LA RESPIRATION ET LE PARDON
2 Co 5, 17-6,2 ; Jn 20, 19-23
(14 octobre 2002)
Homélie du Frère Yves HABERT
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armi toutes ces fonctions vitales qui font que l'on est un homme, une femme, il y a la respiration. Respirer, c'est le grand partage entre tous les vivants, "tout ce qui vit et respire loue le Seigneur". C'est tout l'univers qui est traversé par ce grand mouvement de respiration, d'avaler sa goulée d'air, pour la retraduire dans une activité, dans une parole.
Et comme toutes ces grandes fonctions humaines, on n'y pense pas à cette respiration. Heureusement, d'ailleurs. Combien de fois allons-nous respirer pendant cette heure ? Combien de fois allons-nous être traversés par ce grand mouvement ? Combien de fois cette vague va-t-elle saisir notre corps tout entier ? Ce qui est à un petit niveau l'est à un niveau encore bien plus grand, c'est tout l'univers qui est traversé par cette immense vague de la respiration. Donc, on n'y pense pas, c'est quelque chose qui nous traverse comme ça, sans que l'on y prête attention. Un mouvement tout simple, de remplissage, de traduction. Je crois que, sauf si on est vraiment malade où là il faut faire effort, si on est asthmatique et que la "ventoline" n'arrive pas à calmer, sauf si on est mourant et qu'on va encore essayer d'attraper une dernière goulée d'air pour continuer à vivre, on n'y pense pas, c'est comme une nécessité qui s'impose à nous. D'ailleurs, l'Écriture le traduit très bien dans les récits de création, cette nécessité qui est le lot commun de tous les hommes de tout l'univers. Nous sommes nés d'une Parole, nous sommes nés d'un Souffle, dans le premier récit de création "Dieu dit et cela est", cette Parole qui a été produite par ce Souffle de Dieu, qui a créé comme une sorte de vide et qui a aspiré la création et en même temps la faisait naître à la vie. Et dans le deuxième récit, Dieu prend de la terre, façonne une petite poupée et souffle dessus. Ce qui est assez frappant, c'est que Dieu ne nous pas collé dans notre dos deux grandes bouteilles d'oxygène pour toute notre vie. Je crois qu'Il a plutôt inscrit en nous ce mouvement de la nécessité, ce mouvement du désir qui nous pousse à aller chercher notre goulée d'air de façon permanente. On n'a pas notre ration de vie quotidienne, ou pour une heure, ou pour cinq minutes, mais on a notre ration de vie pour notre vie. Cela nous dit l'extrême précarité de notre vie. Sans arrêt, nous sommes obligés d'en appeler à la vie, à l'air, à l'Esprit.
Ce qui est déjà dans l'Ancienne Alliance, cette nécessité très profonde qui est déposée en nous, le Christ, dans une volonté expresse, dans cette Nouvelle Alliance dans ce texte que nous venons de lire, le jour de Pâques, reprend cette nécessité, puisqu'Il souffle à nouveau sur les disciples et lie de façon consciente cette nécessité du souffle, à la nécessité du pardon, de recevoir le pardon et de le donner. La Nouvelle Alliance nous introduit en même temps que cette nécessité d'en appeler sans cesse à la vie par la respiration, nous introduit dans cette nécessité de faire sans cesse appel au pardon, puisque le Christ relie de façon définitive, les deux : le souffle, "recevez l'Esprit Saint, ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis".
Voilà cette nouvelle nécessité qui s'impose à nous depuis le jour de Pâques, depuis que le Christ a donné cet ordre à ses apôtres d'aller pardonner les péchés. Il ne faut pas, et c'est pour cela que c'est un très grave péché, quand les pasteurs refusent le pardon, refusent que le fidèle puisse aller s'abreuver, puisse recevoir sa goulée d'air qui va le libérer et le mettre au large.
C'est toute la grâce de saint Callixte qui ne s'est pas contenté de creuser des cimetières dans les souterrains de Rome, mais qui a aussi beaucoup lutté contre les rigoristes, tous ceux qui refusaient le pardon, par exemple aux "lapsi", à ceux qui avaient renié la foi dans les persécutions, qui face aux lions, ou face au glaive du gladiateur, niaient leur foi. Saint Callixte a manifesté dans toute sa vie, cette ouverture, cette largeur, et il n'a pas refusé, même à ceux qui avaient renié leur foi de recevoir cette goulée d'air, cet Esprit Saint qui vient vraiment comme une nécessité, remplir le cœur de celui qui a demandé humblement pardon et reçu ce pardon du Sauveur.
Recevons ce pardon comme quelque chose qui est presque aussi nécessaire que l'air que nous allons respirer.
AMEN