LA FOI EN LA RÉSURRECTION
Ap 18, 20-24 ; Lc 20, 27-40
(17 novembre 2008)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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rères et sœurs, le passage d'évangile que nous venons de lire n'est pas facile à comprendre et à commenter. La situation est claire, cela fait partie des pièges que les pharisiens, les scribes, les sadducéens, les grands-prêtres tendent à Jésus pour essayer de le mettre en contradiction avec lui-même. Jésus affirmait la résurrection des morts, les sadducéens, ce parti qui existait chez les juifs, sous prétexte que la résurrection des morts n'arrive dans les textes bibliques que de façon très tardive, refusaient cette foi et considéraient comme dans les textes les plus anciens que la mort était une fin sans appel. C'est un fait qui peut être surprenant, dans la presque totalité des textes de l'Ancien Testament, il n'est jamais question d'une vie après la mort. Même souvent dans les psaumes, il est dit : "Seigneur, si tu me laisses mourir, je vais aller au pays des ténèbres où il n'y a plus de vie et je ne pourrai jamais te louer".
Par conséquent, c'est bien vrai que la résurrection des morts nous est apparue assez tardivement dans la Bible. Les principaux passages où nous entendons parler de la résurrection des morts, c'est le psaume 15, qui est un magnifique psaume dans lequel le psalmiste dit à Dieu : "Il n'est pas possible après l'amour que nous avons eu l'un pour l'autre que tu me laisses disparaître dans le shéol, c'est-à-dire dans le néant". Le psalmiste dit : "Même ma chair reposera dans la paix et je me tiendrai près de toi dans le bonheur et dans l'allégresse". C'est un des plus beaux témoignages de la foi naissante à la résurrection de la chair. Il y a aussi un texte moins beau et moins spirituel qui se trouve dans le livre des Maccabées où l'on prie pour les morts ce qui n'a pas de sens s'il n'y a pas de vie après la mort.
Pat conséquent, Jésus s'inscrit dans une tradition relativement récente mais infiniment profonde, et qui prendra avec sa résurrection tout son sens. Les sadducéens, eux n'y croyaient pas et c'est pourquoi ils essaient de ridiculiser la foi en la résurrection avec leur petit conte à dormir debout avec cette femme qui a épousé successivement sept frères selon la loi du lévirat qui est une loi exacte et existante réellement dans l'Ancien Testament. En tenant compte du fait que la descendance était considérée comme la bénédiction par excellence de Dieu sur la vie de quelqu'un, il était prévu que si un homme mourait sans enfant, son frère devait épouser la veuve, et l'enfant que la veuve aurait du frère serait considéré comme l'enfant de celui qui était mort pour qu'il ait une descendance. Là-dessus, ils ont bâti cette histoire d'une femme qui épouse successivement sept frères, et tous meurent sans lui laisser de progéniture, et disent-ils, s'il est vrai qu'il y a résurrection, est-ce qu'elle sera la femme de l'un ou de l'autre de ses sept maris.
Jésus leur oppose une réponse qui n'est pas très facile à comprendre : "L'union de l'homme et de la femme est une réalité de ce monde-ci, mais dans le monde à venir, qui est le monde de la résurrection, on ne prendra plus ni femme ni mari". Est-ce la négation des relations conjugales dans l'autre monde ? Certainement, Jésus se situe-t-il dans une tendance où l'on considérait que la résurrection était une manière d'empêcher l'œuvre de la mort en gardant en vie ceux qui avaient quitté notre monde. Une tendance aussi qui considérait que le mariage et la procréation était une façon de lutter contre la mort en mettant de nouveaux êtres au monde pour remplacer ceux qui meurent. Jésus dit : puisque résurrection il y a et que la vie éternelle est pour tous les êtres vivants, il n'y a plus besoin dans l'autre monde de mariage pour remplacer ceux qui meurent puisqu'ils ne meurent pas, ils passent à travers la mort pour entrer dans le monde de la résurrection. Il en donne pour preuve un texte biblique : au buisson ardent, quand Moïse reçoit sa vocation de Dieu, Dieu lui dit : "Je suis le Dieu de tes pères, Abraham, Isaac et Jacob", or dit Jésus, Dieu est un Dieu de vie et non pas de mort. Si Abraham Isaac et Jacob qui ont quitté ce monde depuis longtemps sont cités ainsi par Dieu, c'est qu'ils sont toujours vivants au-delà de la mort.
Cela veut dire que dans le monde à venir il n'y aura plus de procréation puisqu'il ne sera pas nécessaire de remplacer les morts par de nouveaux êtres vivants, puisque au-delà de la mort nous dit Jésus, il y a la résurrection. Cela ne veut pas dire que ceux qui auront été époux sur la terre n'auront plus de relations affectives les uns avec les autres. Autre chose la procréation, autre chose l'amour, l'amitié, la tendresse conjugale et saint Thomas d'Aquin et la plupart des témoins de notre foi disent que toutes les relations affectueuses, tous les liens d'amour que nous avons tissés sur la terre dureront encore pour l'éternité. Par conséquent, les époux auront dans l'éternité une relation d'amour privilégié, particulière, ce qui n'empêchera pas que comme Dieu, nous aimions tous les êtres quels qu'ils soient, et cela ne veut pas dire pour autant que chacun de ces êtres que nous aimerons ne seront pas aimés d'une façon particulière, spéciale, unique, ce qui s'applique évidemment d'abord par priorité à ceux qui ont été intimement proches de nous et donc, les époux et les épouses continueront à s'aimer d'un amour plus spécial.
C'est ce qu'on peut essayer de dire sur ce texte un peu difficile. Je crois qu'il faut continuer à dire que même si la procréation n'a plus lieu dans le monde à venir, cela n'empêche pas que nous soyons proches spécialement les uns des autres en fonction de l'amour et des relations d'amour que nous avons eu sur cette terre.
AMEN