Jr 8, 4-7 ; lc 4, 20-26

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Un chemin qui commence …

F

rères et sœurs, chère Anne-Gabrielle et cher Charles, c'est un peu le hasard de la distribution des textes liturgiques mais c'est une grande joie, j'espère pour vous, de pouvoir placer cette journée de vos fiançailles sous le signe des Béatitudes que nous venons d'entendre. Je sais que la version que nous entendons aujourd'hui qui est celle de saint Luc, est un peu plus âpre et raide que celle de Matthieu, parce que les Béatitudes incluent aussi des malédictions.

C'est une chance de pouvoir faire ce premier pas dans l'accomplissement de votre amour que de faire ces fiançailles sous le signe du bonheur. La Béatitude, c'est le bonheur, c'est le même mot que celui que Jésus emploie aussi bien chez Matthieu que chez Luc : "Heureux êtes-vous". On oublie un peu parfois chez les chrétiens que les premières paroles publiques de Jésus ont été comme la répétition d'une litanie du mot "heureux". Jésus au moment où il entre dans son peuple, où il commence à accomplir sa mission met exactement la note juste : "'Je suis venu pour votre bonheur". C'est le sens même des Béatitudes, la vocation des hommes face à Dieu, c'est le bonheur.

C'est un peu le paradoxe de cette version de saint Luc, chaque fois, Jésus prend le contre-pied de ce qui paraît l'évidence : "Heureux ceux qui sont pauvres", on pense plutôt spontanément que la pauvreté ne peut pas nous rendre heureux. "Heureux ceux qui pleurent", évidemment, c'est toujours un problème de savoir pourquoi on pourrait être heureux en pleurant. Donc, Jésus veut montrer simplement quelque chose de fondamental et que j'espère vous retiendrez au plus profond de votre cœur tout au long de votre vie, Jésus veut montrer que ce bonheur qu'il annonce ne vient pas de notre situation ou de notre satisfaction humaine, il vient de lui. Dieu est capable d'autant plus de nous donner son bonheur que l'on a un cœur et une attitude de pauvre, c'est-à-dire comme on le dit aujourd'hui, qu'on se sent "en manque", si l'on a une attitude de ceux qui pleurent, c'est-à-dire une attitude spontanée tournée vers la compassion, vers ceux et celles qui ont besoin de notre attention et de notre soutien.

Cette promesse de Dieu, cette promesse du bonheur, c'est précisément de nous montrer que si nous croyons que nous pouvons nous fabriquer notre bonheur, alors nous sommes comme ceux qui sont maudits, parce que ceux qui rient, ce n'est pas ceux qui ont le sens de l'humour, heureusement, ceux qui rient, ce sont ceux qui vivent dan la dérision et dans la suffisance d'eux-mêmes. Ceux qui se sentent riches, ce sont ceux qui n'ont pas besoin des autres, ceux qui ne pensent qu'à eux-mêmes. Le Christ, veut nous montrer que le bonheur, c'est un bonheur qu'on accueille, qu'on reçoit parce que l'on a mesuré une sorte de pauvreté profonde de notre être, de notre cœur, le fait d'avoir faim comme il le dit, de désirer quelque chose de plus que ce que l'on est, et qu'on ne peut pas se donner à soi-même. C'est pour cela que dans toute la tradition aussi bien juive que chrétienne, le couple humain a été le fil d'interprétation du sens du bonheur que Dieu donne. Dans un couple, le vrai bonheur ne vient pas de la surabondance de biens, mais de la surabondance de ce qu'on donne, de ce qu'on reçoit, de ce qu'on accueille, et de ce dont on a besoin. Si on bâtissait un amour uniquement sur le fait de se dire : je n'ai pas besoin de toi, je suis dans la suffisance, évidemment, on ne peut rien construire. C'est précisément dans la mesure où on découvre cette sorte de manque et de faim spirituelle intérieur de notre être, où l'on découvre cette pauvreté de notre être en face de l'autre, qu'à ce moment-là on ne pourra pas donner de nous-même et par nous-même, mais on donnera quelque chose ne vient pas de nous, mais qui vient de Dieu.

C'est là l'origine et le sens du mariage chrétien. Quand on épouse quelqu'un devant Dieu, on dit simplement à l'autre : je suis si pauvre que je ne peux te donner qu'une chose, c'est ce que Dieu me donnera et que je te transmettrai. C'est tout le sens de l'amour humain. C'est le fait qu'ayant mesuré notre propre pauvreté, on accueille la surabondance du bonheur de Dieu pour le partager avec l'autre.

Que ce chemin des fiançailles soit le chemin au cours duquel vous allez découvrir petit à petit cette merveilleuse richesse et surabondance de Dieu qui est le véritable bonheur.

 

AMEN