LE LIT ET LA CIVIÈRE

Jr 4, 19-28 ; Lc 5, 12-26

(6 septembre 2011)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

Hôtel-Dieu de Beaune : la salle des malades

F

rères et sœurs, vous avez entendu la fin de cet évangile : "Nous avons vu d'étranges choses aujourd'hui". Bien sûr, en entendant cela on se dit que cela fait référence au fait qu'il y avait un homme paralysé et qui soudain, est guéri miraculeusement par Jésus et par conséquent la chose la plus importante c'est le miracle. Ce n'est pas faux ! Moi, je vais relire et relier : "Nous avons vu d'étranges choses aujourd'hui " avec cette cène extraordinaire, je ne sais pas si vous avez déjà assisté à cela, en tout cas moi, jamais, à Lourdes par exemple, des hommes qui portent sur un lit un homme paralysé, d'accord, qui cherchaient à le faire rentrer dans la maison pour le placer devant Jésus, mais alors, monter sur la terrasse, ouvrir les tuiles et descendre cet homme sur sa civière au milieu de l'assistance, je n'ai jamais vu ça.

Qu'est-ce qu'un lit ? C'est une des choses les plus importantes de notre vie, on en prend soin, on le change régulièrement, nos villes sont couvertes de publicités faisant la réclame des meilleurs lits possibles, les plus durs, les plus mous, les plus ceci ou cela, qui nous permettent de nous reposer. Mais en même temps, un lit, même quand il nous a coûté très cher, reste quand même le lieu où, quand nous n'arrivons pas à dormir, et ce lieu devient l'endroit de la prière et l'abandon. C'est le lieu où l'on se recueille et où l'on prie. Jésus se met à l'écart pour parler avec son Père, la majorité de l'humanité parle à son Père dans leur lit. Le lit, c'est donc le lieu dans lequel on pourrait développer une sorte de désespoir, et même une sorte de prière fermée sur nous-même et Dieu, dans une grande intimité où il n'y a que Dieu tout mon désespoir.

Heureusement (mais cela ne se trouve pas nécessairement dans les magasins), on a inventé un lit spécial, ce sont ces lits qui ont des poignées. Vous avez entendu dans le texte, on passe d'un coup du lit à la civière et cela change tout. La civière, c'est ce prolongement du lit qui permet à d'autres personnes de le porter. C'est métaphorique, et extrêmement pratique, et cela résume tout ce que je viens de dire. Le lit pourrait devenir le lieu de nos angoisses, de notre abandon, de notre peur et de notre grande solitude, or, grâce à la civière, nous ne sommes plus seuls. Le paralysé n'est plus seul car il a des frères qui peuvent s'emparer de ce lit, de cette civière pour l'accompagner dans sa maladie et même aller jusqu'à forcer le toit de cette maison pour le faire descendre devant Jésus.

Peut-être que la chose la plus étrange, ce n'est pas que le Fils de Dieu fasse un miracle, mais la chose la plus étrange et la pus belle c'est que cet homme qui avait tout pour rester seul sur son lit, vit cette maladie et cette souffrance non plus seul, mais avec ses frères. Cet évangile devrait être le patron du service évangélique des malades et de tous ceux qui vont visiter les frères âgés et malades. Que fait quelqu'un quand il vient visiter un frère malade ? Il vient briser cette solitude, il vient se saisir de ce lit pour en faire une civière, pour manifester la sollicitude de Dieu et en même temps pour porter auprès de Dieu la prière que nos frères malades ont de la peine à prononcer dans leur désespoir.

Que cet évangile nous aide à retrouver le goût de la prière non pas solitaire, mais de la prière communautaire. Quand nous sommes seuls, quand nous sommes perdus nous pouvons toujours nous tourner vers des frères qui nous porterons dans leur prière, comme les anges portent les prières des hommes devant Dieu et inversement. Vous voyez que ces hommes qui ont porté ce lit, cette civière sur laquelle était cet homme ont aussi bénéficié de ce miracle dont ils ont été témoins. Beaucoup de nos frères et sœurs visiteurs bénéficient aussi de certains miracles du témoignage de force et de volonté de la part de nos frères malades.

 

AMEN