JUSTICE
Jr 20, 7-9 ; Lc 13, 22-35
(13 octobre 2011)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC

La porte étroite (Souryès)
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rères et sœurs, cet évangile est extrêmement riche en images, l'image de la poule qui veut rassembler sous ses ailes sa couvée, et puis une image un peu plus difficile au début, cette porte étroite. Que veut dire Jésus? est-il en train de nous dire qu'il y a un nombre de places limitées dans le Royaume de Dieu ? Je ne crois pas.
Cette porte étroite fait plus précisément référence à deux choses. La première chose évidente, dans cette version, on parle de malfaisants, dans une autre version on parle d'injustes, le problème de la porte étroite est effectivement le problème de l'injustice et de notre positionnement en termes de justice vis-à-vis de nos frères et de nos sœurs, sachant que cette justice ne s'arrête pas simplement au niveau terrestre, aux relations que nous avons à établir entre nous, mais que cette justice ou cette injustice ouvre ou ferme au Royaume de Dieu. En amont de cela et cela se voit moins dans l'évangile, ce n'est pas simplement cette porte étroite caractérisée par la justice que nous avons à vivre, mais c'est aussi la question de la commensalité, le fait de manger ensemble, le fait de vivre ensemble.
Je relis rapidement un passage de l'évangile : on demande à Jésus si c'est un petit nombre qui sera sauvé. Quel peut être le critère appliqué pour que ce petit nombre soit sauvé ? Jésus répond : "Efforcez-vous de rentrer par la porte étroite car beaucoup, je vous le dis, chercheront à entrer et ils n'y parviendront pas". Jésus ensuite raconte cette parabole dans laquelle on découvre que ceux qui ne pourront pas entrer ne sont pas ceux qui sont injustes mais ce sont ceux qui ont mangé, qui ont bu avec Jésus et qui ont reçu son enseignement. La commensalité devait façonner petit à petit les convives à l'image du Christ, à l'image de fils et de filles de Dieu qu'ils sont censés devenir un jour. Or, il y a comme une rupture, cette commensalité qui devrait aboutir à un certain mimétisme, c'est-à-dire devenir au fur et à mesure, par la prière, par l'eucharistie, par l'écoute de la Parole de Dieu, devenir d'autres Christ, à un moment donné, cela ne marche pas et c'est l'injustice qui prime chez tout le monde.
Même si je suis d'accord, et qu'il y a des gens qui nous disent qu'il n'y a pas besoin d'aller à la messe pour être juste, il faut entendre ce qu'ils disent parce que c'est exactement ce que dit Jésus. Encore hier soir, une jeune femme me disait que ce qui l'a choquée dans son enfance en Bretagne, c'est le fossé entre l'évangile et la manière dont l'évangile était vécu par les prêtres et les religieux. On ne peut pas non plus faire l'économie de ces choses. Il y a des gens qui sont justes sans mimétisme vis-à-vis du Christ, mais nous, de notre côté, que faisons-nous de ce message du Christ ?
Frères et sœurs, nous sommes pour beaucoup d'entre nous, fidèles et clergé, nous sommes invités jour après jour à cette commensalité de quelque manière que ce soit à travers l'office, la messe, la Parole de Dieu. Nous sommes invités à faire sortir de notre vie cette image du Christ et malheureusement très souvent, nous péchons par injustice. Le Christ est clair et net là-dedans, nous aurons beau frapper à la porte en disant que nous avons célébré la messe tous les jours, il manque quelque chose qui est la justice.
Que cette petite phrase du Christ nous aide à reconsidérer notre place dans la société qui est la nôtre. Nous ne vivons pas à côté de la société. Nous vivons à l'intérieur de cette société et ce que nous vivons ici lors de l'eucharistie ou lors de notre prière, nous sommes invités à la faire découvrir et à le partager avec la société entière, même à des non-croyants par l'intermédiaire de la justice.
AMEN