LE PÉCHÉ CONTRE L'ESPRIT SAINT

Est 4, 1-8 + 15-16 ; Lc 12, 1-12

(8 octobre 2008)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

F

rères et sœurs, comme cela arrive assez souvent dans l'évangile de saint Luc, l'évangéliste a rassemblé dans un même développement des paroles diverses et des événements divers qui ont trait à un même thème. Ici, il s'agit du thème des persécutions et de la manière dont les chrétiens doivent se comporter en face de ceux qui essaient de les faire blasphémer et qui les emprisonnent.

Sur ce sujet, la première chose, c'est que Jésus demande à ses disciples de ne pas avoir peur. Il leur dit: "Même le plus petit passereau ne peut pas tomber du ciel si Dieu n'est pas au courant". Dieu sait tout ce qui se passe. Il va plus loin, il dit : "Même les cheveux de votre tête sont comptés". Cela ne veut pas dire qu'aucun mal ne peut arriver aux disciples, cela veut dire que Dieu est présent à tous les événements, et que s'ils sont persécutés, Dieu est à côté d'eux, et qu'il prend soin d'eux plus encore qu'il ne prend soin des passereaux et même des cheveux de notre tête.

Un peu plus loin, Jésus dit : "Ne vous faites pas de souci sur ce que vous aurez à répondre à ceux qui vous interrogent, aux juges qui essaient de vous faire abjurer. N'ayez pas peur. Il n'est pas nécessaire de préparer votre discours car l'Esprit Saint parlera dans votre cœur." Il faut donc devant l'hostilité, devant la persécution éventuellement, mais aussi devant l'incompréhension des autres, il faut nous reposer sur l'Esprit Saint, dans la grâce de Dieu qui nous est donnée et qui suffira pur nous faire dire le message du Christ, l'évangile, quels que soient ceux qui nous menacent. Voilà ce qu'il faut retenir de cette page.

Il y a au milieu de ces différentes affirmations relatives aux persécutions, il y a une phrase particulièrement difficile et qui a été interprétée comme on l'a pu, mais jamais de façon satisfaisante. C'est cette parole de Jésus : "Quand quelqu'un dit une parole contre le Fils de l'Homme cela pourra lui être pardonné, mais quand il aura blasphémé contre le saint Esprit, cela ne lui sera pas remis". Comment se fait-il qu'on puisse rejeter le Christ et être pardonné, et quel est ce mystérieux blasphème contre l'Esprit qui lui, ne peut pas être pardonné ? D'abord, est-ce que nous seront pardonnées nos trahisons à l'égard du Christ ? Juste dans le passage qui précède, Jésus semble dire exactement le contraire : "quiconque se sera déclaré pour moi devant les hommes, le Fils de l'Homme se déclarera pour lui devant les anges de Dieu, et celui qui m'aura renié à la face des hommes sera renié à la face des anges". Si nous sommes reniés quand nous renions le Christ, comment peut-il dire ensuite que si nous disons une parole contre le Fils de l'Homme cela nous sera pardonné ? C'est très mystérieux, je ne vois pas comment nous pouvons élucider exactement l'apparente contradiction entre ces deux affirmations.

Plus grave encore, quel est ce blasphème contre le Saint Esprit qui lui, ne pourra jamais être pardonné? Peut-être pouvons-nous avoir une lueur, car si le Père est celui qui nous a créés, si le Fils est celui qui a voulu nous sauver et qui pour cela s'est incarné, est mort et est ressuscité, l'Esprit est celui qui fait pénétrer la grâce à l'intérieur de notre cœur et qui nous remplit de la présence de Dieu. Blasphémer contre l'Esprit, c'est sans doute refuser de reconnaître cette présence de Dieu en notre cœur. Il est certain que si nous ne considérons pas que Dieu fait partie de notre vie, que Dieu est présent en nous et qu'ainsi la grâce de Dieu nous pénètre et peut nous pardonner, si nous ne croyons pas que Dieu nous pardonne, effectivement à ce moment-là, nous ne serons pas pardonnés. Il faut que nous ayons confiance dans la miséricorde de Dieu pour que cette miséricorde puisse s'accomplir dans notre propre cœur. Si nous refusons cela au nom d'une justice vengeresse de Dieu, au nom d'une sévérité morale, si nous n'acceptions pas ce pardon, cette miséricorde, alors nous serons certainement perdus, parce qu'il faut croire à la miséricorde pour la recevoir.

Que nous soyons toujours confiants dans cette grâce de Dieu que l'Esprit Saint répand dans nos cœurs, et qui, quelles que soient nos fautes, suffira à nous sauver.

 

AMEN