LA FIDÉLITÉ DE L'ÉGLISE
He 13, 7-8 +20-21
(8 juin 1989)
Homélie du Frère Michel MORIN
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'auteur de l'épître aux Hébreux nous recommande de nous souvenir des chefs de notre communauté, de ceux qui nous ont annoncé la Parole de Dieu, de ceux grâce à qui aujourd'hui nous sommes croyants. Et il ajoute : "Jésus-Christ est le même hier et aujourd'hui et pour les siècles."
L'Église (et donc avant tout son pasteur ou ses pasteurs) ne se définit de façon juste non pas en fonction des circonstances dans lesquelles elle vit, mais par son but et sa finalité. Et le but de l'Église, sa finalité, ce pour quoi elle est faite ce n'est pas une opération temporelle, ni même une conviction spirituelle, c'est une personne, c'est Jésus-Christ qui, Lui, est le même hier et aujourd'hui et demain. Ce qui signifie que si le Christ, comme finalité de l'Église, nous est donné aujourd'hui, c'est le Christ qui est le même hier. Et c'est pour cela, et c'est de cela que vient ce qu'on appelle la fidélité dans l'Église. L'Église est fidèle, non pas à elle-même, encore moins au monde, elle est fidèle à son origine et à sa fin qui lui assure sa présence aujourd'hui comme hier et comme demain, c'est le Christ en sa mort, en sa résurrection, le Fils éternel de Dieu, dans le mystère connu de la Rédemption.
On se demande parfois quelle est notre fidélité de chrétiens aujourd'hui. On veut bien être fidèle à Dieu, au moins dans les grands principes généraux, mais on a envie aussi d'être fidèle à soi-même, ce qui n'est pas un mal en soi. Et puis on voudrait bien aussi que l'Église soit fidèle au monde. On voudrait qu'elle s'adapte au monde, que le monde puisse ainsi la reconnaître comme étant son bien, comme faisant partie de son histoire. Or ceci est une façon déviante de considérer la fidélité. Car notre première raison d'être, dans la foi chrétienne, comme le montre l'épître aux Hébreux, c'est le Christ à qui nous devons ressembler parce que nous sommes créés à son image. Et l'Église n'est là que comme celle qui, à la manière d'une mère, d'une maîtresse, nous apprend d'où vient cette image et comment elle doit petit à petit être réalisée.
Et la véritable fidélité de l'Église, à chacun d'entre nous comme au monde, c'est de faire en sorte que chacun et tous ensemble nous devenions, de plus en plus, ressemblant, avec Celui qui est à la fois notre origine et que nous contemplerons dans notre propre fin, dans la vie éternelle : le mystère et le visage du Christ. Alors je crois que le problème de l'adaptation de l'Église au monde d'aujourd'hui ou aux situations de chacun est un faux problème, dans la mesure où c'est le monde et chacun qui doit s'adapter à l'Église parce que celle-ci n'existe que dans sa fidélité à Jésus-Christ. En définitive, il n'y a pas dans l'Église un problème de temps, de temporalité ou d'époques puisqu'elle existe à cause de l'éternité de Celui qui est à son origine et à sa fin, le Christ Jésus.
Mais la mission de l'Église c'est justement d'incarner dans le temps ce principe d'éternité, ce visage de Jésus-Christ, cette passion pour le Christ. Et c'est d'abord à cela que sont pourvus les pasteurs de l'Église. Ils n'ont pas à conduire le monde, ils ont simplement à faire en sorte que le monde ait envie de devenir l'Église, ait envie de devenir ce qu'il est vraiment créé par le Christ pour vivre avec Lui dans une ressemblance parfaite.
Demandons à tous ceux qui ont précédé celui qui est aujourd'hui pasteur de cette Église, tous les évêques depuis dix-sept ou dix-huit siècles de l'histoire de l'Église en Provence, demandons-leur de nous faire vraiment comprendre ce mystère de la fidélité de l'Église à son Seigneur, au-delà des périodes de l'Histoire, mais à l'intérieur de chacune des périodes de l'histoire, pour que, par ce témoignage, et par la foi des chrétiens aujourd'hui, l'Église continue à écrire dans ce monde, l'histoire sainte de la Rédemption, de l'amour de Dieu, de la miséricorde. Et ceci pas simplement pour les brebis déjà rassemblées dans le bercail, mais comme le veut, de façon exigeante, le Christ, pour toutes celles qui ne sont pas encore dans cet enclos.
AMEN