DES MOTS POUR DEMAIN

Ac 20, 28-32 ; Jn 21, 15-17

(21 août 2001)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

L

'évangile que nous venons d'entendre, qui situe Pierre comme à la frontière de ce monde. Il ne reçoit sa mission que parce que Jésus le fait mentir sur son état d'humain, il n'est pas capable là où il est d'aimer à la hauteur de l'amour de Dieu. Donc, Il le fait comme mentir, pour anticiper sur l'amour dont il sera capable d'aimer, mais après coup.

L'évangile nous forcera toujours un peu en di­sant : tu vas dire une chose dont tu sais que tu n'es pas capable. Il faut que tu te mettes dans les conditions du Royaume pour dire ce que tu as à dire et pour dire que tu crois et que tu me suis. Souvent ta vie contredira ton affirmation, souvent ta vie mentira à l'intérieur, cela ne veut pas dire que c'est faux, mais cela veut dire que l'homme nouveau est comme en avance sur l'homme ancien. Avec Dieu, nous sommes comme en avance sur nous-mêmes, en avance sur la mort du vieil homme. Nous devons faire comme si nous n'étions qu'un homme nouveau, et parler comme si nous étions déjà totalement cet homme nouveau.

C'est pourquoi dans la relation avec Dieu, il n'y a pas tellement de place pour une sorte de vérité subjective au sens où nous prendrions au mot nos propres plaintes humaines. Elles sont recevables, les psaumes les engrangent comme tous les sentiments et toutes les émotions humaines, mais dans le rapport de la foi, dans le rapport de croire en Dieu, de croire à son existence, de croire qu'Il sauve et qu'Il vient dans le monde, nous devons mentir, anticiper sur une chose que nous ne pouvons pas dire à partir de nous-mêmes, à partir de nos propres forces.

Je pense que c'est cela l'intelligence de Pie X, peut-être en tout cas de ceux qui dans l'Église com­prennent comme à l'avance ce que sera l'Église. Et ils ne le comprennent pas simplement avec leurs forces, leur perspicacité ou leur analyse, ils s'appuient plus que jamais et je pense que c'est le cas de Pie X, comme c'est le cas de nombreux papes, et c'est le cas de Jean-Paul II, ils s'appuient plus que jamais sur cet appel incessant et permanent de la grâce de Dieu. "Si Tu es là, je peux dire à l'Église ceci et cela".

C'est pareil pour nous. Nous devons en quel­que sorte apprendre à prononcer les mots pour de­main, comme un enfant qui apprend le langage, les mots, qui les articule, les essaie. Nous devons nous essayer. C'est cela l'intelligence de la foi, c'est effecti­vement d'essayer des mots qui ne nous vont pas en­core, mais qui nous irons si bien demain.

 

 

AMEN