LE SUPERFLU

Ap 17, 1-7+9+18 ; Lc 21, 1-4

(14 novembre 2011)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

A-t-elle du superflu ?

F

rères et sœurs, cet évangile m'a fait penser à un autre exemple qui concerne aussi deux autres veuves du livre de Ruth, deux femmes qui de leur indigence ont mis tout ce qu'elles avaient pour vivre pour faire surgir le salut, la bonté et l'amour. Le parallèle est assez intéressant puisqu'à travers l'exemple de Ruth, on découvre que le superflu ce n'est pas l'excès.

Malheureusement nous pouvons rester dans un premier temps rester dans les limites, ne pas les franchir, faire ce qui est dit sans aller plus loin, mais aux yeux du Christ, c'est triste. Certains peuvent franchir une certaine limite mais tomber dans le superflu. Pour certains, ce serait dépasser des limites mais pour eux-mêmes, ce n'est que du superflu. En réalité, ils ne dépassent toujours pas les limites et ils ne sont toujours pas dans cet excès de charité et de don. Voilà maintenant qu'on a l'exemple de cette femme qui manifeste un excès total, non pas le superflu, puisqu'elle va donner jusqu'à au-delà de son indigence.

Ma deuxième réflexion touche le lieu dans lequel se passe cet excès de charité, puisque juste après les disciples font remarquer à Jésus que le temple est orné de belles pierres, d'offrandes votives, et Jésus leur répond qu'il n'en restera pas pierre sur pierre. Qu'est-ce qui fait la beauté d'un monument architectural ? Est-ce simplement le superflu qui vient s'ajouter sur les murs, sur le toit ? ou un autre excès dans le sens où cet excès touche les lois de la pesanteur et de l'architecture ? Ce que je veux dire par là c'est qu'on peut faire le parallèle entre le simple superflu des riches que l'on pourrait comparer à un superflu qu'on peut trouver dans une église, dans un temple ou ailleurs. On n'a pas pris de risques, on a construit selon les lois architecturales normales et on n'a fait que de rajouter du doré, de l'argent, des tableaux, mais là aussi, on est resté dans les lignes. Ou alors, la beauté architecturale n'est-elle pas justement de vouloir transcender les lois évidentes de la pesanteur ou d'autres types de lois ? Je crois que c'est ce qui fait que nous sommes le plus touchés par certaines constructions comme la cathédrale de Florence et son dôme, qui va jusqu'à aller au-delà des règles architecturales évidentes, et puis d'autres églises comme on dit, qui semblent surchargées par trop de superflu.

Frères et sœurs, que ce petit évangile nous rappelle cette différence que le Christ fait entre le superflu et l'excès. Le superflu, c'est du côté des riches, c'est peut-être aussi du côté des églises ou des lieux trop surchargés, mais cela n'a aucun intérêt pour le Christ, d'ailleurs il le dit : il ne restera pas pierre sur pierre de ces édifices faits de main d'homme mais aussi de ces personnes. Le Christ nous invite à réfléchir plus particulièrement sur l'excès, c'est-à-dire aller au-delà de ce que la loi nous demande pour toucher non pas notre superflu mais notre propre indigence. Que cette célébration nous fasse offrir au Seigneur l'excès de notre indigence.

 

AMEN