LA PRIÈRE POUR NOS DÉFUNTS

Jb 29, 1-10+21-25 ; Jn 14, 1-6

(2 septembre 2010)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Vers quel chemin ?

 

D

u lieu où je vais vous connaissez le chemin. Je suis le chemin, la vérité et la vie".

Chers amis, pourquoi prions-nous pour nos défunts ? Je sais que dans l'Église catholique, nous avons des solutions toutes faites. Nous parlons des mérites, des jours d'indulgence, bref, de quoi faire dresser les cheveux sur la tête de tous les réformés de la création. Mais en réalité, nous prions pour nos défunts, pour ceux qui nous sont chers, pour une raison beaucoup plus simple et plus profonde dont l'évangile que je viens de lire nous donne la clé. Pourquoi prions-nous pour nos défunts ? Parce qu'ils nous ont ouvert un chemin. Je pense que vous tous ici qui, aujourd'hui participez à cette eucharistie, avez chacun présent à l'esprit un être cher qui a quitté notre vie, notre monde, mais pour lequel on sait que nous avons une reconnaissance sans limites parce qu'ils ont su nous tracer un chemin. Leur affection, leur tendresse, leur présence, leur sourire n'a pas été un moyen de nous tenir, mais au contraire, un moyen de nous donner la vraie liberté, de nous dire : je t'ai mis au monde, ou je t'ai aimé toute ma vie, ou j'ai été ton ami, et je t'ai accompagné. Je te tenais par la main et peut-être parce que j'avais plus d'expérience que toi, parce qu'il y avait des choses que je saisissais au fond de moi-même et que je voulais partager avec toi, sans arrêt, durant ta vie, je t'ai ouvert le chemin.

Donc, si nous prions pour nos défunts, il ne faut jamais l'oublier, c'est d'abord en esprit de reconnaissance et d'action de grâces pour tout ce que nous avons reçu par eux. Notre prière serait ingrate si nous n'étions pas capables de dire aujourd'hui au Seigneur : merci de tout ce que nous avons reçu par Marie, par Bernard, par Marie-Madeleine. Notre prière serait ingrate si elle n'était pas comme le mémorial de tout ce que ces êtres chers ont fait pour nous, les pas, jour après jour qu'ils ont fait avec nous. Ces pas qui étaient bien plus que le franchissement d'un espace, c'était l'ouverture de notre liberté. C'est la première chose.

C'est cet esprit d'action de grâces pour le chemin qu'ils nous ont ouvert. Je crois que si au moment même du deuil, au moment même de la séparation, nous nous sentons toujours un peu perdus, c'est précisément parce que tout d'un coup, on s'est demandé : comment vais-je encore avancer ? Il ou elle me tenait d'une certaine manière spirituellement par la main, je comptais sur lui, sur elle. Et maintenant, comment vais-je trouver le chemin ? Un peu comme Thomas : nous ne savons pas le chemin.

Mais précisément à cette question, il y a encore une autre réponse. C'est que non seulement ils nous ont ouvert un chemin sur la terre, mais maintenant, ils nous ouvrent, ils nous tracent, ils nous conduisent sur un chemin qui pour nous, est totalement autre parce que nous ne le connaissons pas. Chacun d'entre nous devra un jour "franchir la vallée des ténèbres" comme dit le psaume, chacun de nous, un jour, devra s'avancer seul sur ce chemin, et là, chacun d'entre nous découvrira le sens même de la parole de Jésus : "Je suis le chemin". Nos défunts, nous les aimons, nous prions pour eux et ils prient avec nous parce que dans leur chemin qui va bien au-delà de tous nos chemins de la terre, tout à coup, ils ont trouvé le véritable but, la véritable demeure. Notez-le bien, Jésus ne dit pas : je suis le but, il dit : je suis le chemin. Et quand nos défunts découvrent le Christ dans le mystère de leur mort, ils découvrent un chemin, c'est-à-dire contrairement à ce qu'on pense, ils ne sont pas tout à fait arrivés au but, ils ont encore à nous guider. Ils ont encore quelques pas à nous faire franchir, ils ont encore quelque chose à nous partager et nous avons encore à recevoir d'eux. Il faut prier pour eux pour que maintenant, même si les bornes, les panneaux indicateurs du chemin sont plus difficiles à lire, cependant, ils sont là, elles dont là, et ils ou elles nous disent : avance-toi avec courage, avec confiance, dans l'espérance.

C'est sûr que nous, avec nos yeux de chair nous ne voyons pas ce chemin, et si nous n'avions pas la parole du Christ qui nous dit : "Je suis le chemin", on pourrait croire effectivement qu'ils se sont égarés dans la mort comme on le disait dans l'Ancien Testament : "Je suis perdu dans les ténèbres de la mort". Non, maintenant, il y a un balisage, tout simple, mais très fort, très présent et qui nous dit : ne lâche pas, ne perds pas courage, je suis avec toi, moi je marche maintenant avec quelqu'un de plus grand qui me tient vraiment par la main et qui nous conduit tous dans le mystère de son Royaume.

Le second chemin que nous ouvre nos défunts, c'est vraiment ce chemin de la foi, ce chemin de l'espérance, épuré par la mort, lavé par nos larmes, mais c'est un vrai chemin. On ne peut pas s'arrêter en route, on est moralement obligé de continuer. C'est cela la grandeur de la vie. Au moment même où on réalise que normalement la mort devrait être cette barrière rouge et blanche qui nous interdit de franchir cette limite, en réalité, ceux qui sont passés avant nous nous disent : non, il y a un chemin pour ta liberté. On le vivra ensemble autrement, mais on continuera à se tenir par la main.

Frères et sœurs, qu'en priant aujourd'hui avec et pour Marie, Marie-Madeleine et Bernard, nous redécouvrions le véritable sens de la prière pour nos défunts. Non pas de nous confiner dans un souvenir qui nous rendrait prisonniers, qui nous tiendrait dans une sorte de nostalgie du bon temps. Mais au contraire, ce chemin qui est l'ouverture d'un espace, l'ouverture d'une espérance, l'ouverture profonde par le Christ, à travers le visage de nos défunts, de notre véritable liberté et de notre vrai destin.

 

 

AMEN