la fois les douze tribus d'Israël et aussi les vingt-quatre heures de la journée qui représentent le déroulement du temps. C'est comme si toute l'histoire était présente devant le trône de Dieu et d'ailleurs dans la prochaine lecture que nous ferons dans quelques jours, nous verrons dans la main de Dieu, dans la main de ce quelqu'un un rouleau, un livre roulé, comme on les faisaient autrefois, scellé de sept sceaux, qui contient tout le mystère du déroulement de l'histoire. C'est l'Agneau immolé, le Christ, parce qu'Il a donné sa vie pour Dieu et pour les hommes qui seul pourra briser les sceaux de ce livre. 

       Autour du trône, il y a quatre figures animales, qui symbolisent l'ensemble de la création. L'un de ces figures représente un fils d'homme. Les trois autres représentent le règne animal, un lion, un  taureau, un aigle. On a beaucoup réfléchi sur ces quatre figures, on leur a donné tout un tas de significations possibles. On y a vu les quatre évangélistes : le lion c'est Marc, parce son évangile commence par le rugissement de Jean-Baptiste au désert préparant les chemins du Seigneur, dans le taureau, on a vu Luc, parce que l'évangile de Luc commence dans le Temple où étaient offerts en sacrifice, des taureaux, l'homme représente Matthieu puisque son évangile commence par la génération humaine de Jésus, d'Abraham à David, jusqu'à Joseph et Marie, quant à l'aigle, on y a vu l'évangéliste saint Jean parce qu'il s'élève au-dessus de toutes choses pour fixer son regard sur le mystère de Dieu comme on croyait autrefois que les aigles pouvaient regarder en face le soleil. 

       On pouvait y voir aussi les différentes missions que Dieu confie à son Église. Le lion qui est le roi de la création, c'est ce pouvoir royal par lequel le Christ, maître du monde, nous invite à être nous aussi chargés de cette transfiguration du monde en royaume de Dieu. Le taureau, et là nous recoupons la précédente interprétation, signifierait le sacerdoce, puisque le sacerdoce ancien consistait à offrir des sacrifices de taureaux, de béliers et de boucs, annonçant l'unique et véritable sacrifice qui et celui que le Christ a offert sur la croix et que chacun d'entre nous nous offrons avec notre vie et ses épreuves. L'aigle, ce serait la figure prophétique qui est la révélation du mystère de Dieu dont nous sommes chargés par notre foi, ayant pour mission de dire aux hommes ce mystère qui est notre salut, notre rédemption. 

       Peu importent ces interprétations qui sont toutes plus ou moins artificielles. Ce qui compte c'est que le mystère de Dieu est d'abord un mystère liturgique. Les vingt-quatre vieillards se prosternent devant le trône de Dieu en chantant une hymne : "Tu es digne de recevoir la gloire, l'honneur et la puissance car c'est toi ô notre Dieu qui as créé l'univers, par ta volonté, ce qui n'existait pas a été créé". Et les quatre vivants ne cessent de répéter jour et nuit : "Saint, saint, saint le Seigneur, le Dieu maître de tout". Ce qui veut dire que tout à l'heure en chantant le Sanctus, nous reprendrons cet hymne des quatre vivants dans le ciel et nous associerons notre liturgie de la terre à la liturgie du ciel dont elle est l'annonce et dont elle fait déjà partie. 

       Je crois que ce qui est le plus important, c'est de voir ainsi que toute chose commence et s'achève par la gloire de Dieu, ce rayonnement de sa vie intérieure, de son amour, est la seule chose qui compte dans l'univers. Tout vient de cet amour rayonnant de Dieu et tout marche vers son accomplissement dans cet amour rayonnant. C'est pourquoi la liturgie de la terre se continue, s'achève et se parfait dans le ciel, la liturgie est la première fonction de l'univers tout entier et de l'humanité en particulier, et de nous, chrétiens, plus spécialement. Chanter la louange de Dieu, c'est notre première action, notre première activité et tout le reste tend vers cette activité liturgique. Tout ce que nous faisons dans notre vie quotidienne, tout ce que nous faisons dans l'histoire du monde, tout ce que nous faisons les uns pour les autres, aboutit à cette gloire de Dieu à cette louange de Dieu  C'est pour cela que nous sommes faits, pour nous laisser absorber et nous glisser définitivement dans cette immense louange qui  jaillit du cœur de Dieu et dont l'Agneau immolé que l'Apocalypse nous présentera  dans quelques jours, est le chorège, le chantre. 

       Seigneur, donne-nous de savoir unir nos voix à la louange du Christ pour que toute notre vie soit un hommage à la gloire de Dieu. 

 

       AMEN